LA CATHÉDRALE DE BURGOS | RRC UE
comme nos anciens Jacquemarts, sonnait les heures avec force gestes et cris ; mais il paraît qu'il attirait tellement l'attention des assistants au détriment des offices, qu'un beau jour le chapitre le réduisit à Limmobilité. LOPRE,
Après avoir visité le cloître, nous entrâmes dans une pièce qui précède la salle capitulaire, et nous remarquâmes, accroché au mur à gauche, un vieux coffre de bois vermoulu, tout bardé de ferrures, supporté par deux potences de fer et retenu par une chaîne. Nous étions devant le coffre du Cid Gampeador, ce coffre que les chroniques et les légendes ont rendu si célèbre. Suivant les uns, il contenait autrefois l’autel portatif qui suivait le héros dans ses campagnes ; d'autres prétendent qu'on y conservait un tronçon de son épée; enfin, ce modèle des chevaliers s'en serait servi pour Jouer à deux juifs un certain lour qui, de nos jours, pourrait conduire en police correctionnelle. Voici ce que raconte la légende : Un jour que le Campeador avait besoin d'argent, il fit venir deux usuriers juifs nommés Rachel et Bidas, et leur emprunta une forte somme, en leur donnant pour gage le coffre en question, qu'il leur assura être pleim de bijoux précieux. On s’étonnera peut-être de voir un si grand personnage emprunter ainsi à des juifs ; citons seulement l'exemple de deux rois de Castille : Alphonse X, qui envoya sa couronne en gage au roi de Maroc, et Henri IT, qui vendit son manteau faute d'argent. Les juifs comptèrent done l'argent, et emportèrent le coffre, qui ne contenait que du sable. Il est vrai que le Cid remboursa, à l’époque fixée, capital et intérêts; néanmoins il faut avouer que les juifs de ce temps-là se montraient bien confiants, et qu'on avait tort de persécuter et de brûler des hérétiques d'une pareille naïveté et des usuriers d'aussi bonne composition.
La cathédrale de Burgos n’a de rivales, pour la richesse, que celles de Tolède et de Séville. Son clergé était très-nombreux : le poëte à été vrai en disant dans une de ses Orientales :
Burgos de son chapitre étale la richesse.
«Le service divin, lisons-nous dans le Fidèle Conducteur pour le voyage en Espagne (1654), y est chanté par cinq chœurs différents, sans qu'ils s’interrompent les uns les autres. » Si les chœurs sont moins nombreux aujourd’hui, ils ne laissent pas d’être fort bons, et nous en dirons autant des orgues. Du reste, la place d’organiste à Burgos, comme dans les autres villes d'Espagne, est donnée à la suite de concours qu’on nomme oposiciones. Les anciens voyageurs parlent souvent de la musique des églises espagnoles. Suivant l’/nventaire général des plus curieuses recherches des royaumes d'Espagne, publié à Paris en 1615, la «Chapelle de Sa Majesté » possédait, outre les maîtres de chapelle et de musique, douze enfants de chœur et quarante-cinq chantres, sans compter les « souffleurs d'orgue », six violons, et « deux ioüeurs de cornet à bouquin ». Les panderos et les airs de danse figuraient mème dans la musique religieuse : « J'allay, dit un voyageur, à la messe de minuit aux cordeliers (de Valladolid), et aussi tost qu'on ouvrit les portes de l’église, où une infinité de peuple attendoit, j'entendis les tambours de basque, qui s’accordoient avec les orgues, qui jouoient une chacone.. » Dans l'État présent d'Espagne (1700), on mentionne aussi les cornets à bouquin : « Ils se servent d’un cornet à bouquin, qui n'entonne au plus qu'une douzaine de notes, et qui les répète continuellement. Les serins, qui sont dans toutes les églises en quantité, font une symphonie glapissante, beaucoup plus agréable que leur chant. » Et le P. Caimo, parlant de la cathédrale de Sigüenza : « J'y ai entendu un chœyr nombreux de musiciens, qui chantoient alternativement : il me sembloit entendre des
’anei I I lises cigales… » Bon nombre d'anciens voyageurs parlent des oiseaux qu on élevait dans les ég
d'Espagne. « Dans la première église où j'entrai, étant à Antequera, dit l’un d'eux, j'entendis de
