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| | dos, | rencontrions — c'est le nom qu'on donne aux aySans — n saluait d” 1 linqui (ayez le bonjour), qui remplace ici le vaya V. con Dios des Espagnols. Nous trouvions toujours les pageses fort disposés à entrer en conversation, et bien des fois il nous est arrivé de faire plusieurs lieues en causant avec ces compagnons de route improvisés, ce qui nous était facile, en employant un mélange d’espagnol et de provençal. Leur costume se compose d'un chapeau à larges bords, d’une veste courte et d'un calecon trèsample, qui rappelle les zaragüelles des Valenciens. Les femmes sont ordinairement coiffées du rebozillo, espèce de guimpe qui encadre la figure. Leurs manches, qui laissent à nu la moitié du bras, sont ornées de nombreux petits boutons. Grâce à une assez bonne carte de Majorque, nous arrivâmes à Deya, un charmant village entouré de citronniers, puis au hameau de Lluch-Alcari, habité par quelques pêcheurs dont les maisons sont abritées par des bouquets de palmiers. Après avoir gravi des sentiers aussi impraticables que pittoresques, nous gagnâmes le sommet d’un plateau d’où la vue s'étend sur la vallée de Soller, toute plantée d’orangers, forêt toujours verte, qui s'étendait sous nos pieds comme un immense tapis rehaussé d’or. La petite ville de Soller, naguère un village, a pris, grâce à la culture de l'oranger, de grands développements, et sa population approche aujourd’hui de dix mille âmes. Nous y fûmes témoins d’une fête populaire, en souvenir d'une victoire des habitants sur les Mores, en 1561, et où ces derniers sont aussi maltraités qu’à la /eria d'Alcoy. Entre Soller et Palma, on franchit un passage appelé le Col de Soller ; nous remarquâmes en le traversant une élégante croix de pierre, supportée par une colonne élancée dont le chapiteau est orné de figures très-finement sculptées, quireprésentent les douze apôtres. Nous avons rencontré beaucoup de ces croix à Majorque : entourées depuis le moyen age d’un respect religieux, elles n’ont jamais eu à souffrir de la main de l'homme, qui détruit souvent plus que celle du temps. On nous donna l'hospitalité dans la jolie guinta ou maison de campagne d’Alfabia, située au pied de la montagne ; elle date de l’époque musulmane, et nous y vimes un plafond en bois résineux et une très-élégante frise d’arabesques et d'inscriptions arabes en stuc, semblables à celles de l'Alhambra et de l'Alcazar de Séville, Nous fimes ensuite halte à Raxa, chàteau du comte de Montenegro, qui possède une collection de marbres antiques, parmi lesquels nous remarquâmes une belle tête d'Auguste, que Raphaël Morghen a gravée, et un Apollon, bon ouvrage grec. Après plusieurs heures de montée, nous arrivâmes au plateau d'Aumalluch, à plus de mille mètres au-dessus de la mer, solitude animée par les milans et les vautours ; et après avoir traversé le Gorch Blau (la Gorge Bleue), étroit défilé entre des rochers à pic, nous traver- sâmes une magnifique forêt, près de laquelle se trouve le couvent de Lluch, dont le prieur nous offrit l’hospitalité. Pollenza, la Pollentia romaine, puis Alcudia, furent nos étapes suivantes. Nous nous embarquâmes à Alcudia pour Mahon; la traversée est très-courte ; un proverbe Majorquin dit qu'un pain cuit à Majorque arrive à Minorque encore chaud. L'entrée de Mahon est des plus curieuses : «Il n’y a rien de si agréable dans le théâtre rustique de l'Opéra que la scène du Port-Mahon,» dit le cardinal de Retz dans ses Mémoires. L'intérieur de Minorque n'offre pas de sites comparables à ceux que nous avons admirés à Majorque, sauf la vallée d’Alhayor, que nous traversämes pour nous rendre à Ciudadela, la seconde ville de l'île. Un bon nombre de villages ont conservé leur ancien nom arabe, comme Beni Gaful, Beni Saïd, etc. De retour à Alcudia, nous frétâmes une barque mahonnaise qui nous conduisit à la Beca de Farruch, d'où nous nous rendimes à pied à Arta. Après une visite à ses curieuses grottes, nous
allâmes visiter des clapers dels gegans (clapiers des géants) et des talayots, tombeaux d’une
époque inconnue. Le claper dels gegans que nous vimes près d’Arta consiste en une enceinte en pierres sèches, à peu près circulaire, d'environ deux mètres de hauteur et de cent vingt à cent cinquante mètres de circonférence. Au milieu de cette enceinte s'élève le talayot, amas de grosses pierres assemblées sans ciment, ayant la forme d’un cône tronqué ; un chemin en spirale, pratiqué à l'extérieur, permet de monter jusqu’au sommet. Ces /a/ayots sont quelquefois accompagnés d’une espèce d’autel composé de deux énormes pierres plates superposées, l’une fichée verticalement'en terre, et l’autre posée horizontalement sur la première, comme une table sur son pied : ces autels, qui offrent quelque analogie avec nos dolmens, ont environ trois mètres de hauteur “et sont entourés d’un mur bas en pierres sèches. On a trouvé à l’intérieur de quelques fa/ayots des ossements humains; il est probable qu'ils servaient de tombeaux.
Nous rentrâmes à Palma en traversant les riches plaines de Manacor, de Felamitx, village où se fabriquent d’élégants vases d’argile poreuse, et de Llumayor, si riche en amandes, que «celui qui en prendrait une seule à chaque arbre serait assez riche pour vivre sans travailler. » Quelques jours après, nous disions adieu à Majorque, cette île enchantée que Georges Sand appelle l'Eldorado de la peinture, un des plus beaux pays de la terre, et un des plus ignorés.
2 , DL ET TT A. lol
DLLD