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UN CHARRO DES ENVIRONS DE SALAMANQUE

puisqu'ils perdent leur temps à de pareilles bagatelles. » La plupart des Charrossalamanquinos habitent des maisons isolées, espèces de métairies qu'ils appellent montaracias, où ils exercent une hospitalité qui ne le cède en rien, nous assura-t-on, à celle des montagnards de l'Écosse. Si nous n’eûmes pas l’occasion de nous en assurer par nous-mêmes, la solennité du Corpus Fête-Dieu) nous permit, en revanche, d'étudier leurs costumes. Les hommes portaient le large chapeau rond de feutre noir, d'où retombait un gland de soie de couleur ; le gilet, à la coupe carrée, était orné de nombreux boutons d'argent, et disparaissait en partie sous le co, large

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et 1l remplace

d'une capa | cas! d 1 oriental, que ce qui anus au Hu un aussi du cha s Char: buenas mozas (belles filles), et la méritent bien, surtout lorsqu’ elles ue

reilles, — zarcillos, — bijouterie d’un travail grossier, mais d'un effet très-pittoresque. N ’oublions pas la jupe et le tablier de velours écarlate ou grenat, surchargé de broderies éclatantes, représentant des oiseaux, des fleurs et autres objets. C'est sans doute de cette profusion d' jolivements que -vient le mot ckarro, un adjectif de la langue espagnole employé pour désigner une chose surchargée d'ornements.

On rencontre, dans les environs de Salamanque. un bon nombre de carboneros : un quatrain

populaire leur à été consacré :

4 Cémo quieres que tenga

La cara blanca,

Si soy carbonerito De Salamanca ?

«Comment veux-tu que j'aie — La figure blanche, — Puisque je suis un charbonnier — De Salamanque? »

Nous ne quitterons pas cette province sans dire quelques mots de la vallée de las Batuecas, dont les habitants ont été appelés les Béotiens de l'Espagne. Dire de quelqu'un : Es un Batueco, ou bien : Se Aa criado en las Batuecas (il a été élevé dans les Batuecas), c’est le mettre au rang d'un Cafre ou d’un Hottentot. Il y a longtemps que les fables les plus singulières ont été mises en circulation sur cette mystérieuse vallée, ainsi que sur celle des Hurdes : c’était un pays fabuleux, où la religion chrétienne, disait-on, était inconnue; les habitants étaient restés rebelles à toute civilisation ; on allait même jusqu’à prétendre qu ‘ils adoraient le démon. Un prélat ne craignit pas d'affirmer que «les Batuecos étaient des gentils, tenus dans l'erreur par le diable au moyen d'apparitions extérieures et visibles. » On racontait aussi, comme une histoire avérée, la découverte de ces contrées inconnues. Sous le règne de Philippe If, une demoiselle avait pris la fuite avec un page ; les fugitifs s'étaient égarés, et le hasard les avait conduits jusqu'à cet étrange pays, dont les habitants parlaient une langue inintelligible, etc. On broda sur cette aventure des nouvelles et des pièces de théâtre ; il y a même un roman de madame de Genlis, intitulé : les Battuécas (sic). Nous avons eu le courage de lire cet ouvrage, qui eut plusieurs éditions, et dont les personnages se nomment don Pèdre, donna Bianca, Gonzale, etc. On voit que c’est loin d’être irréprochable comme couleur locale. On y trouve aussi, naturellement, le «vénérable vieillard », le «bon religieux », etc., et une description des lieux qui ne brille guère par l'exactitude. C’est aux Batuecas que Montesquieu faisait allusion, lorsqu'il disait : « Ils (les Espagnols) ont fait des découvertes immenses dans le Nouveau-Monde, et ils ne connaissent pas encore leur propre continent : il y a sur leurs rivières tel point qui n’a pas encore été découvert, et dans leurs montagnes des nations qui leur sont inconnues. » Un érudit espagnol, Feijoo, s'est cru obligé de consacrer un chapitre de son Teatro Critico à démentir les fables répandues au sujet des Batuecas. La vérité toute simple est que cette vallée, située au milieu d'un pays sauvage et accidenté, est un coin presque désert, à peu près isolé du reste de l'Espagne. La

large ruban nouant les cheveux derrière la tête ; manches de toile aux broderies noire oil 0 k : ou fichu brodé qui couvre les épaules et la poitrine, et sur lequel s’étalent plusieurs tours d'une MEL chaîne d'or terminée par une croix ornée d’émeraudes, de même que les longues boucles din

Francia Die da Roc de ire où de Ne “ue Oo E en ns au mois de septembre. Suivant la légende, ce nom viendrait d'un Français nommé Simon Vela,. qui, après avoir parcouru les pays les plus lointains à la recherche d’une image miraculeuse de la Vierge, la découvrit, au quinzième siècle, sur cette montagne. Les habitants des Batuecas et ceux des Hurdes sont assurément les plus misérables et les plus ignorants de la Péninsule: un écrivain du pays à dit qu'ils étaient la honte de la civilisation espagnole. Singulier contraste, lorsqu'on pense qu'un canton si pauvre et si arriéré n’est qu'à douze lieues de Salamanque, la ville savante, celle qu'on appelait au seizième siècle la seconde Rome, ét qui fut longtemps l’Athènes de l'Espagne !

Avant de nous éloigner de Salamanque, nous dirons quelques mots de la langue castillane, qui était bien plus répandue en France au seizième siècle qu'aujourd'hui. On trouve chez nos auteurs de cette époque bon nombre de mots et de tournures empruntés à l'espagnol; Brantôme parle d’une «très-belle et honneste dame qui kdbloit un peu l'espagnol et l’entendoit très bien...» « Coustumièrement, dit-il encore, la pluspart des François d'aujourd'hui, au moins ceux qui ont veu un peu, sçavent parler ou entendent ce langage...» Il serait facile de multiplier les exemples, mais nous nous contenterons du témoignage de Cervantès, qui assure, dans sa nouvelle de Persiles y Sigismundo, qu'il n’y avait en France homme ni femme qui ne laissât d'apprendre la langue castillane : En Francia ni varon ni muger deja de aprender la lengua castellana.

