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LE DÉJEUNER DE LA BOHÉMIENNE

Orihuela ; fertilité extraordinaire. — Le Segura. — Murcie. — Costumes populaires; la fête du Corpus, — Carthagène. — De Murcie à Grenade. — La Galera atartanada. — Les Alforjas. — Totana. — Les Gitanos. — Lorca. — Le pantano de Puentes. — Velez Rubio. — Cullar de Baza ; une population de Troglodytes. — Baza. — La Venta de Gor. — Guadiz ; les prisonniers. — Los Dientes de la Vieja. — Diezma ; la toilette d'une gitana. — Arrivée à Grenade.

La huerta qui s'étend entre Elche et Orihuela nous offrit, presque sans interruption, l'aspect d'un verger merveilleusement fertile ; la végétation y est peut-être plus tropicale, plus vigoureuse encore que dans les Awertas du royaume de Valence : les arbres y atteignent des dimensions colossales ; les tournesols, dont les gens du peuple mangent la graine, penchent leurs tiges sous le poids de leur énorme disque noir et jaune; les roseaux ressemblent presque à des bambous, les adelfas où rosiers roses, qui croissent le long des ruisseaux, sont des arbres véritables, et les aloès qui bordent la route se dressent comme des yatagans gigantesques.

D'innombrables canaux d'irrigation entretiennent une humidité continuelle, et le soleil fait le reste : aussi les habitants ne craignent-ils pas ces années de sécheresse si fatales à d'autres contrées de l'Espagne : Llueva 6 no llueva, hay trigo en Orihuela : « Qu'il pleuve ou qu'il ne pleuve pas, il y à du blé à Orihuela ; » tel est le dicton populaire.

Les paysans d'Orihuela ressemblent beaucoup plus à des Africains qu'à des Européens : à les voir travailler par le soleil le plus ardent, les bras et les jambes nus, n'ayant pour vêtement qu'une chemise et leurs zaraguëlles, larges calecons pareils à ceux des Valenciens, et pour coiffure qu'un mouchoir roulé autour de la tête, on les prendrait volontiers pour des Kabyles ou pour des Fellahs.

À : ! “x Tels sont les paysans et les segadores ou moissonneurs ; ces derniers ne se servent pas de la

grande fäux au long manche en usage dans les campagnes des environs de Paris, de cette faux que les peintres donnent pour attribut au Temps; une petite faucille au manche trèscourt, dont la lame est armée de dents fines et acérées, leur suffit pour abattre ces épaisses moissons. La peau des segadores reproduit exactement les différentes nuances du bronze, depuis la patine florentine jusqu'à la patine noire: une fois nous remarquâmes parmi eux un véritable nègre, dont la peau ne différait pas d’une manière sensible de celle de ses voisins. Orihuela, qui a conservé son nom arabe, est une assez grande ville, séparée en deux par le Segura (notons en passant que les noms de fleuves sont toujours au masculin en espagnol). C'est le plus grand cours d'eau de la province de Murcie, et, malgré les nombreuses saignées PRE qu'on lui fait subir pour les irrigations, il a le rare privilége de n'être jamais à sec, même pendant les plus fortes chaleurs. Avec ses ON? :) longues rues, ses nombreuses églises et ses maisons peintes au lait de chaux, la ville a un air de richesse qu'on ne trouve pas partout en Espagne; les hauts palmiers, les énormes orangers qui ornent l'A/ameda et

quelques jardins particuliers, nous parurent d'une physionomie suffisamment orientale, même après notre séjour à Elche : quelques épaisses murailles du ton le plus roussi complétaient très-heureusement le tableau. Les Romains, les Goths et les Arabes ont tour à tour édifié et détruit ces

vieux murs; On nous en fit remarquer une partie qui était l'enceinte de l'ancienne Orcelis des Goths, que le roi Théodemir défendit si ingénieusement contre les Arabes.

Ce rot, Gt un auteur arabe, ayant perdu la plus grande partie de ses troupes, s'enferma dans Auriola, et ordonna aux femmes de prendre des habits de soldat; pour compléter le déguisement, elles ramenèrent leurs cheveux sous le menton, de manière à figurer PAM ANEDÉONLHUEL A. la barbe, et elles garnirent ainsi les tours el les murailles. Abdelaziz, le chef des Arabes, voyant la place st bien défendue, accorda à Théodemir une capitulation honorable ; mais, étonné ensuite de voir si peu d'hommes armés, il lui demanda ce qu'il avait fait de ses troupes. Théodemir lui raconta alors son stratagème, qu'Abdelaziz trouva fort ingénieux et admira beaucoup.

Deux heures après notre départ d'Orihuela, nous quittions la province d'Alicante pour entrer dans celle de Murcie, qui formait autrefois un des petits royaumes arabes ; les environs de Murcie ne sont pas moins fertiles que ceux d'Orihuela. Les Murciens ont la réputation d'excellents agriculteurs, et savent parfaitement se suffire avec les produits de leur sol, comme en témoignent deux vers d'un de ces plegos où images populaires,’ que nous avions acheté sur la place du marché d'Orihuela ; on y voit un labrador murcien, armé de sa pioche, et on lit au-dessous :

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