‹ L'EspagneChapitre 204 sur 287 · T-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

T-DEUXIÈME

; lorieux trophées de l'Armeria, roi Ferdinand VII, à Murat, elle fut placée an Musée d'artillerie place de l'original. Mentionnons encore quelques rares uen RE “ee quelles il en est une qui appartint à Garcilaso de la Vega, celui qué tua le More en champ comme l'apprend une inscription que porte la lame : Æl que mat al Moro en campo; puis d'au

qui ont appartenu à divers personnages célèbres : d’abord, celle de Gonzalve de Cordoue, su

laquelle juraient les princes héritiers du trône, ainsi que les grands d’Espagne et les principaux

dignitaires du royaume, celles de Boabdil, de Charles-Quint, de Fernand Cortès, de Pizarro, de À

Ferdinand le Catholique, de Philippe Il, sans oublier les montantes, grandes épées à deux mains que les papes envoyaient en présent aux rois d'Espagne, et une épée française, celle de Louis I“ | de Bourbon, prince de Condé. Du

La collection de selles est la plus riche qui existe : l’'Armeria en possède plus de vingt du quinzième siècle, et on sait combien elles sont rares ; d’autres, du siècle suivant, sont couvertes de très-beaux ornements de fer repoussé et damasquiné. Admirons surtout deux selles historiques, l’une qui a appartenu à don Jayme, ou Jacques I‘ d'Aragon, e/ Conquistador ; Vautre appartnt au Céd et pressa les flancs du célèbre Babieca, ce misérable rocin que le vainqueur des Arabes, si nous en croyons la tradition, sut transformer en un fringant cheval de bataille. Telles sont, du moins, les attributions du catalogue. Ne soyons pas trop sceptiques et inclinons-nous sans diseuter

celles-e1 plus que les autres.

Pauvre Manzanarès! de combien de plaisanteries, d’épigrammes et de bons mots n’a-t-il pas été l’objet de la part des Espagnols et des étrangers! Il ne faut guère s’en étonner, du reste, car le ruisseau qui arrose la capitale de l'Espagne n’a parfois qu'un si mince filet d’eau, que le voyageur pourrait bien, sans s'en douter, le traverser à pied see comme le Xanfhus dont parle Lucain : |

Inscius in sicco serpentem pulvere rivum Transierat, qui Xanthus erat.….

«.. Il avait, sans le savoir, (traversé dans la poussière sèche le lit tortueux d’un ruisseau : c'était le Xanthus. » C'est Gongora qui paraît avoir ouvert le feu dans un de ses Æomances burlescos :

Mançanares, Mançanares, Vos que en todo el Aquatismo Duque sois de los Arroyos

Y Visconde de los Rios…

«€ Manzanarès, Manzanarès, vous qui dans tout le royaume aquatique êtes le Duc des Ruisseaux et le Vicomte des Rivières... » | Plus loin, Gongora le traite de puits caniculaire, — pozo canicular, — et ajoute que «ceux qui

+ entrent sales, en sortent malpropres. » Dans un sonnet qu'il fit au sujet d’une crue subite du Manzanarès, le poëte est plus cruel encore :

Me di : Cémo has menguado, y has crecido®?

Cômo ayer te vi en pena, y oy en gloria ?

«J e me suis dit : Comment as-tu fait pour croître et décroitre? Comment se fait-il que je t’aie vu hier dans la peine, et aujourd'hui triomphant ? »

la CSC UC I4 LCDONSC, QUE nous rons de traduire

comment l’un ae a-t. ï pu nn de nef-d” uvre par uevedo lui- : — et c'était pourtant un enfant de Madrid — à traité d’une manière très-peu respectueusele : 3 sediendo Manzanarès, le ruisseau altéré qui arrose sa ville natale. Suivant madame d'Aulnoy, « HIOOM EE PAPER 24 n'est ni une rivière, ni même un ruisseau, quoiqu'elle devienne parfois si grosse et si ide FÉERIES CITES “f qu'elle entraîne tout ce qu’elle trouve à son passage... Pendant l'été, on s’y promène en car- | + 1110 rosse; les eaux en sont tellement basses dans cette saison, qu’à peine pourrait-on s'y mouiller le 58 pied, et cependant en hiver elle inonde tout d’un coup les campagnes voisines. Cela vient de ce | que les neiges qui couvrent les montagnes, venant à se fondre, les torrents d’eau entrent avec abondance dans le Manzanars. Philippe IT fit bastir un pont dessus, que l’on nomme le pont de Ségovie; il est superbe, et pour le moins aussi beau que le Pont-Neuf qui traverse la Seine, à Paris. Quand les étrangers le voyent, ils s'éclatent de rire : ils trouvent qu'il est ridicule d’avoir fait un pont dans un lieu qu'il n’y a point d’eau. Il y en a un qui dit plaisamment là-dessus, qu'il «conseilleroit de vendre le pont pour acheter de l’eau. » « Philippe IL, ajoute un autre écrivain, se contentant d’avoir basti le pont, a laissé le soin à ses successeurs d’y faire la rivière, et a fait, comme l’on dit en nostre pays, «l’anse devant le seau ; » car, pour y trouver de l’eau, il y faut faire des puits, et l’on dit communément ici : Esta puente espera al rio como los Judios al Mesias : Ce pont attend la rivière comme les Juifs le Messie. » Un voyageur hollandais du dix-septième siècle disait, en parlant du Manzanarès : «Cette rivière est si petite, que le nom qu’elle porte est plus long qu'elle n’est large; son lit est sablonneux, et en esté elle est si basse, qu'aux mois de juin et de juillet on y fait le cours des carrosses. Le pont ou la chaussée sur laquelle on le passe est longue et large, et a cousté je ne sçay combien de cent mille ducats, et celuy-là n’estoit pas sot qui dit, lorsqu'on lui racontoit que Philippe IT avoit fait une telle dépense pour une si chétive rivière, «qu'il falloit vendre le pont, et acheter de l’eau. » Ce mot rappelle celui d’un ambassadeur étranger à qui on demandait son ë avis sur le pont monumental, et qui répondit simplement : Mas agua, y mnos puente : « plus d’eau, et moins de pont; » il a été mis en vers par l’auteur de Madrid ridicule : |

