FONTAINE DE CÉRÈS, A MADRID
dans les jardins, tels que la Casa del pescador, le Salon orient, Va Montaña Rusa, ce sont des colifichets d'assez mauvais goût. Nous en dirons autant de certaines statues disséminées dans les allées, et qui sont du style roc0co le plus exagéré ; nous avons vu là des rois visigoths dans une attitude tellement tourmentée, qu'on les dirait prêts à danser une figure de la gavotte ou du menuet. À l'extrémité de l'avenue principale s'étend un grand bassin, e/ Estanque, où se balancent quelques vaisseaux lilliputiens. L'étang du Retiro n’est pas de création récente : il en existe au musée de Madrid une vue par Velazquez, et nous ayons sous les yeux une ancienne gravure du temps de
élévation au-dessus du ët du vent tbe du MA, souvent ne Cest ne ie SH du Buen Retiro que se trouv it la célè
ture de porcelaine tendre fondée par Charles III sous le nom de /& China, et dont les produits, |
comme ceux de Sèvres. étaient destinés, pour la plupart, à être offerts en présent aux souve-
r'ains ; ces porcelaines s se reconnaissent à la fleur de lis grossièrement tracée en bleu quil Jeur sert
de marque ; : les peintures sont ordinairement au pointillé. La fabrique du Buen Retiro. était entourée du plus grand mystère, au contraire de celle de Sèvres, dont les ateliers étaient, comme aujourd! hui, facilement accessibles aux visiteurs.
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LE PESAGE DU CHARBON À MADRID (page 583).
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Le Musée de Madrid. — Les écoles étrangères ; l'école espagnole : Velazquez; ses portraits; abus du fard à la cour de Philippe IV ; Murillo. — Les vases en matières précieuses. — Les églises : la Latina: San Isidro: Notre-Dame d’Afocho. — Les processions à Madrid : les flagellants d'autrefois. -— La confrérie de Paz y Caridad ; une exécution capitale à Chambéri. — Le Palacio Real et l'ancien Alcdzar de Madrid ; la prison de François Ier, — L'Armeria : les armures historiques; le casque de Charles-Quint et celui de Francois Ier, — Les boucliers ; quelques épées célèbres ; la collection de selles. — Le Manzanarès ; nombreuses épigrammes : Gongora, Quevedo et Cervantes; quelques strophes de Madrid ridicule; les Ballenatos ; une épigramme de Tirso de Molina; les Zavaderos. — Comment on se baignait autrefois dans le Manzanarès; les bains d'aujourd'hui. — La fête de San Isidro. — Verbenas et Carnestolendas. — La Noche Buena. — Les environs de Madrid. — Les châteaux en Espagne. — La Casa del Campo et le Pardo. }
Quand le Æeal Museo fut ouvert, en 1819, il ne se composait que de trois salles, et le catalogue ne comprenait que trois cent onze tableaux. De nouvelles salles s’ouvrirent successivement en 1821, 1828, 1830 et 1839, sans compter celles qui ont été inaugurées plus récemment. Aujourd'hui, le Musée de Madrid est le plus riche du monde. Il ne forme pas, il est vrai, une suile chronologique des différentes écoles, et ne présente pas, dans une série non interrompue, l'histoire de la peinture depuis ses origines ; c’est tout simplement une réunion de chefs-d'œuvre lormée un peu au hasard, sans plan préconcu. Les tableaux qui composent cette collection sans. “ivale proviennent des palais et de divers couvents, notamment de l'Escurial. L'école espagnole est naturellement très-bien représentée, maloré de nombreuses lacunes, surtout pour les maîtres primitifs. En revanche, Velazquez compte soixante-quatre toiles, plus que n'en possèdent les musées d'Europe réunis. Les Murillo montent à quarante-six ; les Ribera sont plus nombreux
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encore. Viennent ensuite Juanes, le Greco, Alonzo Cano, eau Juan Badtioté del TN Pantoja de la Cruz, représentés par un nombre respectable de tableaux: Dans l'école italienne.
