‹ L'EspagneChapitre 239 sur 287 · MENDIANTS DANS L · texte numérisé non relu

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ESCALIER DE LA FONDA (page 690).

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vantables, on finissait par en venir aux mains ; aussi l'autorité dut-elle intervenir. Lorsque le Saint-Sacrement passe dans une rue, l'usage est de se découvrir et de s’agenouiller. On raconte à ce propos, en Andalousie, l'histoire d’un de ces valentones ou perdonavidas, bravaches et fanfarons comme il s’en trouve en ce pays, et qui venait de sortir d’une faberna, la tête FA y échauffée par de nombreuses libations. Il se mit à l'extrémité d’une ruelle, une énorme navaja à la main, et tout en faisant mille contorsions pour ne pas perdre l'équilibre, il commença à dire : « Por aqui ni Dios pasa! — Dieu lui-même ne passe pas parici! » À ce moment parut à l’autre bout de la ruelle un enfant de chœur agitant une petite sonnette derrière deux rangées de cierges, puis un prêtre qui allait porter les sacrements à un malade. L'ivrogne ôta son sombrero, et tout en gardant à la main sa navaja, s'agenouilla le long de la muraille, en se donnant très-dévotement de grands coups dans la poitrine. Quand la procession fut passée, il se releva, non sans peine, et se mit à suivre le prêtre en murmurant entre ses dents : « C’est égal, si je n'avais pas dù accompagner le Saint-Sacrement, Dieu lui-même ne passait pas ! — Ni Dios pasaba! »

Le monastère de Las Huelgas est situé si près de Burgos, que nous eûmes le temps d'aller le visiter et de faire. avant déjeuner, quelques croquis de l’église ainsi que du cloître, qui date de la seconde moitié du treizième siècle, et dont l'architecture est noble et simple à la fois. Madame d'Aulnoy connaissait une belle veuve qui était en religion au couvent de Las Huelgas : «C’est, dit-elle, une abbaye célèbre où il y a cent cinquante religieuses, la plupart filles de princes, de dues et de titulados. Ces pauvres enfants y entrent dès l’âge de six ou sept ans, et même plus tôt, on leur fait faire des vœux : bien souvent c’est Le père ou la mère, ou quelque proche parent, qui les prononcent pour elles, pendant que la petite victime s’amuse avec des confitures, et se laisse habiller comme on veut... » Ce mot de confitures nous rappelle que les religieuses espagnoles, comme les nonnes de Vert- Vert, avaient autrefois la réputation — qu’elles conservent encore aujourd'hui, notamment celles de Valence — de faire à merveille toutes sortes de dulces,

Et tous ces mets sucrés, en pâte ou bien liquides, Dont estomacs dévots furent toujours avides.

Le couvent de Las Huelgas est encore occupé par des religieuses cloîtrées, et il ne nous fut possible de voir l’église qu’à travers une orille. Nous avons vu souvent de ces grilles en Espagne, notamment dans un couvent de Grenade où le parloir est défendu par un triple réseau de fer ; les barreaux qui donnent sur la salle où pénètrent les visiteurs, sont tellement rapprochés, qu'ils ne À laissent même pas passer la main ; et pour surcroît de défense, des pointes de fer longues d’un pied, placées à chaque intersection, menacent les profanes comme autant de poignards acérés. Ce luxe de précautions, nous a-t-on assuré, est quelquefois utile, et sans doute il en était déjà ainsi du temps de la comtesse d'Aulnoy, qui décrit un parloir avec «trois affreuses grilles, les unes sur les autres, toutes hérissées de pointes de fer... Comment ! s'écrie un de ses interlocuteurs, on m’avoit assuré que les religieuses étoient en ce pays fort galantes, mais je suis persuadé que

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l'amour n'est pas assez hardi pour hasarder d'entrer au travers de ces longues pointes et de ces petits trous, où il périroit indubitablement. » CAN SON Fr