toute part le chant des oiseaux. Je cherchois à découvrir l'habitation qu’ils avoient pu se faire dans ce lieu saint et fréquenté, lorsque j'aperçus plusieurs cages suspendues dans les diverses chapelles où l'on force les serins et les alouettes à chanter les louanges du Seigneur. » On lit aussi dans les Délices de l'Espagne un passage à ce sujet : « Outre la musique des voix et des instruments, on a encore dans l’église celle de divers petits oiseaux, comme rossignols, serins et autres, qu'on y tient enfermés dans des cages peintes et dorées. » Baretti, après s'être plaint du bavardage des femmes dans les églises de Madrid, ajoute : «Je ne conçois pas comment on peut être recueilli un moment pendant ce chuchotement universel, souvent accompagné du chant des serins de Canarie. » Ceci nous rappelle que madame d’Aulnoy parle de corbeaux qu'on élevait dans l’église métropolitaine de Lisbonne, en souvenir de saint Vincent, parce que ces oiseaux, suivant la légende, avaient gardé le corps de ce saint, auquel on avait refusé la sépulture, «de sorte que l’on nourrit des corbeaux dans cette église, et qu'il y a un tronc pour eux, où l'on met des aumônes pour leur avoir de la mangeaille. » On ne trouve que rarement, dans les églises espagnoles, la trace de cette ancienne coutume. Quelle pouvait en être l’origine? Ne serait-ce pas la légende de « Saint François parlant à des oiseaux, » sujet d'un tableau de l’école de Giotto, que possède le Louvre? Les oiseaux écoutent attentivement la prédication du saint. « Souvent, disent les légendaires, ils chantaient alternativement avec lui quand il réeitait son office, et se taisaient à son commandement. » Qui sait si ce n'est pas un souvenir de cet ancien usage qui aurait inspiré l’auteur inconnu de cette segwdilla populaire ?
En la torre mâs alta
De San Agustin
Hay un päjaro, y canta
Coplas en latin ;
Y en ellas dice
Que los enamorados Siempre estän tristes.
«Dans la tour la plus élevée — De Saint-Augustin — Il y a un oiseau, et il chante — Des couplets en latin ; « Et dans ces couplets il dit — Que les amoureux — Sont toujours tristes. »
Les processions religieuses, autrefois célèbres à Burgos, y ont encore lieu aujourd'hui avec beaucoup de pompe, comme il convient à la capitale de la Vieille-Castille. Les plus belles qui se célèbrent en Espagne, le jour du Corpus, ou de la Fête-Dieu, sont toujours telles que les dépeignait un voyageur il y a plus de deux cents ans : « L'on tapisse les ruës par où la procession doit passer des plus belles tapisseries de l'univers : car je ne vous parle pas seulement de celles de la Couronne que l’on y voit; il y a mille particuliers, et même davantage, qui en ont d'admirables. Tous les balcons sont sans jalousies, couverts de tapis remplis de riches carreaux (coussins avec des dais. » Quant aux processions de la Semaine Sainte, c’est surtout en Andalousie qu'on les célèbre avec un appareil extraordinaire. Il est même quelques endroits où ces cérémonies rappellent les anciens autos sacramentales, et font penser, par leur naïveté, aux mystères du moyen âge : chaque localité a ses coutumes particulières : un écrivain espagnol, M. Lafuente Alcantara, nous assure qu'à Archidona, son pays, il sort pendant la Semaine Sainte jusqu’à cinq processions diftérentes, qui passent devant la prison de la ville, et s’y arrêtent un instant, afin que les prisonniers puissent voir les mages de la Passion. Quelqu'un de ceux-ci ne manque jamais de chanter alors trois où quatre de ces strophes populaires sur la Passion, qu’on appelle saetas. A Iznajar, petite ville de la province de Cordoue, la Passion est figurée par des acteurs, et il n'y à pas encore longtemps qu'on y représentait tous les ans, dans les grottes de San Marcos, une espèce de drame religieux en prose et en vers. On y voyait au naturelles douze apôtres, la sainte Cène, saint Pierre au Jardin des Oliviers, Hérode et Pilate, ete. Mais la scène la plus curieuse était celle entre Anne
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