‹ L'EspagneChapitre 199 sur 287 · SENORA VOUANT SON ENFANT A LA VIERGI MADRID · texte numérisé non relu

SENORA VOUANT SON ENFANT A LA VIERGI MADRID

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souvent en veuve ; mais, aux grandes fêtes, elle est si richement vêtue et si couverte de pierreries, qu'il ne se peut rien voir de plus magnifique. Elle a particulièrement un soleil autour de la tête, dont les rayons jettent un éclat admirable. Elle a toujours un grand chapelet dans sa main ou à sa ceinture. » C’est à Notre-Dame d’Atocha que les reines d'Espagne offraient leur toilette de noce. La reine Isabelle 11 se conforma à cet usage, et donna également à la patronne de Madrid la robe qu’elle portait le jour où elle fut blessée par Merino, et qui avait été traversée par le couteau de l’assassin. Souvent la reine allait entendre la messe à Atocha, et plus d’une fois il nous est arrivé de rencontrer la voiture royale, attelée de huit magnifiques mules noires. A la voûte de l’église sont suspendus, comme à l'hôtel des Invalides de Paris, de nombreux drapeaux, glorieux trophées gardés par les vieux soldats qui occupent le Cuartel de Invälidos, établi dans les bâtiments de l’ancien couvent d'Atocha.

Les processions de Madrid comptent parmi les plus brillantes de l'Espagne et sont renommées depuis longtemps ; les révolutions, qui ont changé bien des choses en Espagne, ne les ont pas interrompues. Ces processions, dont les danses, les cabrioles et les contorsions de certains pénitents faisaient des cérémonies indignes de la religion, avaient aussi quelque chose d’effrayant, à cause de ceux qui se fouettaient en public. Les relations du dix-septième siècle sont remplies de détails sur ces flagellants. « Ce que la plupart de nos François trouvèrent ridicule, dit un voyageur, et dont même quelques Espagnols conviennent, c'est de voir certams pénitents vêtus de blanc, qui portent un grand capuchon de toile fort haut, fort long et fort

droit, qui couvre tout leur visage. Ils ont le dos tout nud jusqu’à la ceinture, et vont en cet équi-

page se fouëttant par les rues et se donnant la discipline avec des cordelettes pleines de nœuds, et, pour se faire mieux saigner la peau, ils ont de petites boules de cire attachées au bout de ces disciplines, où il y a du verre en pointe avec quoi ils fustigent leurs épaules. » Ceux qui se maltraitaient le plus étaient estimés les plus braves. «Dès que je vis le premier de ces pénitents, lisons-nous dans un autre récit, je crus que c’étoit une femme qui avoit un corset rouge ; mais quand je vis la discipline en branle et le soleil qui faisoit reluire le sang, J'en fus étonné. J'en vis ensuite passer plusieurs les uns après les autres ; l’on auroit cru voir une bête, à qui on auroit écorché le dos, marcher sur les pieds de derrière. Ce qui est le plus affreux, est de voir de temps en temps ces hypocrites respirer le plus de vent qu'ils peuvent, puis se boucher la bouche et le nez, et étendre ensuite, en se courbant de toutes leurs forces, la peau de leur dos, pour en faire sortir le sang, et un homme qui suit essuyer leur dos avec des serviettes, afin que le sang, ne se figeant pas sur les playes par lesquelles il sort, n'empêclie pas le nouveau sang de sortir, à que le premier sang sorti ne soit pas une porte qui ferme le passage au second. On prétend que cette belle scène se fait par trois motifs : le premier, par pénitence et par austérité ;

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parts, dit madame d’Aulnoy, et lorsque les rois d'Espagne ont quelque heureux événement, c'est le lieu où ils viennent chanter le Te Deum. » Puis elle fait la description, encore exacte aujourd'hui, de «la Vierge qui tient le petit Jésus et que l’on dit être miraculeuse. On l'habille fort