J'aperçois un superbe pont, Sur qui vingt brouettes de front Pourraient passer, et davantage.

Ma foi, je veux être pendu

Si, pour avoir une rivière, | k Ce pont n’étoit bientôt vendu.

Ici je cherche une rivière

Qui porte, dit-on, maint bateau,

Et je trouve un chétif ruisseau

Pas plus large qu’une gouttière :

C’est donc là le Mawzananës !

On disoit dans Aranjuès

| Qu’auprès de lui le Tage étoit un pauvre drille : | Marrans !, vous vous moquiez de nous, Puisque sans mouiller la cheville

On le passe sur des cailloux.

ñ Un grand nom souvent nous impose, Et de loin un bruit décevant '

! Les Espagnols donnaient autrefois le nom de Marranos (pourceaux) aux Mores, et à leurs descendants les A SUner On trouve dans Tallemant de Réaux et ailleurs l’expression de Marranes appliquée aux Espagnols.

GT-DEUXIEME.

PT Duélete de esa Pate eau | 4 m4 fi

MSA A Mira que dize por ai la gente, AT NE . LE IUT SORTIE À: <9 Etes MAUR Que no eres rio para media puente A À L'ATTU | : Y que ella es puente para (se mares. FE TU EE Las

ta Dee d’avoir ce pont, Manzanarès; car les gens d'ici disent que tu es une rivière ét, de la moitié d un pont, We: que le pont est digne de trente mers. » +54 |

Le poëte dit encore, en parlant du ruisseau de Madrid, qu'il est le nain d’un hr dont il pourrait être le mari (pont est du féminin en espagnol), si, en baisant ses trois yeux”, il lui : arrivait à la cheville :

Enano de una puente,

Que pudierais ser marido, Si al besalla en los tres ojos, Le Ilegarais al tobillo.

L'auteur d’une Relation de Madrid ajoute aussi son mot sur le pauvre Manzanarès. « J'avouerai de bonne foi que j'y ay vu une fois de l’eau ; mais il ne doibt pas s’en glorifier : ce seroit

pour s’attirer les éloges fameux que Saint-Amant en colère et cuvant son vin a donnés au Tibre,

dans sa Rome ridicule. H n'est redevable de cette pompe de demy jour qu’à de la bourbe et à de l’eau jaune d’une ravine esmuë, après quoi il devient le plus sec ruisseau de l'Europe... » Cette «rivière métaphysique et qui n'existe que dans les chansons des poëtes, » ce pauvre filet d’eau se trouve cité, qui le croirait, jusque dans nos épigrammes françaises du siècle dernier. Voici celle que nous trouvons dans l’Æspion dévalisé :

D'Arnaud de Baculard, conseiller d’ambassade,

Vous êtes un rimeur aussi mince que fade;

Tel le Manzanarès, formidable en son nom, N'est qu'un ruisseau roulant sur un obscur limon.

AU

Les Madrilègnes ne sont pas épargnés dans les épigrammes contre leur rivière. Comme les Badauds de Paris et les Cocknet ys de Londres, ils ont aussi leur surnom : on les appelle Ballenalos (Baléineaux) ou Hijos de ballena (Fils de baleine), parce qu’on raconte qu'un jour que le Manzanarès avait de l’eau, des bourgeois ayant vu quelque chose de long et de noir qui flottait, crièrent au miracle, racontant partout qu'ils avaient vu une baleine. Or, c'était tout simplement le bât de la monture d’un Maragato. On raconte encore qu'un jour de grande sécheresse,

