PAYSANS DES ENVIRONS D'ALICANTE
l'Andalousie, dans le sud de l'Italie et en Sicile, de ces magnifiques arbres du désert; ils attelsnent quelquefois d'assez grandes dimensions. mais ils sont toujours isolés, ou du moins en groupes peu nombreux, tandis qu'autour d'Elche ils forment une vaste ceinture qui entoure là ville comme une véritable forêt : on se croirait transporté tout d’un coup, par la baguette d'un enchanteur, dans quelque ville de l'intérieur de FAfrique, ou bien encore dans un de ces sites
où l'imagination se plaît à placer les scènes grandioses de la Bible.
Quand nous approchâmes dé la ville, une échappée entre les palmiers nous laissa apercevoir une longue ligne de murs crénelés, surmontés de coupoles que doraient les derniers rayons du soleil, et qui dessinaient leur silhouette orientale sur un ciel aussi rouge qu'une fournaise
ardente. | ; En pénétrant dans l'intérieur d'Elche, nous aurions pu continuer à nous croire dans une ville
d'Orient : les rues sont étroites, les maisons, blanchies à la chaux, ont des toits | plats formant terrasse, et ne reçoivent le jour que par d'étroites fenêtres, auxquelles sont suspendues des esleras ou nattes en jonc de différentes couleurs, qui se fabriquent dans le pays ; bientôt HOUS traversämes un superbe pont construit à une très-erande hauteur au-dessis d un profond r'avin com plétement à,sec, qu'on nous assura être une rivière, et même une rivière qui déborde parfois l'hiver, puis notre véhicule s'arrêta à la posada, qui est une des plus propres que nous ayons rencontrées en Espagne.
Dès le lendemain matin, notre première visite fut pour la cathédrale qu'on appelle Santa- Maria. et nous montâmes au sommet du campanile, d’où la vue s'étend à une grande distance ; ce n'est qu’ainsi qu'on peut se rendre bien compte de l'étendue de la forêt de PRIMO : à notre gauche, par-dessus les cimes des arbres, s’étendait la plaine qui sépare Elche d’Alicante, avec la mer pour horizon dans le lointain; à droite, la verte Averta d'Orihuela, au-dessus de laquelle s'élèvent les premières montagnes du royaume de Murcie. Sauf la vue splendide dont on jouit du haut de la tour, la cathédrale d'Elche n'offre rien de particulièrement remarquable ; la nef, bien que vaste, est insuffisante pour contenir la foule qui s’y porte tous les ans, le 15 août, jour de l'Assomption : c'est la grande fête du pays, et on la célèbre avee une pompe extraordinaire.
Nous voulûmes, avant la chaleur du jour, faire une promenade à travers les palmares, et il nous fut facile d'y observer à notre aise toutes les variétés de palmiers, depuis ceux qui sont âgés de cent ans et au delà jusqu à ceux qu'on venait de planter.
On distingue deux sortes de palmiers : les mâles et les femelles; les fleurs des premiers, qui sont blanches, s'ouvrent au mois de mai, et il s'en échappe une poussière jaunâtre, le pollen, qui va féconder les femelles ; celles-ci se chargent de fruits qui pendent gracieusement en régimes au-dessous des palmes, et qui, dès le mois de juin, prennent une belle teinte d’un jaune d'or; ces régimes, /amaras, pèsent en moyenne quatre arrobas, près de cinquante kilogrammes. Or, comme chaque arroba de dattes se vend ordinairement une dizaine de réaux, on peut estimer le produit annuel d'un arbre à quarante réaux, c’est-à-dire onze francs environ, et cela pour les fruits seulement. Le nombre des palmiers à fruit d'Elche est évalué à trente-cinq mille, et les statistiques locales portent leur produit annuel à la somme de quatorze cent mille réaux, plus de trois cent soixante mille francs.
Outre les dattes, les palmes sont encore un produit assez important ; on utilise celles des femelles qui ne produisent pas de fruits et celles des mâles. Ces palmes sont expédiées dans toutes les parties de l'Espagne, où elles servent pour la cérémonie du Domingo de Ramos : on les façonne avec un art tout particulier; on les enroule, on les frise, on les contourne de manière à former des volutes, des festons et toutes sortes de dessins variés de la plus grande élégance, et elles servent à orner les balcons des maisons. Suivant une croyance populaire, elles ont la vertu de préserver du feu du ciel : aussi est-il peu de maisons qui n'aient leur palme tutélaire.
Les arbres dont on doit couper les palmes sont l'objet de soins tout particuliers, et donnent lieu à des opérations assez curieuses. Il est nécessaire. pour conserver aux palmes toute leur blancheur, de les préserver du contact de l'air et de la lumière : pour cela, on les relève en l'air, de manière en former une espèce de cône, et on les attache ensemble pour les maintenir dans cette position. Cette opération, qui leur donne l'apparence peu gracieuse de laitues gigantesques, nous parut un Véritable crime de lèse-majesté contre ‘un arbre aussi noble ; Mais comme chaque palme se vend
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