‹ L'EspagneChapitre 60 sur 287 · OS · texte numérisé non relu

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dans l'ombre le poétique Darro. À:

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“différent qui se etr servé leur nom et leur aspect moresques, et nous arrivàmes à la Plaza Nucva, sonp laquelle coule

Après avoir traversé la Plaza Nueva, nous s commençâmes à gravir la D de los Gomes et nous arrivâmes à la puerta de las Granadas, que les Mores appelaient Bib-Leuxar c'est une espèce d' arc de triomphe construit sous Charles-Quint, et qui fait corps avec les anciennes murailles moresques ; l'arc principal est flanqué de deux fausses portes avec colonnes et corniches

d'ordre toscan, et de deux bas-reliefs rongés par le temps, qui ont dû représenter la Paix et

l'Abondance, sous la forme de deux Génies couchés. Dans le tympan s'étale fièrement l’écusson de Charles-Quint; une inscription gravée dans la pierre nous avertit que c ‘esl là que commence la Jurisdiccion de la real fortaleza de la Alhambra.

Rien ne saurait rendre l'impression qu'éprouve celui qui traverse pour ï première fois la

ou ais des Grenades » : on se croit transporté dans un pays enchanté, en pénétrant sous ces

immenses arceaux de verdure formés par des ormes séculaires, et on pense à la description du poëte arabe, qui les comparait à des voûtes d’émeraude. C’est la plus majestueuse décoration qu'il soit possible de rêver, et si les veux sont émerveillés, l'oreille n’est pas moins charmée par le chant des oiseaux et par le bruit des cascades et des fontaines.

Trois allées s'ouvrent devant nous : celle de droite conduit aux fameuses Torres Bermejas et vient aboutir au Campo de los Mértres ; celle du milieu va presque droit au Générah/fe, et enfin celle de gauche, que nous allons suivre, nous mènera, à travers une suite d'enchantements, à l'entrée principale de l'enceinte de l'Alhambra. La route est abrupte, mais la végétation qui s'élève de chaque côté est si plantureuse, l'air si pur et si frais sous ce jardin de haute futaie, que l'on monte sans s’apercevoir de la fatigue; de petites rigoles, dans lesquelles l'eau descend avec bruit sur un lit de cailloux, entretiennent l'humidité au pied des grands arbres, sous lesquels s'élèvent des lauriers-roses gigantesques. De toutes parts on voit et on entend les sources et les fontaines s'échapper avec bruit à travers les ruines et la verdure; cette bienheureuse Grenade est tellement privilégiée du ciel, que les eaux deviennent plus abondantes à mesure que la chaleur est plus intense, car elles descendent des cimes toujours blanches de la sierra Nevada, dont le soleil le plus ardent ne parvient Jamais à épuiser les neiges.

Nous arrivâmes bientôt devant une fontaine monumentale dans le style gréco-romain de la Renaissance, qui s élève au pied des murs rougeâtres de l'Alhambra, et qu'on appelle e/ Pilar de Carlos Quinto parce qu’elle fut dédiée à cet empereur par le marquis de Mondéjar. Ce monument épais et solide est orné de sculptures représentant des Génies, des Dauphins, des Fleuves et autres personnages mythologiques; on voit, à côté des armes de la maison de Mondéjar, des rameaux de grenadier avec leurs fruits : les Espagnols étaient si heureux de posséder Grenade qu'ils ornaient tous leurs monuments du symbole de la nouvelle conquête.

En ‘montant un peu plus haut et en tournant brusquement à gauche, nous nous trouvâmes en

face de l'entrée principale de l’Alhambra, que les Espagnols appellent Puerta Judiciaria, où del

Tribunal. La porte du Jugement s'ouvre au milieu d’une tour carrée et massive du ton le plus chaud, entre l'orange et la brique; l'arc est en fer à cheval, en cintre outre-passé inscrit dans un

carré . forme que les musulmans d'Espagne ont employée avec une prédilection marquée, et repose

ke

la majestueuse cathédrale, ne et ls Baonitn : ces vieux ane de à Gentilo A. pis ta

sur des jambages en marbre blane. Il y avait, du temps des rois de Grenade, quatre entrées à l'Alhambra : la Torre de Armas, la Torre de Siete Suelos, ou des sept terrasses, une autre tour à laquelle on a donné depuis le nom des Rois Catholiques, et enfin la Torre Judiciaria : Va tour et la porte du Jugement étaient ainsi appelées, parce que, suivant un usage très-anciennement établi en Orient, les rois de Grenade venaient quelquefois s'y asseoir pour rendre la justice à leurs sujets, comme saint Louis sous le chêne de Vincennes. |