- Ferdinand VIT ayant eu la fantaisie de faire une promenade dans le lit du Manzanarès, il fallut l’arroser afin que le roi n'eût pas à souffrir de la poussière. Ceci rappelle le mot d'Alexandre Dumas, un jour qu'un de ses amis allait jeter le reste d’un verre d’eau : « Malheureux, qu’allezvous faire ? Ne perdez pas cela : allons le verser dans le Manzanarès ! » IL est vrai que le célèbre

1 . RS . . . . . x . a I y a ici un jeu de mots sur ojos qui, en espagnol, signifie à la fois yeuæ et arches.

bu

pont de To-

Ro ps pardonné celte do planter que celles de l'asador (gril) intro | Gibus réparé par un horloger. Victor Hugo, en revanche, a pris au sérieux la rivière :

A £ + | Compostelle a son saint ; Cordoue aux maisons vieilles A sa mosquée où l'œil se perd dans les merveilles; | Madrid a le Manzanarès. NE | Un écrivain italien du siècle dernier, J. Baretti, a pris la défense de la pauvre rivière : «Un

voyageur français s’est égayé à ses dépens et a lâché quelques plaisanteries sur la disproportion qu'il y à entre le pont et la rivière qui y passe. Les Français, ainsi que les autres, ne manquent jamais de critiquer ce qui se fait dans les pays étrangers. Le fait est que le Manzanarès devient quelquefois une rivière très-considérable par la fonte subite des neiges qui couvrent les montagnes voisines, et qu'il à souvent un demi-mille de largeur en hiver. Ainsi Philippe II eut très-fort raison de bâtir un grand pont, et ceux qui prétendent le rendre ridicule pour cet ouvrage méritent eux-mêmes de passer pour tels. » Il ne s’agit done que de s’entendre : ce n’est une rivière qu'une partie de l’année, comme dit Tirso de Molina dans une de ses épigrammes :

Como Alcalä y Salamanca, Teneis, y no sois colegio,

Vacaciones en verano,

Y curso solo en invierno.

« Comme Alcala et Salamanque, — Tu as, quoique tu ne sois pas un collége, — Des vacances pendant l'été, — Et un cours seulement en hiver. »

Malgré ses fréquentes vacances, la rivière de Madrid n’est pas toujours à sec pendant l'été : elle a même ses Naïades, simples /avanderas, robustes filles de la Galice, qu’on rencontre souvent. quand elles descendent ou remontent la Cuesta de la Vega, portant un énorme paquet de linge en équilibre sur leur tête, et un autre sous chaque bras. Ces laveuses creusent dans le sable des trous qu’elles appellent lavaderos, et où elles retiennent les flots avares du petit cours d’eau. «Alors, dit M. Breton de los Herreros, le malheureux ruisseau ne se trouve guère moins épuisé que le trésor public, et, comme si les ardeurs du soleil ne le desséchaient pas déjà assez, on lui fait encore subir d’impitoyables saignées pour une chose qu’on appelle par antiphrase baños ; en sorte que les {vaderos en sont tellement appauvris et épuisés, que c’est merveille de voir l'habileté de celles qui parviennent à y laver leur linge. » Ces blanchisseuses occupent sur une trèsgrande longueur le cours du Manzanarès, qui se divise en nombreuses rigoles et se trouve changé en eau de savon. Le lit de la rivière est encombré de nombreuses huttes de roseaux, destinées à abriter les Zavanderas ; on y voit aussi de longues rangées de perches disposées parallèlement, et sur lesquelles sèchent les paños menores de Madrid ; de sorte qu’on pourrait dire du Manzanarès, comme on a dit du Paillon de Nice, que c’est une rivière dans laquelle on met sécher du linge. Les bains dont nous venons de parler consistent, comme les lavoirs, en un trou qu’on creuse et qu’on recouvre d’une petite tente de toile. Cela se pratiquait de la même façon du temps de madame d’Aulnoy : après avoir décrit les agréments qu'offrait en été le Manzanarès, où plus de mille Carrosses se promenaient pendant une partie de la nuit et où l’on faisait des soupers au son des instruments, elle dit qu’il y avait aussi des personnes qui s'y baignaient; « mais, aJoute-t-elle, c'est d’une manière bien désagréable. L'ambassadrice de Danemark le fait depuis quelques jours. Ses gens vont, un peu avant qu’elle arrive, creuser un grand trou dans le gravier, qui s’emplit d’eau. L'ambassadrice se vient fourrer dedans. Voilà un bain, comme

vous le pouvez juger, fort plaisant ; cependant c’est le seul dont on puisse user dans la : ue » ñ

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Les caricatures n'épargnent pas les baigneurs de Madrid. Nous avons sous les yeux une gra-

vure à deux cwartos où ils sont représentés, hommes, femmes et enfants, leurs paquets de linge à la main, se dirigeant en procession vers la rivière fantastique dans laquelle ils espèrent $e plonger. Une autre représente l'intérieur du bain ; l’un essaye de piquer une tête, | l'autre veut tirer sa coupe, tandis qu'un troisième, moins ambitieux, se contente d’un simple bain de pieds.

Au-dessous de la gravure se lit le quatrain suivant :

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