‹ L'EspagneChapitre 263 sur 287 · BERGER BASQUE (PROVINCE D'ALAVA · texte numérisé non relu

BERGER BASQUE (PROVINCE D'ALAVA

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Écoutons maintenant le couplet de son adversaire :

Ciento cincuenta cartuchos Tengo yo en mi cartuchera, Para matar à las facciones Que defienden à Cabrera,

« Cent cinquante cartouches, — Je les ai dans ma cartouchière — Pour tuer les factieux — Qui défendent Gebrera, DU

Le mouvement carliste de 1855 fut dirigé par les généraux Marco et Estartus ; le premier commandait en Aragon, le second en Catalogne; mais cette insurrection fut de peu d'importance. Celle de 1860, à la tête de laquelle s'était mis le capitaine général des îles Baléares, don Jaime Ortega, fut étouffée dès le commencement : peu de temps après avoir débarqué à San Carlos de Rapita, près de l'embouchure de l'Ébre, Ortega était arrêté, et fusillé à Tortosa. Pendant les dernières années du règne d'Isabelle IF, les soulèvements carlistes furent insignifiants: peu de temps après la révolution qui renversa la reine, le parti de don Carlos releva la tête. En 1869 et en 1870, des msurrections éclatèrent dans plusieurs provinces d’Espagne, grandissant peu à peu,-après des alternatives diverses, pour en arriver au point où nous les voyons aujourd'hui. Nous ne dirons rien de plus, voulant nous borner à un court aperçu rétrospectif.

Nous sommes au cœur des Provinces Basques, dans un pays accidenté qui semble fait pour les combats de partisans ; aussi a-t-il été bien des fois, depuis quarante ans, le théâtre des guerres civiles. Quittons ce terrain brülant, arrêtons-nous à Isasondo, un bourg très-pittoresque entouré de hautes montagnes, et, après avoir passé à Beasain, nous traverserons le magnifique viaduc d'Ormaiztegui, un des plus beaux ouvrages de la ligne du Nord. C'est dans le joli village de ce nom que naquit le fameux chef carliste Zumalacarregui. Nous voici à Tolosa, la capitale du Guipüzcoa, une des plus jolies villes du pays basque, et une des plus judustrieuses ; les usines et les fabriques y sont nombreuses, et leurs bâtiments aux fenêtres régulières contrastent singulièrement avec les façades sculptées et armoriées des casas solares, manoirs en partie ruinés des anciennes familles nobles. A part les casas solares, dont la plupart remontent à plusieurs siècles, Tolosa ne possède d'autre édifice intéressant que l’église gothique de Santa- Maria, dont une des tours est surmontée d’une statue colossale de saint Jean-Baptiste. Nous remarquâmes, en entrant dans l’église, cette inscription, que bien des fois déjà nous avions eu l’occasion de lire : Hoy se sacan dnimas. Cet avis aux fidèles, une des traditions de la vieille Espaone catholique, signifie littéralement : « Aujourd'hui on retire des âmes. » Il s’agit des âmes qui vont en Purgatoire se purifier au moyen des souffrances, afin de se rendre dignes de pénétrer dans les régions célestes. Les dnimas ont toujours joué un rôle important dans l'Église espagnole : vous les voyez souvent représentées sous la figure d’une femme nue jusqu’à la ceinture, les mains jointes dans une attitude suppliante, et entourées de langues de flammes.

. La dévotion aux dnimas a été de tout temps un des moyens les plus efficaces pour émouvoir la charité publique : «Cela est même quelquefois poussé trop loin, dit madame d’Aulnoy, et j’ai connu un homme de grande naissance, qui, étant fort mal dans ses affaires, ne laissa pas de vouloir,

en mourant, qu'on luy dit quinze mille messes... Cest ee qui a donné lieu à cette manière de

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ISASONDO, PRÈS TOLOSA (PROVINCE DE GUIPUZCOA).

parler dont on se sert ordinairement : Fulano ha dejado su alma heredera ; ee qui veut dire : Ur

gne. » Ceci: nous nt 1e à part mot qu' on attribuait au comte de Vilk li Æw un jour dans l’ église de Notre-Dame d’Atocha, et y ayant trouvé un reli gieux qui demandoit pour

les âmes du Purgatoire, il lui donna une. pièce de quatre pistoles. «Ah! seigneur, dit. le bon

« Père, vous venez de délivrer une âme. » Le comte tira encore une pareille pièce et la mit dans sa tasse. « Voilà, continua le religieux, une autre âme délivrée. » I luy en donna de cette manière Six de suite ; et à chaque pièce le moine se récrioit : « L'âme vient de sortir du Purgatoire.

