‹ L'EspagneChapitre 230 sur 287 · EE = TE · texte numérisé non relu

EE = TE

HZ = EE JT LED

de l'église, s

La ville de Léon est une des plus tristes d'Espagne. De vieilles maisons noircies par le temps laissent voir des restes de sculptures, et quelques anciens palais, tels que la Casa de los Guzmanes, l'Ayuntamiento et la Casa consistorial, donnent encore une idée de ce que fut la ville en d’autres temps. La P/aza Mayor est l'endroit le plus fréquenté; c’est sous ses arcades que se tiennent les marchands en plein vent et que des paysans aux costumes pittoresques viennent vendre leurs fruits et leurs légumes. Les environs de la ville sont moins tristes que la contrée que nous avions traversée depuis Palencia ; la fraîcheur de la végétation contraste singulièrement avec la sécheresse des plaines, et en voyant ces prairies et ces marécages

ombragés par de hauts rideaux de peupliers, on se croirait plutôt en Suisse ou en Normandie que dans l’intérieur de l'Espagne.

Partis de Léon vers sept heures du matin, nous entrions vers neuf heures dans la gare d'Astorga. Si nous en croyons Pline, Asturica Augusta était de son temps une «eité magnifique » . Cela pouvait être vrai à l'époque romaine, mais aujourd’hui Astorga est une des villes Les plus misérables de l'Espagne, « ville aux rues immondes, » disait Ponz il y a quatre-vingts ans. La cathédrale, qui date de la fin du quinzième siècle, est le seul monument remarquable. Le retable de Becerra, dont les nombreuses figures et les capricieux ornements défient toute description, est le chef-d'œuvre du grand sculpteur espagnol. On dit que le chapitre fut si content du travail de Becerra, qu'il lui donna, comme paraguantes, trois mille ducats en sus du prix convenu ; ce qui porta le total à trente mille ducats, somme considérable à cette époque (1569). Une autre curiosité, c’est la statue de Pedro Mato, un célèbre carretero (charretier) appartenant à la tribu des Maragatos, et qui laissa, dit-on, une bonne somme à la cathédrale. Il est représenté dans son costume, tenant à la main une espèce de drapeau. Nous avons déjà dit quelques mots des Maragatos ; leur pays est situé à peu de distance au sud d’Astorga, qui est, sinon leur capitale, du moins la ville la plus rapprochée de la Maragateria. Quelques-uns vont à Madrid vendre du poisson, des chorizos ou autres comestibles ; mais la plupart sont carreteros, comme le Pedro Mato que nous venons de voir, ou bien encore arrieros (muletiers). M. George Borrow, lorsqu'il parcourut l'Espagne pour essayer d'y répandre la Bible, fit dans la Maragateria quelques tentatives de propagande religieuse, mais il perdit son temps avec des hommes aussi attachés à leurs anciens usages : « Je trouvai, dit-il, leurs cœurs grossiers ; leurs oreilles se refusaient à entendre, et leurs yeux étaient fermés. Il y en avait un notamment à qui je montrai le Nouveau Testament et que j'entretins fort longtemps. Il m'écouta, ou fit semblant de m’écouter avec patience, se versant de temps à autre de copieuses rasades d’une énorme cruche de vin blanc qu'il tenait entre ses genoux... « Quant à ce que (vous venez de me dire, répondit-il, j'y comprends fort peu de chose, et je n'en crois pas un “mot; pourtant, au sujet des Bibles que vous m'avez montrées, j'en prendrai trois ou quatre. «Je ne les lirai pas, il est vrai; mais je ne doute pas que je ne puisse les vendre plus cher que «Vous ne m'en demandez. » La Maragateria occupe un terrain accidenté et peu fertile, dont les

ASTORGA. | | PA Brad

# : ue NE 672 CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME.

Maragatas tirent le meilleur parti possible ; elles sont robustes, et ce sont elles qui labourent leur champ, le sèment et font la moisson. Il en est de même, d’ailleurs, dans le reste du royaume de Léon, témoin ce refrain populaire : “ré | RER AE

Hace la muger en Leon Del hombre la obligacion.

Leur costume est fait de drap grossier, soit brun, soit gris foncé, — paño pardo. Quant à celui des Maragatos, tous ceux qui ont parcouru l'Espagne ont eu l’occasion de le voir tel que uous l'avons décrit : pourpoint ou sayo attaché avec des cordons de soie terminés par des ferrets, large ceinture, bas de couleur, chapeau de feutre noir à grands bords et hauts-de-chausses, — bragas, — tellement amples, qu'ils ont donné lieu à une caricature populaire représentant un

Maragato avec cette légende :

En la Maragatcria No hay en paño economia:

«Dans la Maragateria — On ne fait pas d'économie sur le drap. »

C'était la feria quand nous arrivâmes à Astorga. La ville, où le commerce et l'industrie sont à peu près nuls, était à peu près aussi calme que de coutume ; un photographe de Valladolid s'était établi en plein air, et suffisait à peine aux demandes des amateurs. Nous lui vimes exécuter quelques portraits de paysans du voisinage, leur guitare sur le genou gauche, avec enluminures éclatantes. Ce photographe était aussi marchand d’antiquités, et pendant que nous admirions ses produits, il nous offrit, comme une merveille, un émail des plus médiocres, dont il nous demandait, bien entendu, cinq ou six fois la valeur. Vers le soir, la ville d'Astorga prenait un peu d'animation ; il y avait funcion au théâtre ; la troupe nous parut être composée de comicos de la lequa, httéralement comédiens de la lieue, “oupe ambulante dans le genre de celles qui sont si plaisamment décrites par Scarron dans le Æoman comique, et par Théophile Gautier dans le Capataine Fracasse. D'autres théâtres d’un ordre inférieur leur faisaient concurrence. C'était d’abord celui des téteres, établi dans une boutique vacante ; car les marionnettes existent en Espagne tout comme au temps de Cervantès. Elles nous firent penser à celles que le Chevalier de la Manche pourfendit dans lhotellerie avec une si grande fureur ; le iféritero, qui variait ses représentations avec celles des sombrus chinescas (ombres chinoises), possédait également un futilimundi (optique) où les prineipaux monuments de l'univers étaient représentés de la manière la plus naïve. Grâce à ces attractions variées, son théâtre était toujours plein. Du reste, l'impresario ne manquait jamais, à la fin de chaque représentation, de venir en personne devant sa porte, et de sonner du clairon pour appeler de nouveaux spectateurs. La rue était encombrée d'une foule des plus pittoresques. composée en partie d'amateurs non payants; la lumière qui venait de l’intérieur projetait sur cette foule bigarrée les ombres les plus fantastiques ; et comme la scène se passait précisément en face de nos fenêtres, Doré profita de l'occasion pour la fixer tout à son aise sur son album. sans être incommodé, comme à l'ordinaire. par limportunité des gamins et des curieux.

Nous nous souviendrons longtemps du diner qu'on nous donna à la posada d'Astorga ; la table avait suffi pour nous en donner un avant-goût : sur une nappe de grosse toile s'étalarent, à coté de larges taches violettes dues au gros vin de Toro, celles d'un ton plus chaud produites par des jaunes d'œufs, et par des sauces où dominaient la tomate et le piment rouge; de

ñrèl)"

(page 6

Page 1