PAYSAN DES ENVIRONS DE GRENADE
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LA PUERTA DE JUSTICIA (ENTRÉE DE L'ALHAMBRA) (page 149).
Grenade. — La casa de pupilos. — Les musiciens en plein air. — Origines de Grenade; l'ancienne Karnattah. — Phéniciens, Romains, Goths et Arabes. — Grandeur et décadence de la capitale des rois mores. — La calle de los Goméres. — La puerta de las Granadas.— La colline de l’Alhambra. — La porte du Jugement: la main et la clef. — La plaza de los Algibes. — La puerta del Vino. — Le palais de Charles-Quint.— Les Adarves.— Les vases de l’Alhambra. __ La fondation de l’Alhambra. — Les gouvernements et leurs dévastations. — Le Gobernador manco.
La nuit commençait à tomber quand nous entrâmes dans Grenade; nous venions de passer sous la puerta de Facalauza, une des anciennes portes de la ville moresque ; l'arrabal ou faubourg que nous traversämes est d'un aspect misérable, et n'annonce guère l'entrée d'une ville aussi riche en merveilles que l’ancienne capitale de Boabdil. Notre tartane s'arrêta devant une casa de pupilos de la Calle de la Duquesa, où notre compagnon de voyage, l'avocat de Velez Rubio, avait l'habitude de descendre. La casa de pupilos n’est pas un hôtel; c’est quelque chose comme la pension bourgeoise chez nous, ou comme le 4oarding-house des Anglais, avec plus de laisseraller, plus de familiarité. Ces maisons sont ordinairement peu fréquentées par les étrangers ; quant à nous, nous les recherchions de préférence aux hôtels, parce qu'on y est plus en contact avec les gens du pays et qu’on est presque obligé d'y parler la langue du pays. La casa de pupilos, qu'on appelle aussi casa de huespedes, ne s'annonce aux passants que par un petit carré de papier blanc grand comme la main, attaché à l’une des extrémités de la fenêtre ou du balcon; lorsque le carré de papier est placé au centre, il signifie qu'il y a simplement un logement à louer. Ordi-
nairement, la casa de pupilos est tenue par quelque veuve qui veut augmenter par ce moyen ses
modestes ressources, où
{CHAPITRE ser LÈME
D n par: une famille que des revers.
étrangers les 6 épaves « un riche mobilier ; ou encore par d'ho po d un appartement trop vaste pour eux. "te Sa maison, ( d'une propreté parfaite, était SPA avec la plus gr des canapés en bois peint, garnis de paille, composaient le mobilier; 1 les eul étaient quelques saints et un pegueño san Juan en cire, habillés au naturel, et q qu'un en verre garantissait des irrévérences des mouches. Les murs, peints au Jait « bai de é jaune clair, étaient garnis de quelques lithographies colorices représentant des : Señora de Bu avec une légende, en français et en espagnol, qui expliquait les prin ‘du roman de Victor Hugo. Ces produits de la maison Turgis avaient pour pendants quelques sujets religieux lithographiés et enluminés chez Mitjana, à Malaga, qui parait faire une rude concurrence aux produits de la rue Saint-Jacques, d'Épinal et de Saint-Gaudens. Cette description peut s'appliquer à bon nombre d'intérieurs espagnols. . | La cour (patio) était entourée de colonnes de marbre surmontées de chapiteaux dub, comme on en voit dans beaucoup de maisons. On se tromperait, du reste, si l'on se figurait Grenade comme une ancienne ville orientale avec des minarets élancés et des moucharabys en saillie, dans le genre de ceux dont Gentile Bellini ornait ses grandes toiles. Cependant hâtons- , nous de dire que les rues de Grenade, si elles ne rappellent pas tout à fait l'Orient, sont bien loin d'être d'un aspect monotone : les maisons, peintes en rose tendre, en vert clair, en jaune beurre
frais et autres nuances douces, se colorent au soleil des couleurs les plus gaies. « Elle peint ses
maisons des plus riches couleurs, » à dit Victor Hugo. Chaque fenêtre est garnie de longues nattes de sparterie abritant un balcon, d’où pendent, luxuriantes et touffues, des plantes grasses aux fleurs écarlates. Quelquefois des tendidos de toile forment au-dessus des rues un toit transparent. Ajoutons à cela des yeux noirs qui brillent dans l'ombre, à travers les stores d’un #trador, ou derrière les longs rideaux d'étoffe rayée qui pendent aux balcons ; quelques madones devant lesquelles brûlent des lampes allumées par des mains pieuses, un paysan qui passe embossé dans sa mante de laine brodée, et nous répéterons volontiers l’ Orientale si connue de notre grand poëte :
Soit lointaine, soit voisine, Espagnole ou sarrasine,
Il n’est pas une cité
Qui dispute, sans folie,
A Grenade la jolie
La palme de la beauté,
Et qui, gracieuse, étale Plus de pompe orientale Sous un ciel plus enchanté.
I y a de charmantes heures de flânerie à passer en errant à travers les rues de Grenade : à chaque pas les yeux sont frappés par quelque détail d'architecture ou par une scène de mœurs imprévue : tantôt c’est une caravane de paysans de la Vega, conduisant des ânes qui disparaissent presque entièrement sous d'immenses paniers chargés de fruits et de légumes ; tantôt c'est une famille de mendiants où une brune gitana au teint cuivré, à l'air farouche, disant, pour quelques cuartos, la bonne aventure à un soldat crédule, qui écoute attentivement l'oracle de la sorcière ; où bien encore, ce sont des musiciens ambulants qui chantent d’une voix nasillarde des coplillas populaires, et autour desquels la foule fait cercle.
Un jour que nous nous promenions dans la calle de Abenamar, — un nom de rue qui rappelle l'ancienne Grenade, — nous fûmes attirés par des chants Mao qu'accompagnaient tant bien que mal quelques aigres grincements de guitare et le bourdonnement sourd d'un pandero : nous aperçümes bientôt deux nains portant le costume andalous, et de la difformité la plus singu-
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