«— M'en asseurez-vous ? dit le comte. — Ouy, seigneur, reprit le moine affirmalivement elles

«sont à présent au ciel. — Rendez-moy donc mes six pistoles, dit-il, car il seroit inutile qu’elles «vous restassent ; et RS les âmes sont dans le ciel, il ne e faut RE craindre 4 qe retour- «nent en PO 0 Rte

Le due, ilest vrai, ne voulait qu “effrayer le moine, etilne reprit pas son argent. La an. terie du comte de Villa Mediana nous en rappelle une du même genre qu’on attribue à un autre grand d'Espagne. « Le duc d'Osone promit mille pistoles aux Jésuites, s'ils lui faisoient voir qu'on pût donner l'absolution, par avance, d’un péché non encore commis. Après avoir bien cherché, ils lui apportèrent un de leurs auteurs, et lui donnèrent l'absolution qu’il demandoit. Il leur fit une lettre de change à recevoir à quatre lieues. Ils trouvèrent en chemin douze drôles qui les battirent et leur prirent leur lettre de change. Ils vinrent se plaindre au duc, qui leur dit que c’étoit là le péché qu'il avoit envie de commettre, et qu'ils l'en avoient absous. » Un voyageur hollandais du dix-septième siècle était encore plus irrévérencieux pour les dnimas que le comte de Villa Mediana : « On voit, dit-il dans sa Æelation de Madrid, quantité de personnes

qui font des questes para las benditas almas del purgatorio. Et l'histoire porte qu'après avoir ra- :

massé quelques réaux, ils en vont boire frais sur la neige, et font passer cela pour eau beniste aux trepassez. » La Vierge del Cérmen est invoquée particulièrement pour retirer les âmes du Purgatoire :

À la Virjen del Cärmen

Quiero y adoro,

Porque saca las almas Del purgatorio.

« La Vierge du Carmen, — Je l'aime et je l'adore, — Parce qu’elle retire les âmes — Du Purgatoire. »

Pour compléter ce tableau de mœurs espagnoles, rappelons qu’un journal satirique fut publié à Madrid il y a quelques années, sous le singulier titre de Las Animas ; sa vignette représentait des âmes en peine, sous la figure de cesantes et de pretendientes, c'est-à-dire ceux qui ont perdu leurs places et ceux qui en sollicitent. La dévotion aux âmes du Purgatoire est toujours grande en Espagne ; les églises se remplissent de fidèles lorsque, vers huit ou neuf heures du soir, on sonne c/ oque de las dnimas, les murs sont tendus de noir, les cierges jettent une lueur lugubre, et chacun s’agenouille pour prier en faveur des parents ou des amis qu'il regrette.

En sortant de Tolosa, on jouit jusqu'à Saint-Sébastien d'un paysage ravissant : par moments

on se croirait en Suisse, si les chalets n'étaient remplacés par de petites maisons basses, aux murs blanchis à la chaux et aux toits couverts de tuiles rouges. L'aspect des montagnes est très-

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varié : parfois A EN rs plans dont en teintes vaporeuses. Sauf dans les Duris at yves montre à nu, la végétation est toujours vigoureuse. Nous remarquons u lencinas) et les chènes-liéges (a/cornogues) aux troncs énormes, et dual les branches = parfois jusqu'à trente ou quarante pieds de hauteur. Ces chênes liéges se teignent enr qu

on les a dépouillés de leur écorce. Leur bois, un des plus durs qu'il y ait, le cède cependant sous ce rapport à celui du chène vert, comme le constate un proverbe rimé des plus bizarres : gi 3

Al alcornoque, No hay palo que le toque, Sino la encina, v» Que le quebra la costilla.