De Las Huelgas à la Cartuja de Miraflores la distance est très-courte. C'était autrefois un desplus riches couvents de chartreux de l'Espagne. Une promenade de deux heures nous conduisit ensuite à San Pedro de Cardena; cet ancien couvent n'offre rien de remarquable, mais c'est Ià que le corps du Cid fut porté sur son fameux cheval Babieca (et non Babieca, comme on l'écrit quelquefois), lequel, dit-on, fut enterré avec lui, conformément à sa volonté, en compagnie de ses trois épées favorites, la Co/ada, la Joyosa et la T'izon ou Tizona. Covarrubias nous apprend que la première se nommait ainsi parce qu’elle était forgée de finissimo azero colado ; la Joyosa était comme un Joyau — 7oya, et la Tizona ressemblait à un tison ardent — /izon ardiente ; il faut bien se garder de l'appeler Tisonude, comme Casimir Delavigne, de même qu'on doit dire alcalde, et non alcade, mot qui n’est pas espagnol, et qui a sans doute été inventé par un poëte pour rimer avec sérénade. IL paraît, toujours d’après Covarrubias, qu'un juif ayant eu la hardiesse de venir lui tirer la barbe, le Campeador sortit de son tombeau (por permision de Dios), tira une de ses épées, et mit en fuite l’hérétique.

On s’étonnera peut-être si, après avoir parlé des épées du héros, nous posons cette question :

Le Cid a-t-il existé? La question, qui peut paraître, impertinente dans un pays où le héros légendaire est presque un demi-dieu, y a cependant été agitée plusieurs fois. Bien plus, un historien espagnol bien connu, Masdeu, osa, au siècle dernier, douter de son existence. Il est bien prouvé aujourd'hui que le Cid a réellement existé. Dès la fin du siècle dernier, Ponz mentionnait dans son Vaje de España un curieux manuscrit du douzième siècle qu'il avait vu à Léon, et qui contenait une chronique en latin, dans laquelle le Campeador est appelé Campi doctus. Depuis, on a découvert un autre document intéressant, extrait des actes d’un concile tenu en 1160, soixante ans environ après la mort du héros, à Hormedes, dans le diocèse de Palencia, et approuvé par une bulle pontificale de 1162. Dans ce document le Cid est appelé : Magnus Royz Didaz, cognomento Citie Campeator. L'existence du Cid a encore été prouvée par les témoignages de divers historiens arabes contemporains, qui ont été traduits et commentés par M. Dozy, professeur de l’université de Leyde. Conde et Gayangos ont aussi donné des extraits de ces auteurs qui, au lieu de représenter le Cid comme le modèle d'un loyal chevalier, le dépeignent au contraire comme un ennemi féroce, perfide et sans générosité : défauts communs à plus d’un héros du moyen âge. Un auteur espagnol moderne, M. Alcala Galiano, croit qu'il exista un homme appelé le Cid, qui se signala par des actions d'éclat dans les guerres contre les infidèles : bien mieux, il croit qu'il y en eut plusieurs. M. Antoine de Latour rapporte, au sujet de cet auteur, un détail assez piquant : «En l'an de grâce 1862, dit-il, M. Alcala Galiano s’est vu sommé de comparaitre devant un juge qui, en Espagne, a les attributions de notre Juge de paix, à l'effet de s'entendre signifier par arrêt qu'il ait à confesser l'existence du Cid. » Le demandeur, don Casimiro Orense ÿ Ravazo, se présentait en qualité de descendant du Cid, et revendiquait modestement un ancêtre devant le juge. M. Alcala Galiano aurait pu, de son côté, sommer don Casimiro de prouver qu'il descendait du grand homme en question: malheureusement ce dernier vint à mourir, et ce curieux procès ne fut pas jugé.

On sait qu'on appelle Romancero del Cid le recueil des romances destinés à célébrer les hauts faits du héros qu'on à appelé l'Hercule espagnol et chrétien. Ces romances, depuis le treizième siècle jusqu’au seizième, sont innombrables, et forment un recueil très-volumineux. Ce n’est pas ici le lieu d'examiner ce qu'ils peuvent contenir de vrai ou de fabuleux : bornons-nous donc à constater que les biographes placent entre les années 1026 et 1040 la date de la naissance du Cid; c'est un petit village de trente feux, situé à deux lieues de Burgos, — Bivar ou Vivar, — qui eul l'insigne honneur de donner le Jour au héros que les romances et les chroniques appellent el

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