‹ L'EspagneChapitre 62 sur 287 · EL · texte numérisé non relu

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tes d Isabelle ln Catholique, le ze nan: de qu 1elques et à détruire beaucoup d'inscriptions arabes, qui rappelaient le souvenir de « l'abomir mahométane ». Nous avons vu précédemment que Charles-Quint alla bien plus loin, poussa le vandalisme jusqu'à jeter à bas une grande partie de l'Alhambra, pour élever sur ses ruines un palais massif. 11 ne se contenta pas de cette profanation, et nous a: encore l'occasion d'en constater d’autres consommées par ses ordres. es Pendant le dix-septième siècle, on n ’entendit guère parler de l’Alhambra ; ir le poële

andalou Gongora, qui visita en 1627 les antiquités de Grenade, leur a consacré quelques vers très-emphatiques : R

Pues eres Granada ilustre,

Granada de personages,

Granada de seraphines, ny ’ Granada de antigüedades!

A Ja fin du dix-septième siècle, l'Alhambra devint un asile pour les débiteurs insolvables; il servait en même temps de refuge à toute une population picaresque : soldats, vagabonds, voleurs et autres gens sans aveu. Plus tard, quand le palais moresque fut confié à la surveillance de gouverneurs, la plupart de ceux qui avaient pour mission de le garder et de le conserver, semblent s'être donné à l’envi la tâche de hâter sa ruine. Ce serait une curieuse histoire que celle de ces dévastations : nous y verrions, par exemple, le gouverneur Savera se servant d’un mirador moresque pour y établir sa cuisine; nous en verrions un autre, don Luis Bucarelli, ancien officier catalan, s'établir dans les appartements des rois de Grenade, et y loger successivement ses cinq filles avec ses cinq gendres; c’est le même, assure-t-on, qui vendit un jour, pour payer la dépense d’un combat de taureaux, les plus beaux azulejos dont la plupart des salles étaient ornées. A propos des azulejos, un fait bien connu à Grenade, et que nous avons entendu rapporter par plusieurs personnes, c’est qu'on les vendait au premier venu, pour en faire du ciment : la charge d’un âne ne coûtait que quelques réaux. Le moment viendra où il ne restera plus un seul de ces beaux carreaux de faïence : nous vimes un jour, dans une des salles de PAlhambra, un étranger, aux cheveux rutilants, qui s’amusait à les enlever du mur, et qui ne se dérangea pas à notre approche, comme s’il eût fait la chose du monde la plus naturelle. Ce Vandale paraissait avoir une grande habitude de ce petit travail, qu'il exécutait fort habilement au moyen d'un ciseau et d'un petit marteau de poche, pendant que sa compagne faisait le guet. Doré, qui dessinait en ce mo ment une frise moresque, interrompit son croquis pour consigner sur son album cette scène de vandalisme, que nous vimes plusieurs fois se renouveler.

Qu'est devenue la belle porte de bronze de la Mezquita? Hélas! on ne le sait que if : elle à été brisée, ainsi que les azulejos, et vendue au poids comme vieux cuivre. Les portes en bois sculpté de la salle des Abencerrages subirent un aussi triste sort. C'est M. de Gayangos qui nous raconte cette incroyable dévastation. Ces belles portes étaient encore à leur place et en parfait état de conservation, lorsque, vers le milieu de l'année 1837, elles furent déplacées et sciées par ordre du gouverneur, et cela pour fermer une brèche dans une autre partie du palais ; mais ce n'est pas tout : comme elles étaient trop grandes pour l'ouverture à laquelle on les destinait, on se servit du restant comme de bois à brûler.

Le gouverneur Montilla ne trouva guère à conserver que les murs du palais, car fe serrures, les verrous et jusqu'aux vitres des fenêtres avaient disparu sous ses prédécesseurs, le Gouverneur

DÉpno, el Gobernador Manco, dont Washington Irving à tracé un portrait si amusant : ce sin

gulier personnage, qui se faisait remarquer par ses moustaches en eroc et par ses bottes à retroussis, portait toujours au côté une longue rapière de Tolède, et dans la coquille, — Ô profanation ! — il avait coutume de mettre son mouchoir. Ce gouverneur, excentrique avait été surnommé /e roi des queux, à cause des nombreux fainéants et vagabonds qui vivaient tranquillement dans le palais, sous son «paternel gouvernement. PA | RENTE

Il n’y a pas longtemps encore que l'Alhambra servait de bagne et de magasin aux vivres : d'ignobles presidiarios traînaient leurs chaînes et leur vermine dans la salle où Yousouf, commandeur des croyants, recevait ses vassaux; des tas de morue salée s'empilaient dans celle où jadis la divine Lindaraja respirait les plus suaves parfums.

Après tant d'actes de vandalisme, on songea enfin à prendre quelque soin de l’Alhambra : des restaurations furent commencées, et on n’a pas cessé de les continuer jusqu'aujourd’hui, avec lenteur, il est vrai, mais non sans habileté ; des préposés qui exploitaient à leur profit, de la façon la plus scandaleuse, la bourse des visiteurs, ont été courageusement congédiés, et une inseription, placée au-dessus de la porte d'entrée, défend aux employés de recevoir la moindre propina. |

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LES VOLEURS D'AZULEJOS, À L'ALHAMEBRA (page 161).

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