Les mérites de la langue castillane ont été souvent célébrés, aussi bien par les étrangers que par les Espagnols. Yriarte, l'auteur du Poëme sur la musique, a fait en faveur de sa langue un éloquent plaidoyer : «Si je cherche, dit-il, hors de l'Italie une langue qui convienne au chant, je ne trouve que l’espagnol, noble, riche, majestueux, flexible, énergique, harmonieux. » Le chevalier de Langle, auteur d’un Voyage en Espagne, où ilse montre très-souvent injuste pour ce pays, ne témoigne pas moins d'enthousiasme : «Il faut entendre parler une Espagnole, dit-il, tous les mots qu’elle prononce se gravent dans la mémoire, et laissent dans l'oreille un son si doux, simélodieux, qu’on croit l'entendre, qu'on croit qu’elle parle quand elle ne parle plus.» L'auteur du Vago Italiano, le P. Caimo, est d'avis que l’espagnol a plus d'abondance que le français, et est plus harmonieux que l'italien. «Il est vrai, ajoute-t-il, que les Français ont plus de douceur dans là prononciation que les Espagnols, qui l’ont un peu rude. Les Français glissent les mots, et les Espagnols les frappent par des aspirations fréquentes. » « La langue espagnole, disait le cardinal du Perron, est fort propre pour les rodomontades, et pour représenter les choses plus grandes qu'elles ne sont. » Dans un pamphlet du dix-septième siècle, publié sous le titre de Relation de Madrid, on fait une singulière critique de cette langue : «Elle n’est guère propre qu'à jouer Rafle, à cause de la quantité d'Az qu'il y a, ni pour faire des fricassées à cause des Os; et si ‘ous en retirez les Az et les Os, il ne resteroit plus que baailler et faire la grimace.…. » Charles: Quint était plus juste quand il disait que l'espagnol était la langue des Dieux. « de la trouve lout à fait à mon gré, disait madame d’ Aulnoy, elle est expressive, noble et grave. » L’espagnol s'est conservé plus pur de mélange étranger que l'italien, et a reçu moins de gallicismes, même à l’époque où l'influence française était si grande à à la cour d’Espagne. La résistance se manifes-

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Laissons le noble langage castillan, pour nous occuper un instant de la Germania, a des voleurs. L'arcot français présente, comme nous le montrerons bientôt, de curieuses analogies avec celui d'Espagne, et il remonte à une époque fort ancienne : dès le seizième siècle il avait

“déjà son dictionnaire, qui fait suite au curieux ouvrage intitulé : « Vie des Marcelots, Gueux et Boémiens.…. plus a été ajousté un dictionnaire en langue 4/esquin, avec l'explication en vulgaire. » Ce langage était parlé par les voleurs, mendiants, vagabonds et autres gens de mauvaise vie, tels que les Mattois, Cagoux, Picoreurs, Coquillarts, Gayeux, Piètres, Sabouleux, Saupicquets, Fallots. Hubins, Franes-Mitoux, Marcandiers, Malingreux, Capons, Drilles ou Narquois, etc. Les faubourgs de Paris avaient aussi leur argot : « La Royne mère, lisons-nous dans le Scaligeriana, parloit aussi bien son goffe parisien qu'une revendeuse de la place Maubert, et l’on n'eust point dit qu'elle estoit Italienne. »

Venons à l’argot espagnol : on l’appelait autrefois amancemabiento ; les voleurs l'appellent aujourd'hui rwfianesca, mais il est plus connu sous le nom de germaniu, qui vient du latin germanus, association, confrérie ; c’est à peu près le même mot que kermandad, qui offre le même sens. le G se confondant souvent avec l'H dans l’ancien espagnol. Les mots /erigonza, jerga et jergon sont à peu près synonymes, et on se sert de la locution proverbiale : Hablar en jerigonza, en jerga où en jergon, pour désigner un langage inintelligible. Il y a évidemment une affinité entre ces différents mots et le vieux français gergon, dont nous avons fait Jargon, et par corruption argot. La germania n'est pas moins ancienne que l’argot français : au seizième siècle, plusieurs auteurs avaient composé dans cet argot des romances ou poésies, que publia en 1609 Juan Hidalgo, sous le titre de Romances de Germania de varios autores, con su vocabulario para declaracion de sus términos y lengua. Cet ouvrage dut avoir un grand succès, si l’on en juge par le nombre des éditions. Un peu plus tard, un autre auteur espagnol, D. Garcia, publia un livre analogue, intitulé Antiqüedad y Nobleza de los ladrones, livre traduit en français peu de temps après, Me à Paris sous le titre de «/ Antiquité des larrons, ouvrage non moins curieux qué délectable..…..» Vers la fin du seizième siècle, un certain nombre d'ouvrages plus connus donnent une idée exacte des mœurs picaresques de l’époque, et contiennent de eurieux renseignements sur le langage que parlaient alors les gens de mauvaise vie; tels sont: la Vida y hechos. del picaro Guzman de Alfarache, de Mateo Aleman; {a Vida de Lazarillo de Tormes, de Diego Hurtado de Mendoza; la Historia y vida del gran tacaño, de Quevedo: Cervantès a placé des termes empruntés au langage des voleurs dans plusieurs endroits du Don Quichotte : mais c’est surtout dans sa nouvelle de ARinconete y Cortadillo qu'il a montré sa CON”

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