on compte dix Raphaël, quarante- “trois Titien, vingt-cinq Véronèse, trente-quatre Tintoret, seize
Guido Reniet vingt-huit Bassano, sans oublier cinquante-cinq Luca Giordano, et c’est vraiment peu
pour un peintre qui mérita le surnom de Fa Presto, et quiexécuta en Espagne une si prodigieuse quantité de peintures. Le nombre des Flamands et des Hollandais n’est guère moins considérable : ainsi, nous avons compté treize Van Eyck, cinquante-quatre Breughel, soixante-deux Rubens, vingt-deux Van Dyck, cinquante-trois Témiers. Dans l’école allemande, nous ne citerons que dix Albert Durer. L'école française est principalement représentée par Claude Lorrain etle Poussin : le musée possède dix ouvrages du premier et dix-neuf du second. Il ne faut pas oublier plusieurs portraits de Mignard et de Nattier, deux charmants Watteau : une ÂVoce et une Vue du parc de Saint-Cloud, quelques marines de Joseph Vernet et un Greuze de peu d'importance.
Il faudrait un volume pour décrire les nombreux chefs-d’œuvre du Musée de Madrid. Nous nous bornerons à jeter un rapide coup d'œil sur l’école espagnole, qu’on ne connaît que d’une manière imparfaite si l’on n’a pas fait le voyage de Madrid. Ici, c'est Velazquez qui occupe la première place, par le nombre et par la qualité. On peut dire que son œuvre y est presque entier, car les rares toiles disséminées en Europe ne peuvent guère ajouter à sa réputation. Ce qui explique comment la plupart de ses ouvrages sont restés en Espagne, c'est que Diego de Silva Velazquez passa la plus grande partie de sa vie auprès de Philippe IV, dont il était un des privados ou favoris, et qui lui conféra plusieurs fonctions qui l’attachaient à sa personne. On sait que Philippe IV, el Grande, hâta la ruine de l'Espagne en lui faisant perdre plusieurs provinces, et qu’on lui donna pour emblème un fossé avec la devise : Plus on lui ôte, plus il est grand, mais si ce fut un médiocre politique, il sut au moins protéger efficacement les lettres et les arts, et il faut lui savoir gré d’avoir eu pour amis des hommes tels que Calderon et Velazquez. Le peintre de Philippe IV, qui excelle dans tous les genres, se surpasse dans les portraits. Ceux du roi sont nombreux et variés : tantôt 1l est représenté en buste, tantôt en pied, à cheval ou à genoux, en costume de cour ou de chasse ; jeune ou âgé, ses traits sont toujours reconnaissables, surtout à la lèvre mférieure, épaisse et proéminente comme chez presque tous les princes de la maison d'Autriche. Le peintre s’est représenté lui-même, dans le tableau des Meninas, la palette à la main et faisant le portrait du roi. C'était l usage en Espagne, à la cour et chez les grands, d’avoir des nains et des bouffons, comme autrefois à Rome, etils étaient d'autant plus estimés qu'ils étaient plus laids. Les enanos difformes que nous voyons dans les tableaux de Velazquez sont bien ceux que dépeignent les voyageurs du temps : «L'on a aussi des nains et des naines qui sont très-désagréables ; les naines particulièrement sont d’une laideur affreuse : leur tête est plus grosse que tout leur corps ; elles ont toujours leurs cheveux épars, qui tombent jusqu’à terre. L'on ne sçait d'abord ce que l’on voit quand ces petites figures se présentent aux yeux. Elles portent des habits maonifiques ; elles sont les confidentes de leurs maitresses, et par cette raison-là elles en obtiennent tout ce qu’elles veulent... » Toute la cour de Philippe IV a été pente par Velazquez, et ses tableaux la font revivre Le nous. Voici le comte-duc d'Olivarès, — e/ Conde Dugue, — galopant sur un vigoureux cheval andalou ; la reine Marie-Anne d’ Autriche, les princesses et l Infante, avec leurs étranges affublements et ne Joues couvertes de fard. D’autres portraits du musée montrent encore l'abus qu'on faisait du blanc et du vermillon. Les femmes se mettaient du rouge aussi bien aux épaules qu’à la figure ; si belles que fussent leurs couleurs naturelles, elles croyaient ne pouvoir s’en dispenser, sous peine de paraître pâles et malades. Madame d’Aulnoy raconte qu'une dame prit devant elle une tasse pleine de rouge, avec un gros pinceau, et qu ‘elle
sen mit non-seulement aux joues, au menton, sous le nez, au-dessous des sourcils et au bout des oreilles, mais qu’elle s'en barbouilla aussi le dedans des mains, les doigts et les épaules.