« Le chène-liége, — Il n'y a aucun bois qui l’atteigne, — Si ce n'est le chêne vert, — Qui lui casse les côtes, »

Ces montagnes escarpées que nous traversons en quelques minutes sous de nombreux tunnels, ces profondes vallées reliées par des viadues, nous remettent en mémoire le temps des diligences, ce bon temps où l’on voyageait avec l'escorte tutélaire des escopeteros, et où l'on s’arrêtait chaque soir à la couchée. On ne met guère plus de temps aujourd'hui, — quand le chemin de fermarche, — pour traverser les Provinces Basques d'Trun à Vitoria, qu'il n'en fallait alors pour monter les côtes les plus escarpées, par exemple celle de /4s Salinas. Cette côte, l’effroi des voyageurs, n'était franchie qu'avec le secours d'une demi-douzame de bœufs, qu'on plaçait devant les dix ou douze mules de la diligence, et lon n'arrivait au sommet qu'à grand renfort de coups de fouet et d’aiguillon, et avec le vacarme le plus assourdissant de cris et de Jurons.

A propos de vacarme, n'oublions pas les fameux chars des pays basques. Ces lourds véhicules aux roues massives, qui n'ont pas dû subir de grands changements depuis l’époque où don Pelayo régnait dans les Asturies, ne diffèrent pas beaucoup de ceux que nous avons vus dans ce pays et dans la province de Léon ; Doré en avait déjà dessiné quelques-uns du même genre, notamment à Palencia et à Léon. Théophile Gautier a décrit dans un syle très pittoresque les sineuliers grincements produits par les roues des carros basques : «Un bruit étrange, inexplicable, enroué, effrayant et risible, me préoccupait l'oreille depuis quelque temps ; on eût dit une multitude de geais plumés vifs, d'enfants fouettés, de chats en amour, de scies s’agaçant les dents sur une pierre dure, de chaudrons raclés, de gonds de prison roulant sur la rouille et forcés de lâcher leur prisonnier ; je croyais tout au moins que c'était une princesse égorgée par un négromant farouche ; ce n’était rien qu’un char à bœufs qui montait la rue d’Irun et dont les roues miaulaient affreusement faute d’être suiffées, le conducteur aimant mieux sans doute mettre la sraisse dans sa soupe. Ce char n'avait assurément rien que de fort primitif ; les roues étaient pleines et tournaient avec l'essieu, comme dans les petits chariots que font les enfants avec de l'écorce de potiron. Ce bruit s’entend d'une demi-lieue, et ne déplaît pas aux naturels du pays. Ils ont ainsi un instrument de musique qui ne leur coûte rien et qui joue de lui-même tout seul, tant que la route dure. Cela leur semble aussi harmonieux qu'à nous des exercices de violoniste sur la quatrième corde. Un paysan ne voudrait pas d’un char qui ne chanterait pas : ce véhicule doit dater du déluge. »

Si les chars des Provinces Basques ne datent pas du déluge, leur forme remonte certainement

à une époque très-ancienne. On pourrait, du reste, en dire autant de ceux dont on se sert en

Andalousie, dans les Castilles et dans d’autres provinces. Pour montrer que ce n'est pas d'hier

que les roues des carros font leur étrange musique, nous n’avons qu'à rappeler ce curieux passage

d’une des Novelas ejemplares de Cervantès qui dit, en parlant des ministres de la justice, que,

s CSs'ils ne sont pas bien graissés, tls grognent plus que des charrettes à bæufs. » Citons encore cette

LES CARROS BASQUES. 169

copla bien connue en Espagne, et qui montre qu'il est des pays où les roues des chars sont mieux graissées que dans les Provinces Basques :

Unta el eje, Juanillo, Que chilla el carro ; Que hasta el inanimado Gusta de halagos.

« Graisse l’essieu, Jeannot, — Le char crie ; — Car même les objets inanimés — Aiment les bons soins. »

Un voyageur, parlant des chariots des pays basques, dit que «le bruit en est si grand, qu'on les entend d’un quart de lieue lorsqu'il y en a plusieurs ensemble ; ce qui arrive toujours, car on

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