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le second, pour se purger... N'est-ce pas là une belle manière de se purger? Le troisième est pour plaire à leurs belles ; car les faux pénitents sont masquez ; ils conviennent avec elles qu'ils passeront à une certaine heure sous les fenêtres ou à la porte de l’église, et qu'ils porteront un ruban d’une certaine couleur. Celui qui est le plus couvert de sang est celui qui emporte le prix, et passe dans l'esprit de la demoiselle pour être le plus fort et qui l’aime davantage, puisqu'il verse plus de sang pour elle. Il en mourut un de ceux que je vis passer ; je ne sais s’il était de la troisième sorte : Dieu veuille que non... » |

Nous avons sous les yeux une ancienne eau-forte, représentant une procession du vendredi saint à Madrid, où se voient les scènes qu'on vient de lire, avec les danses et les cabrioles des péuitents. Ce n’est que vers la fin du siècle dernier que cessèrent ces pratiques ridicules. Charles III défendit aux pénitents de se masquer, et interdit les fustigations et les danses. Aujourd'hui, les processions de Madrid, surtout celles de la Fête-Dieu, rappellent beaucoup celles du Languedoc et de la Provence. Comme dans nos grandes villes du Midi, on y voit des pénitents de toutes couleurs, braves bourgeois et ouvriers auxquels la cagoule, ouverte seulement pour les yeux, donne un air sinistre; des hommes portant des croix, des enfants habillés en anges, avec des robes blanches, des couronnes et des ailes de carton; d’autres, en enfant-Jésus ou en petit saint-Jean, avec une eroix de bois et une peau d'agneau ; le clergé, portant les croix, les crucifix et les bannières des cofradias et des différentes églises.

Parmi les confréries de Madrid, il en est une, celle de Paz y Caridad, dont le but est d’assister les condamnés à mort à leurs derniers moments, de les accompagner au lieu du supplice et de les faire mhumer. Nous eûmes l’occasion, il y a quelques années, de voir les membres de cette société charitable accomplir leur pieuse tâche. Déjà, à Barcelone, nous avions été témoin de l'exécution d'un malheureux qui avait tué d’un coup de fusil l'a/calde de son village. Cette fois, c'était une jeune fille, âgée de vingt-cinq ans à peine, qui avait assassiné sa maîtresse. La Vicenta, — c'était le nom de la servante, — s'était rendue un soir dans sa chambre, et l'avait frappée de deux coups de couteau, après quoi elle l'avait solidement attachée au moyen de deux foulards: puis, l'ayant jetée sur son lit, elle avait eu le triste sang-froid d'assister pendant deux heures à l’agonie de sa victime. La Vicenta fut condamnée à subir le supplice du garrote, et sa sentence lui lut notifiée dans la prison des femmes, où elle était détenue depuis longtemps. La sentence connue, des aveugles, des femmes et des enfants se répandirent dans les rues, criant pour deux cuartos le programme de la lugubre cérémonie. Les cofrades de Paz y Caridad, suivant l'usage de leur confrérie, firent des quêtes dans la ville. De bonne heure, de nombreuses voitures et une foule considérable se dirigeaient déjà vers Ckamberi, un faubourg où ont lieu les exécutions. Un vieux professeur de musique de notre connaissance, qui depuis quarante ans n’en avait pas manqué une, nous proposa de nous accompagner, et nous suivimes ensemble le flot populaire. On parlait dans la foule du testament de la Vicenta. C’est l'usage que la confrérie de Paix et Charité donne aux condamnés le quart du produit de la quête, le reste étant employé en messes pour le repos de leur âme. Or on disait que la Vicenta avait fait deux parts égales de la somme qui lui revenait : une, pour des messes à son intention : l'autre. pour son fiancé. On citait aussi les noms des grandes dames qui étaient venues l'assister dans ses derniers moments.

La prison des femmes se trouve dans l’une des plus longues rues de Madrid, la Calle del Barguillo. Quand nous y arrivâmes, la foule était si épaisse, que nous eûmes beaucoup de peine à passer : la condamnée sortit, assise sur un âne. suivant l'usage, et entièrement en noir, sauf un voile blanc ; des chapelets et des scapulaires étaient suspendus à son cou. Ses traits étaient calmes, et les membres de: la confrérie n'avaient pas besoin de la soutenir ; seulement, comme elle avait soif, un des frères lui apporta un verre de vin. Il était plus de midi quand le triste cortége arriva à l’échafaud de planches dressé au milieu de la plains de Chambéri. Cette plaine est très-vaste

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