CROQUIS FAIT A LA FÊTE D ALCOY
simulacre de combat entre les chrétiens et les Mores. Déjà nous avions assisté à des fêtes de ce genre, notamment à celle qui se donne le 14 mai de chaque année à Soller, dans l'ile de Majorque ; mais nulle part elles n'ont autant d'éclat qu'à Alcoy. Il paraît qu'en 1257 la ville fut attaquée par les infidèles, et serait tombée entre leurs mains sans la miraculeuse apparition de sant Georges, qui combattit en personne dans les rangs des chrétiens. |
La veille de la fête du saint, chaque village de la Comarca ou district d'Alcoy envoie une députation de musiciens qui, après s'être réunis devant l'ayuntamiento, parcourent dès le matin la ville pour annoncer la cérémonie du lendemain : cet orchestre d'un genre tout RÉEUES se compose principalement de dulzaynas, petits hautbois d'un son criard, assez semblables à
BEA | CHAPITRE CINQUIÈME.
l'instrument des piférari napolitains; on y voit aussi des tambours, des trompettes, 7 bandurrias, des cêtaras, et l'inévitable guitare. À la suite des musiciens défilent le cortége des chrétiens et celui des Mores. La fête commence par le défilé du clergé, qui se rend processionnellement à la Plaza mayor, sur laquelle on a élevé un château fort — castillo — en planches couvertes de toile peinte. Le clergé pénètre dans le castillo, devant lequel passent les chrétiens el les Mores, les uns à pied, les autres à cheval, munis de tous leurs harnois de guerre. Après avoir parcouru la ville, les deux troupes se divisent en différents groupes, qui vont exécuter les danses nationales devant la demeure de l'alcalde et chez d'autres personnages de distinction. Le lendemain, les différentes députations, musique en tête, se réunissent à l’ayuntamiento, où les attendent les autorités. C’est le troisième jour qu'a lieu le simulacre de combat entre les chrétiens et les infidèles, simulacre qu’on appelle e/ alarde, mot arabe qui signifie la revue ou la parade. Dèsle matin, les troupes ennemies se réunissent sur la Plaza mayor, les chrétiens d’un côté, les Mores de l'autre ; ceux-ci se retirent bientôt, et se dirigent vers une des portes de la ville, dont ils se proposent de faire le siége : ils envoient au commandant des troupes chrétiennes un parlementaire, monté sur un cheval magnifiquement harnaché, qui se dirige vers le castüllo et, après avoir salué à la manière orientale le chef ennemi, lui remet le pli dont il est chargé. Celui-ei le déchire en morceaux, et déclare qu'il ne consentira jamais à capituler avec les ennemis du nom chrétien. L'envoyé se retire et va rendre compte aux siens de ce refus, qui sert de prétexte à une grande ambassade officielle, à laquelle prennent part ceux des figurants qui portent les plus riches costumes. Le chef est introduit, les veux bandés, auprès du général chrétien et lui adresse un discours pour l'engager à se rendre; mais celui-ci refuse avec indignation, et l'ambassadeur se retire suivi de tous les siens.
Chacun se prépare done au combat ; les Mores sont reçus par de nombreuses décharges de mousqueterie, moyen de défense un peu risqué, car ilne faut pas oublier que l'action se passe en 1257. Cependant cet anachronisme ne semble pas trop effraver les infidèles, qui obtiennent, pour commencer, quelques avantages. Le général chrétien encourage ses troupes de la voix et du veste, et elles recommencent l'attaque en poussant le vieux eri de guerre contre les Mores : Sanhago,ydellos! — le Montjoie — Saint-Denis ! des Espagnols. Néanmoins les infidèles tiennent bon ; le chef espagnol fait de nouveau appel à ses preux, qui viennent se ranger autour de lui en faisant caracoler leurs fougueux palefrois. Ici se place une véritable scène de carnaval : les paladins sont habillés d la antiqua española ; leurs costumes, qui laissent beaucoup à désirer sous le rapport de l'exactitude archéologique, sont en revanche des plus divertissants, car ils nous rappellent les troubadours de pendule à la mode sous la Restauration. Quant aux fougueux palefrois, ils sont tout simplement en carton, comme ces chevaux qu'on voit chez les marchands de jouets, et une housse tombant jusqu'à terre dissimule à peu près les pieds des paladins. Le costume des Mores n'est pas moins réussi: ce sont des mamelouks du mardi gras, de ces Turcs de fantaisie au turban démesuré, à la veste courte, échancrée, ornée d’un grand soleil dans le dos, au large pantalon flottant, serré à la cheville, comme les Mores que Goya à si naïvement gravés,
La formidable cavalerie s'ébranla done, et fit sur-le-champ de profondes trouées dans les rangs des infidèles. La victoire appartenait décidément aux Espagnols ; les chants de triomphe commencèrent, les prisonniers furent promenés par les rues de la ville, guitares en tête, et les danses continuèrent pendant toute la soirée.
Cependant les fêtes n'étaient pas terminées : le lendemain. chaque corps reconduisit ses chefs. el vers le milieu de la journée eut lieu une grande procession dans laquelle figuraient les mourants et les blessés, qui imploraient la générosité des assistants : le produit des offrandes fut versé dans la caisse de l'hôpital. Pour terminer la cérémonie, Mores et chrétiens, marchant deux à deux, bras dessus bras dessous, accompagnèrent de nouveau les reliques Jusqu'à l'ermitage de Saint-
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