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FAMILLE DE MUSICIENS NOMADES (page 141).
sous le règne de Mohammed VIIT, surnommé Az-zaghir (le jeune), que les discordes intérieures troublèrent plus violemment que jamais le royaume de Grenade : discordes qui devaient, moins de cinquante ans après, le livrer aux Espagnols. C'est sous son règne que s'élevèrent entre les
Zégris et les Abencerrages ces terribles querelles qui ensanglantèrent la ville et l'Alhambra, et
qui ont servi de thème à tant de romances moresques el espagnols, sans compter les romans modernes. 2. à
Sous Mohammed X, le malheureux royaume de Grenade était déjà au commencement de son agonie : Henri IV, roi de Castille, ravagea plusieurs fois la Vega; il fit plus : il vint camper avec son armée en vue de la capitale, ‘affront que Grenade subissait pour la première fois. En 1460, les chrétiens s’emparaient de Gibraltar et d'Archidona, et trois ans plus tard, le roi de Grenade se voyait forcé de signer un traité de paix par lequel il s'obligeait à tenir son royaume comme fief de la couronne de Castille et à payer chaque année au vainqueur un tribut de douze mille ducats d'or. En 1469, le mariage de Ferdinand d'Aragon et d'Isabelle de Castille, en réunissant les deux couronnes, vint augmenter encore la force des ennemis de Grenade. La ville d'Alhama, un des boulevards du royaume moresque, était enlevée en 1482, et, l’année suivante, les généraux des rois catholiques s'emparaient de plusieurs forteresses importantes. Cependant Grenade était tou-
jours déchirée par des dissensions intérieures, causées par la rivalité de deux sultanes, Ayesha et Zoraya, rivalité qui avait divisé la ville en deux partis ennemis; cette dernière était chrétienne d'origine, et les historiens arabes sont d'accord pour la considérer comme la cause première de la perte de Grenade. |
Les Zégris avaient embrassé le parti d'Ayesha, et les Abencerrages celui de Zoraya. Abou Abdallah, fils d'Ayesha, est celui que les écrivains espagnols désignent sous le nom de Boabdil, corruption de Bo-Abdila, suivant la manière espagnole de prononcer le nom arabe; ils l'ont aussi appelé el rey chico, le jeune roi, traduisant ainsi le surnom de Az-zaglir, qu'on lui avait donné, comme à un de ses prédécesseurs. À peine monté sur le trône, il résolut, poussé par les Zégris, de tirer vengeance des Abencerrages, qui l'avaient forcé à s'exiler à Guadiz, et il les attira traitreusement dans un piége; c'est alors que se passa, dans l'enceinte de l'Alhambra, la scène si connue qui ensanglanta le vieux palais des rois mores. Quand nous visiterons l’intérieur du palais moresque, nous aurons l'occasion de revenir avec plus de détails sur ce dramatique événement, dont l'authenticité a été contestée à tort par plusieurs écrivains.
Cette trahison ne porta pas bonheur à Abou Abdallah : abandonné de la plus grande partie de ses sujets, poursuivi par les vengeances qu'il avait provoquées, il finit par ne plus se croire en sûreté qu'à l'abri des épaisses murailles de l'Alhambra; étant sorti un jour de Grenade pour diriger une expédition contre les chrétiens, il fut vaineu et fait prisonnier.
Aboul-Hasan, qui avait été précédemment détrôné, lui succéda, mais il ne tarda pas à abdiquer en faveur de son frère, surnommé Az-zaghal, nom emprunté à l’un des dialectes africains parlés à Grenade, et signifiant un homme gai et vaillant.
Ferdinand, en prenant parti pour son rival Boabdil, ralluma la guerre civile dans le royaume de Grenade, et trouva un prétexte pour l’envahir de nouveau : Ronda, Marbella, Velez-Malaga, tombèrent successivement entre ses mains; bientôt 1l parvint, à force d'intrigues, à rétablir à Grenade le roi détrôné. Peu de temps après il semparait de Malaga, la seconde ville du royaume moresque; il prit enfin toutes les places qui appartenaient encore à Az-zaghal, et celui-ci, à bout de ressources, fut obligé de se reconnaitre son vassal.
Le royaume de Grenade se trouvait donc réduit à la capitale même et à la contrée montagneuse qu'on appelle l'Alpujärra ou les Alpujärras; les rois catholiques ne tardèrent pas à trouver une occasion de reprendre les hostilités : le roi more s'était engagé à recevoir dans Grenade une garnison de soldats espagnols, mais il s’y refusa, et la guerre recommença aussitôL.
Au mois d'avril 1491, Ferdinand et Isabelle vinrent en personne mettre le siége devant Grenade, dont les défenseurs, réduits par la famine, ouvraient, moins d'un an après, leurs portes
aux vainqueurs.