«L'on diroit qu’elles telle manière, que je ne doute pas qu si loin qu'on l'appliquait jusqu'aux statues, par exemple aux figures de ornaient la balustrade du palais de Madrid : «Ce que j'y ai trouvé d'assez singulier, > auteur, c'est
que les statues de femmes ont du rouge aux joues et aux épaules. » Velazquez n’a donc rien
qu'il a su peindre l'air. Les Hilanderas ou Fileuses, une autre scène où la nature a été prise sur le fait, représentent l'intérieur d'une fabrique de tapisseries, industrie qui eut en Espagne plus d'importance qu'on ne le croit généralement. Dans la Fragua de Vulcano, Velazquez, interprétant la mythologie à sa manière, a peint tout simplement, mais avec une vérité surprenante, l'atelier d’un forgeron. Ses tableaux religieux, — le Musée de Madrid n’en possède qu’un petit nombre, — présentent les mêmes qualités d'exécution et le même défaut au point de vue de l'idéal, car le peintre de Philippe IV, qui excellait à rendre les objets qu'il pouvait voir et toucher, n'aimait pas plus à peindre les anges et les saints que les figures mythologiques. Bien que les principaux chefs-d'œuvre de Murillo ne se trouvent pas au Musée de Madrid, le
peintre de Séville y est cependant représenté par de très-belles toiles. On sait qu’il eut trois genres différents, que les Espagnols appellent 40, cdlido et vaporoso. La Sainte Famille au petit chien et l’Adoration des Bergers, qui sont peints dans le genre froid, n’ont pas le charme de coloris qu'on admire dans le Martyre de saint André, du genre vaporeux, et dans plusieurs toiles du genre chaud, comme le Saint Augustin, le Saint François d Assise, et le Saint Lldephonse recevant la chasuble des mains de la Vierge. À côté de Velazquez et de Murillo, quelques autres maîtres espagnols, bien que moins célèbres, tiennent un rang distingué. Ainsi, dans l’école de Séville, Pacheco et Palomino, peintres et écrivains ; Zurbaran, qui n’a ici qu'une part bien faible ; Juan Bautista del Mazo Martinez, le gendre de Velazquez, et dont la Vue de Saragosse est un des plus beaux k : paysages qu'on puisse voir ; il ne faut pas non plus oublier Alonzo Cano, qui fut peintre et sculpteur. Dans l’école de Tolède domine le Greco, ce peintre si inégal ; celle de Valence est représentée par deux maîtres, Juanes et Ribera. Le premier, dont le vrai nom était Macip, — nom encore commun à Valence, — se montre l’heureux imitateur de Raphaël : couleur chaude et dorée, avec une grande pureté de dessin. Quant à Ribera, nous le trouvons ici sous des aspects divers ; mais aucune de ses toiles ne vaut la fameuse Descente de croix de la chartreuse de San Martino, à Naples. Terminons par l’école de Madrid, qui compte des maîtres excellents, mais peu connus, tels que Francisco Collantès, dont la Vision d'Ézéchiel est un chef-d'œuvre qui impres sionne vivement; Antonio Pereda, dont le Saint Jérôme est une excellente peinture ; Navarrete el Mudo (le Muet), le Titien espagnol; Juan Carreño, Alonso Sanchez Coello, dont nous voyons un curieux portrait de don Carlos, le malheureux fils de Philippe I ; Pantoja de la Cruz et Claudio Coello, que nous retrouverons bientôt à l’'Escurial. N'oublions pas Goya, si on veutde placer. dans l’école de Madrid ; son petit Picador à caballo est une excellente toile, que n’aurait pas:
