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DAMES DE GRENADE ÉCOUTANT DES NAINS MUSICIENS (page 138
de pauvres nains. Pébor | ; w.
Une autre fois, nous rencontrâmes dans un faubourg de Grenade une famille d musiciens
Ra la guitare en bandoulière; une jeune femme à la figure douce et mélancolique tenait
par la main son enfant, qui marchait pieds nus. Ces pauvres gens venaient de parcourir à pied le chemin de Guadiz à Grenade, et avaient à peine gagné de quoi se nourrir en route; aussi voulmes-nous, pour les dédommager, leur faire chanter tout leur répertoire.
Il n'est guère de villes qui aient été louées autant que Grenade : « À quien Dios quisô bien. en Granada le dié de comer. — À celui que Dieu aime, dit un vieux proverbe, il a permis de vivre à Grenade. » Il y a encore ces deux vers si connus, qu'on ajoute à ceux qui comparent Séville à une merveille : R
Quien no ha visto à Granada, No ha visto à nada!
« Qui n’a pas vu Grenade, n’a rien vu!»
Un écrivain arabe qui vivait au quatorzième siècle, Jbnu-Battutah, appelle Grenade la capitale de l'Andalousie et la reine des cités, et dit que rien ne peut être comparé à ses environs, délicieux jardins de vingt lieues d’étendue. « Plus salubre que l'air de Grenade, » est un proverbe encore usité en Afrique.
« Grenade, dit un ancien poëte andalous, n’a pas sa pareille dans le monde entier : cest en vain que le Caire, Bagdad ou Damas voudraient rivaliser avec elle. On ne peut donner une idée de sa merveilleuse beauté qu’en la comparant à une jeune mariée, resplendissante de grâce, dont les pays voisins formeraienit le domaine. »
La plupart des écrivains arabes appellent Grenade Shämu-l-andalus, c'est-à-dire le Damas de l’Andalousie, la comparant ainsi à la ville la plus célèbre de l'Orient; quelques-uns disent que c'est une partie du ciel tombée sur la terre. « Ce lieu, dit un autre écrivain en parlant de la Vega (plaine), surpasse en fertilité la célèbre Gautah, ou prairie de Damas ; » et il compare les cérmenes, maisons de campagne qui avoisinent la ville, à autant de perles orientales enchâssées dans une coupe d'émeraude.
Les écrivains espagnols n'ont pas été moins prodigues de louanges : les uns l'appellent l'illustre ; d'autres, la célèbre, la fameuse, la grande, la très-renommée, ete. Les rois catholiques lui donnèrent officiellement l’épithète de grande et honorable.
Les historiens étrangers se sont également plu à célébrer les beautés de Grenade : un écrivain du seizième siècle, Pierre Martyr de Angleria, natif de Milan, compare la plaine de Grenade à celle qui entoure sa ville natale. Son climat est préférable à celui de Rome, si exposée au sirocco. ce vent d'Afrique qui apporte les fièvres, tandis que l’air de Grenade est très-sain. On y jouit d'un printémps perpétuel, et on peut y voir les citronniers et les orangers couverts en même temps de
fleurs et de fruits; ses jardins, toujours verts, toujours en fleur, rivalisent avec ceux des Hespérides. LE:
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Il n'est pas facile de déterminer les origines de Grenade; on ignore vers quelle époque des bibus errantes vinrent se fixer dans cé pays, où les attiraient un climat si salubre et tant de richesses naturelles. ; ME”
Fondée sans doute par les Phéniciens, Illiberis, une ville voisine, devint plus tard une colonie romaine: ses ruines servirent à construire Grenade, et on y prit les pierres comme dans une carrière : il n’en reste plus de trace depuis longtemps. Des fragments d'inscriptions qui ont été conservés montrent qu {iberis, ou le municipium 1 liberitanum, avait une certaine importance à l’époque romaine : plusieurs de ces inscriptions portent les noms de divers empereurs, tels que Vespasien, Marc-Aurèle, Gordien le Pieux. Le nom d'Eliberis ou Illiberis se retrouve sur les monnaies d'or de plusieurs rois goths, notamment sur celles de Svintila. Lorsque les rois goths furent chassés d'Espagne, il existait au-dessus de l'emplacement actuel du Campo del Principe une enceinte fortifiée appelée Karnattah, qu'ils conservèrent en lui laissant son nom primitif. Quelque temps après l'invasion arabe, le gouverneur qui commandait en Espagne au nom du cahfe de Damas recut l’ordre de faire, entre les nouveaux colons, un partage des terres appartenantaux Goths ; Grenade resta, jusqu'au commencement du onzième siècle, sous la domination des gouverneurs nommés par les califes de Cordoue : à cette époque, leurs nombreux domaines devinrent la proie de conquérants avides, qui se partagèrent le califat de Cordoue, après la ruine complète de la dynastie des Ommiades (Umeyyah). Un des chefs éleva d'importantes constructions à Grenade, et son neveu, qui lui succéda, y fixa sa résidence. |
Vers le milieu du onzième siècle, un prince nommé Badis construisit un palais, dont les restes existent encore et sont connus sous le nom de la Casa del Carbon. Peu de temps après 11 fut détrôné par les Almoravides; ceux-ci, émerveillés de la beauté du pays qu'ils avaient conquis, tenaient tant à leur nouvel empire qu'un de leurs chefs s’écria un jour, s'adressant à ses compaonons : « L'Espagne est comme un bouelier dont Grenade est le support; tenons les courroies serrées, et Grenade n échappera pas de nos mains ! »
Pendant le treizième siècle, Grenade et la province furent Le théâtre de guerres civiles presque continuelles ; en revanche, la capitale reçut de nombreux embellissements. Ibn-al-Hamar, dont le nom signifie en arabe l’homme rouge, détrôna les Almoravides en 1232. Ce prince gouverna si sagement sa nouvelle conquête, que plusieurs milliers de musulmans accoururent de divers pays pour s'établir dans ses États, notamment après la prise de Séville, de Valence, de Xérès et de Cadix par les chrétiens. Il distribua des terres aux nouveaux venus et les exempta d'impôts ; le commerce devint prospère; des hospices, des colléges pour l’enseignement des sciences furent fondés par lui; il construisit des aquedues, des bains publics, des marchés, des bazars ; enfin, il fonda l'Alhambra.
Son fils lui succéda sous le nom de Mohammed IT, et se fit tellement redouter des princes chrétiens, ses voisins, que ceux-ci lui payaient annuellement un tribut. Les guerres civiles redoublèrent sous le règne de ses successeurs, qui obtinrent néanmoins des succès contre les chrétiens. Yousouf [°*, surnommé Abou-l-Hadjad}, fut un des rois de Grenade qui laissèrent les meilleurs souvenirs : il s'attacha principalement à augmenter la splendeur de l'Alhambra, dont il construisit l'entrée principale, et qui absorba tous ses trésors. |
Jamais Grenade ne fut plus prospère que sous Abou-l-Hadjadj ; à aucune époque elle ne fut plus peuplée : un historien espagnol assure que sous son règne la population occupait soixante-dix mille maisons, et formait un total de quatre cent vingt mille âmes, plus de sept fois la population d'aujourd'hui.
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