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rable, mais des plus pittoresques, et qu'il faut voir, même après Ségovie, Avila et Tolède. D'trun
à la frontière, il n'y a que quelques minutes : nous voici déjà arrivés à la Bidasoa. En la traversant, nous apercevons sur notre droite une petite île couverte de roseaux : c'est la Zs/a de los Faisanes, — « qui n’est pas plus grande, dit Théophile Gautier, qu’une sole frite de moyenne espèce. » C'est là que Henri IV, roi de Castille, eut une entrevue avec Louis XI, dont l’habillement de drap grossier choquait les seigneurs espagnols. C’est là encore que François 1°, après avoir quitté sa prison de Madrid, embrassa ses fils, qui allaient prendre sa place. C’est aussi dans cette île que le cardmal Mazarim se rencontra avec Don Luis de Haro, pour signer la paix des Pyrénées. L'île des Faisans est surtout célèbre à cause de l’entrevue qui eut lieu entre Philippe IV et Louis XIV, dans l'été de 1660, à l’occasion du mariage du roi de France avec l’infante Marie-Thérèse. L'ile avait alors cmq cents pieds de long sur soixante-dix de large ; de chaque côté de la frontière, on y arrivait par un pont : celui des Espagnols était supporté par néuf bateaux : celui des Français en comptait quatorze, le bras de la rivière étant plus large de leur côté. Les fêtes furent magnifiques : la suite du roi d’Espagne se composait de quatre mille mules ou chevaux, de soixante-dix carrosses et d'autant de fourgons. Douze malles ornées de velours et d’arsent, et vingt malles de maroquin, contenaient la garde-robe et le linge de la fiancée. Le cortége occupait une étendue de six lieues. Les bâtiments élevés sur l’île des Faisans occupaient trois cents pieds de long ; la salle des conférences, la plus grande de toutes, en avait cinquantesix; ces pièces élaient ornées de tapisseries magnifiques. Nous avons vu plusieurs estampes anciennes représentant l'ile de la Conférence et les bords de la Bidassoa : des médailles furent même frappées à l’occasion de l’entrevue des deux rois. Pendant deux mois, les fêtes les plus brillantes se succédèrent : cavalcades, tournois, promenades en barques dorées sur la Bidassoa, au son des instruments. Le grand peintre Velasquez, que ses fonctions d’aposentador appelaient à prendre part à l’organisation de ces fêtes, y joua un rôle des plus brillants: malheureusement il fut attemt, peu de temps après son retour à Madrid, de la maladie qui l'enleva en quelques jours. La Bidassoa traversée, nous sommes à Hendaye, sur le territoire français, et nous disons
adieu, non sans regrets, à cette « dure terre d'Ibérie », dura tellus Iberiæ, le dernier refuge du pittoresque en Europe.