‹ L'EspagneChapitre 212 sur 287 · ÉTUDIANTS DE LA TUNA VOYAGEANT AVEC DES ARRIEROS (MULETIERS · texte numérisé non relu

ÉTUDIANTS DE LA TUNA VOYAGEANT AVEC DES ARRIEROS (MULETIERS

et celle des anciens chevaliers errants et des érobadores du moyen àge. Pauvres et nomade

omme les seconds, chantant sous les balcons et

comme les premiers, poëtes et musiciens © [l

tendant leur tricorne pour demander un cuarto ou une pésela en échange de leurs 7o/as et de

leurs seguidillas, c’est ainsi que nous les montrent les chansons populaires ; ou bien encore faisant

route avec les arrieros ou recueros, et enfourchant leurs montures; aussi un ancien 7e/ran eompare-t-il un étudiant sans muletier à une bourse sans argent : |

Estudiante sin recuero, Bolsa sin dinero.

Voici quelques couplets d’estudiantinas, chansons qui ont ordinairement pour sujet les joies et les misères de leur vie vagabonde : |

« Les étudiants courent le monde, cherchant qui les secoure; — jeune fille candide, qui es sur ce balcon, jettenous une piécette…, ou un napoléon. — Jelte-nous de l'argent, ne nous lance pas de cuivre, —car c'est une monnaie qui sent le pauvre. — Notre panse est semblable à une guitare : brillante à l'extérieur, — vide au dedans. — Nous avons perdu la Foi, et son amie l'Espérance ; si nous ne trouvons pas la Charité, que deviendra notre estomac, vide comme le canon d’une escopette ? — Jette-moi quelque argent, petit minoïs de rose ; quand je serai ministre, je {e promets de t’épouser. — Vous tous qui êtes ici présents, passez soigneusement en revue les doublures de vos poches : — Envoyeznous l'argent dans ce tricorne; et celui qui n'a pas le sou... que le diable l'emporte !»

L'étudiant qui s'adresse ainsi au public est connu sous le nom de moscon. I n’est pas de ruse et de singerie qu'il n’imagine pour faire arriver l'argent dans son tricorne : aux vieilles, 1l sait faire un compliment plein d’à-propos, et si une jeune fille passe à côté de lui, il met un genou à terre et étend son manteau en guise de barrière, exigeant un tribut; la pauvrette rougit, et jette sa pièce; alors le moscon la laisse passer et baise galamment la trace de ses pieds. Voici encore, pour achever de peindre les étudiants espagnols, la Nueva estudiantina, coplas sevillanas que cantan los estudiantes en los dias de su tuna. — « Couplets sévillans que chantent les étudiants dans leurs jours de vagabondage : »

‘“« Avec leur cape noire en lambeaux et leur sombrero, conservés comme des antiquailles, une troupe d'étudiants, jeyeuse et bruyante, entonnait sous un balcon cette sérénade, dont une méchante guitare accompagnait le refrain : — Marquant le pas au son de la guitare, nous visitons les provinces d'Espagne: la Catalogne et la Navarre, la Castille et l’Aragon ; et quoique sans un cuarto en poche, notre joyeuse esfudiantina trouve toujours de quoi souper. — Nous avons un coup d'œil pour la mère et pour la fille, et lorsque, drapés dans notre manteau et la flûte en position, nous commençons notre sérénade, elles nous disent: Allons, il y a un gîte pour vous. — El tandis que la plupart des hommes vont à la recherche des emplois avec mille déceptions et mille intrigues, nous autres étudiants, la flûte et le pandero à la main, nous ne pensons, après diner, qu à chanter sous les balcons. »

Disons franchement à ceux qui, parcourant l'Espagne en touristes, se flatteraient de l'espoir d'y rencontrer des estudiantes de la tuna : c'est en vain que vous les chercherez. Ce type exclusivement espagnol est aussi rare que les êtres fossiles et antédiluviens, et le dernier spécimen de cette race disparue est destiné à aller rejoindre la manolu, le fraile et les autres restes de la

5 vieille Espagne pittoresque. La jeunesse studieuse est plus rangée et moins turbulente auJourd'hui; cependant les estudiantes conservent toujours leur esprit d'espièglerie. Dans les villes de province, ils font la pluie et le beau temps au théâtre; malheur à l'acteur qui leur déplaira : outre les sifflets et les interruptions, il faudra qu'il endure une pluie de pommes de terre et de navets. Et si quelque chose cloche dans l'orchestre, c'est qu'une main perfide aura graissé les cordes de la contre-basse, ou glissé une balle de plomb dans le pavillon du trombone. C'est surtout dans l'exercice du pandero que l'étudiant fait briller ses talents avec une dextérité ineroyable : non content de faire résonner la peau sous son doigt, il en joue aussi avec son coude, avec son nez, avec sa tête, avec ses genoux, avec le bout du pied: Tantôt, après l'avoir fait passer alternative ment sous chacune de ses jambes, il le lance en l'air et le reçoit sur le bout de son doigt,en lui inprimant un mouvement de rotation rapide; tantôt il le fait résonner en frappant tour à tour la tête des gamins qui le regardent ébahis, et tout cela, bien entendu, sans jamais abandonner là

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