désavouée Velazquez. Le Musée de Madrid, nous l'avons dit, présente de nombreuses lacunes, Ainsi, dans l’école espagnole, on regrette l'absence de Becerra, de Berruguete et des deux Herrera. Parmi les Italiens, bien des grands noms manquent, notamment Fra Angelico, Francia, Cima da Conegliano, Antonello de Messine, Fra Bartolommeo, Sébastien del Piombo. Gérard Dow, Terburg, Netscher sont absents, et l'école anglaise n'est même pas représentée par un tableau. | TRE Le
De très-beaux vases de cristal de roche etautres matières précieuses, aux riches montures, d'or émaillé, autrefois relégués dans une petite salle basse, sont maintenant exposés convenablement, ainsi qu'une superbe vasque en faïence d’Urbino, qui représente le jugement de Salomon. On dit qu’elle fut envoyée par Philippe Il; elle était, il n’y a pas longtemps encore, reléguée dans une des salles de la pharmacie de l'Escurial, et bien peu de visiteurs en soupçonnaient l'existence, bien qu’elle soit mentionnée dans d'anciennes descriptions du monument. :
Il existe à Madrid une autre galerie, rarement visitée : c’est le Museo Nacional, qui fut ouvert pour recevoir les tableaux des couvents supprimés. Il y a là près de neuf cents toiles, dont les neuf dixièmes sont à peine dignes d’être exposées ; on peut en conclure que les couvents espagnols, à l'époque de leur suppression, n'étaient pas aussi riches qu’on l’a supposé, ce dont on peut se convaincre, du reste, en visitant les différents musées provinciaux, celui de Séville excepté.
Parmi les églises de Madrid, il n’en est pas une qui soit digne d’une capitale. En revanche, on en compte un très-grand nombre, dont quelques-unes sont d’une richesse extrême, sinon d’un goût irréprochable. La plupart datent du dix-septième siècle, et il fallait qu’elles fussent déjà en bien erande quantité, pour avoir inspiré à un poëte satirique cette singulière boutade sur la capitale de l'Espagne :
L'on n’y voit pas un seul traiteur, Pas même un chétif rôtisseur,
: Et la plus grande encor de toutes les surprises,
C'est qu’au détriment du jarret L'on y visite cent églises, Et pas un pauvre cabaret !
Madrid ne possède pas de cathédrale proprement dite : l’église de Santa Maria de la Almudena en tient lieu, et jouit des priviléges d’une Zglesia Mayor. San Andrés, où reposait autrefois le corps de san Isidro, est une des plus anciennes églises de Madrid, bien que construite dans le style du dix-septième siècle ; nous vimes dans la Capilla del Obispo quelques sculptures du quinzième siècle assez bien conservées, et le tombeau de l’évêque de Plasencia, le plus précieux ouvrage de la Renaissance qui existe dans la capitale. Nous n’avons vu à Madrid aucun spécimen d'architecture gothique plus intéressant que le portail de la Latina. C'est le nom qu'on donne à un ancien couvent fondé par Beatriz Galindo, surnommée /« Latina parce qu’elle avait appris le latin à Isabelle la Catholique. Citons rapidement l'église de San Justo, celles des Descalzas Reales (Déchaussées Royales), des Sa/esas Reales, religieuses qui tiraient leur nom de saint François de Sales, et dont le couvent occupait un très-vaste emplacement. L'église de San Isidro, dans la rue de Tolède, avec ses dorures et la profusion de ses ornements, est du plus mauvais goût. San Isidro, surnommé el Labrador, est le patron de Madrid. Le saint laboureur y naquit vers la fin du douzième siècle, et sa fête, dont nous parlerons bientôt, est un jour de grandes réjouis-
Salces.
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