Au-dessus de la porte existe une inseription arabe qui nous apprend la date de la construction de la porte et le nom de son fondateur, et dont nous empruntons la traduction à M.,de Gayangos :

«Cette porte, — appelée Babu-sh-shari'ah (porte de la loi), — puisse Dieu faire prospérer par elle la loi de l'Islam, — comme il en a fait un monument éternel de gloire, — fut bâtie par les ordres de notre seigneur le commandeur des croyants, le juste et belliqueux sultan Abou-[-hadjàdj Yousouf, fils de notre seigneur le pieux et belliqueux sultan Abu-I-Walid Ibn Nasr. Puisse Dieu récompenser ses bonnes actions dans l'observation de la religion, et agréer ses hauts faits pour la défense de la foi! Elle fut terminée dans le glorieux mois de juin 749 (lan 1348 de l'ère chrétienne). Puisse le Tout-Puissant faire de cette porte un rempart protecteur et enregistrer sa construction parmi les impérissables actions des justes ! »

Sur les chapiteaux des colonnes se lit cette inscription, si souvent répétée sur les murs de Alhambra :

«Louange à Dieu! — Il n°y a de pouvoir ou de force qu'en Dieu! — I n'y à d'autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète ! » -

Comme nous aurons plusieurs fois, en visitant l'Alhambra, l'occasion de revenir sur ces imscriptions, disons ici que celles qu'on y voit sont de trois genres différents : Ayd!, ou versets relisieux empruntés au Coran; — Asjé, sentences religieuses ou mystiques, mais ne faisant pas partie du Coran, — et Ask’ar, vers composés à la louange des rois de Grenade qui ont successivement contribué aux embellissements du palais. Les deux premières inscriptions sont généralement en caraclères coufiques, ancienne écriture arabe dont Mahomet se servit, dit-on, pour écrire le Coran : ce sont des caractères pleins de noblesse, réguliers, où les lignes droites se tordent quelquefois en entrelacs variés.

Les caractères africains, qu'on appelle également neskhy, ont été employés exclusivement pour écrire les longs poëmes qui se déroulent sur les murs de l'Alhambra : moins sévères d'aspect que les caractères coufiques, ils sont cependant tracés avec un soin et une précision extrêmes, quoiqu ils se déroulent avec la fantaisie la plus libre et la plus variée, se confondant souvent avec les fleurons, entrelacs et arabesques dont ils sont presque toujours accompagnés.

Au sommet de l'arc extérieur de la porte du Jugement, nous vimes une plaque de marbre blanc sur laquelle est sculptée une main, et un peu plus haut, sur la frise, une clef, également seulptée en bas-relief, emblèmes qui nous feraient croire que nous sommes en Orient, si une madone en bois sculpté, placée dans une niche à côté, ne venait nous rappeler que nous sommes en pays catholique. Beaucoup de conjectures ont été faites sur cette main et sur cette elef symboliques : suivant la tradition populaire, les Mores de Grenade disaient : «Quand cette main viendra prendre la clef et ouvrir la porte, les chrétiens pourront entrer dans ce palais. » En réalité, les Mores croyaient que le prophète envoyé de Dieu devait s’en servir pour ouvrir les portes del'empire du monde. Cette croyance se rapporte à un chapitre du Coran commençant par ces mots: Dieu a ouvert aux croyants... La clef était un signe symbolique très-souvent employé par les Sufis, el représentait l'intelligence ou la sagesse « qui est la clef au moyen de laquelle Dieu ouvre les cœurs

«des croyants, et les prépare à la réception de la vraie foi. » Quoi qu'il en soit, la clef se retrouve encore sur la porte principale de plusieurs châteaux bâtis en Espagne par les Mores, particulière-

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