‹ L'EspagneChapitre 61 sur 287 · BES · texte numérisé non relu

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es hommes ; réceptes fondamentaux : croire en Dieu | proph imône, jeû nt le Ramadan, et aller en pèlerinage à la Mecque et à Méd la mair était surtout un symbole qui avait la vertu d'empêcher la fascination et less s;onla M | portait cdmme un amulette, et l'usage en était si général chez les Mores de Grenade que l'empe- | reur Charles-Qui sn négligeait aucun moyen de persécution contre les Morisques, défendit,

n par une pragmatique publiée une trentaine d'années après la conquête, l'usage des petites mains

d'or, d'argent ou de cuivre, que les femmes et les enfants portaient habituellement à leur cou ; les coutumes superstitieuses sont tellement difficiles à déraciner chez les peuples, que l'usage des amulettes ayant la forme d'une main est encore répandu en Andalousie ; cette main est ordinaire-

ment en jais, et on l'appelle #ano de azabache: on la suspend à la ceinture des enfants, à la tête

des chevaux et des mules, et même à la cage des oiseaux, et on lui attribue la vertu de préserver

du mauvais œil, — el mal de 030, — dont on croit certaines personnes douées. FR |

La porte, épaisse et massive, est en bois recouvert de lames de fer, comme celles de la même. époque qu'on voit encore en divers endroits de l'Espagne. Après avoir passé cette porte, nous aperçûmes à droite sous la voûte une inscription qui occupe dix lignes de beaux caractères go thiques, et commence par ces mots : « Los muy allos, cathlicos y muy poderosos señores don Ferdinando y doña Isabel... » Elle est très-intéressante en ce qu'elle rappelle des circonstances de la reddition de Grenade, et nous en donnons ici la traduelion littérale :

«Les très-hauts, très-catholiques et très-puissants seigneurs don Fernando et doûa Isabel, notre roi et notre reine, nos maîtres, ont conquis par la force des armes ce royaume ét cette ville de Grenade, laquelle, après avoir été assiégée longtemps par Leurs Altesses, leur fut livrée par le roi more Mulei Hasen, ainsi que l'Alhambra et d'autres forteresses, le deuxième jour de janvier de l'année mil quatre cent quatre-vingt-douze. Ce même jour, Leurs Altesses nommèrent comme gouverneur (alcayde) et capitaine de la place don Inigo Lopez de Mendoza, comte de Tendilla, leur vassal, qui fut au moment de leur départ laissé dans l’Alhambra avec cinq cents cavaliers et mille fantassins. Et Leurs Altesses ordonnèrent aux Mores de rester dans la ville et dans leurs villages {alcarias). Ledit comte, comme commandant en chef, a fait creuser cette citerne par l'ordre | de Leurs Altesses. » (L'inscription avait été placée primitivement au-dessus d'une citerne.)

Après avoir passé une seconde porte, on débouche sur la place des Citernes, la Plaza de los Algibes. Au milieu de cette vaste place se trouve une immense citerne construite.sous les rois de Grenade ; elle est entièrement revêtue de carreaux de faïence, et sa dimension, assure-t-0n, dé- R passe huit cents pieds carrés. Cette citerne prend jour par une espèce de puits dont l'orifice est recouvert d'un toit formé de nattes grôssières ; nous n’allions guère à l'Alhambra sans venir chercher sous le toit de la citerne un abri contre l’ardeur du soleil, et nous y buvions d’une eau fraiche et délicieuse que de pauvres diables nous puisaient pour quelques pièces de monnaie. L'eau de l'Algibe de l'Alhambra, qui conserve toute l’année la même température, jouit à Grenade d’une réputation méritée : c’est la meilleure de la ville, et elle est très-appréciée dans un pays brûlant où l'eau a ses gourmets, comme dans d’autres pays le vin ; aussi c'est un va-et-vient continuel entre la ville et la citerne ; des aguadores au costume pittoresque sont toujours là pour attendre leur tour : les us transportent l’eau sur des ânes chargés de chaque côté de leur bât d’une Jarra abritée sous une épaisse jonchée de feuilles, ce qui les fait ressembler de loin à un buisson ambulant ; d’autres, plus modestes, se contentent de transporter l'eau dans une espèce de tonneau

cylindrique garni d'une couche de liége destinée à entretenir la fraîcheur, et terminé à l’une des

extrémités par un long tube de fer-blanc qui leur sert à verser le liquide ; deux ou trois verres, et

une petite fiole d’eau-de-vie anisée, dont quelques gouttes versées dans l'eau suffisent pour Ja blanchir ; voilà tout leur attirail, qu'ils portent en bandoulière sur. le dos, au moyen" d une courroie,

Arrêtons-nous un instant devant la Puerta del Vino, qui s'élève à droite; c'est un petit monument moresque de la plus parfaite élégance, qui fut bâti en 1345 par Yousouf I, à l'époque 7 la plus grande splendeur de Grenade. Au milieu s'élève une arcade de marbre en fer à cheval, i scrite dans un carré orné de gracieuses inscriptions, la plupart à la louange de Dieu ; on Hi Dr parmi les ornements, une clef symbolique pareille à celle de la Puerta Judiciaria. Les azulejos, ou carreaux de faïence incrustés sur la Puerta del Vino, sont les plus beaux et les plus grands qui existent à Grenade ; cet emploi de la faïence dans la décoration architecturale est de l'effet le plus heureux ; les azulejos de la porte du Vin auraient, sans aucun doute, été enlevés par les visiteurs. comme la plus grande partie de ceux de l'Alhambra, s'ils n'étaient placés à plusieurs mètres audessus du sol.

A côté de la Puerta del Vino s'élève la vaste façade du Palacio de Carlos Quinto, construction majestueuse, mais froide, de style gréco-romain, qu'on attribue à Pedro Machuca et à Alonzo Berruguete. Quand Charles-Quint vint visiter Grenade, il eut la fantaisie de faire jeter à bas toute la partie de l'Alhambra qui composait le palais d'hiver, et en outre plusieurs salles importantes du palais d'été; cet acte de vandalisme était tout à fait dans les mœurs d’une époque où on regardait comme un acte méritoire la destruction de tout ce qui avait appartenu aux Mores ; déjà le cardinal de Ximénès avait donné l'exemple, en faisant brûler publiquement, sur une des places de Grenade, plus d'un million de manuscrits arabes, auto-da-f6 pour lequel les auteurs contemporains l’ont loué à l’envi. Il semble qu'on voulût détruire tout ce qui pouvait rappeler le souvenir de la religion musulmane, et c’est probablement à cette époque que prit naissance le proverbe espagnol: Buscar à Mahoma en Granada (chercher Mahomet à Grenade), proverbe encore usité pour parler d’une chose impossible à trouver.

Ce qui ajoute encore à la cruauté de la profanation du César allemand, c'est qu'il obligea les malheureux descendants des Mores de Grenade à payer de leurs deniers la lourde construction qu'il voulait élever sur les ruines du gracieux et léger palais de leurs ancêtres. Après tout, si le palais de Charles-Quint ne s'élevait pas insolemment au milieu de l'enceinte de L'Alhambra, on pourrait le regarder avec plaisir ; la façade, ornée de colonnes doriques et ioniques, de trophées, de bucrânes et autres ornements classiques, est d’une parfaite régularité ; nous remarquâmes deux médaillons offrant cette particularité, qu’ils représentent exactement le même sujet, retourné à la vérité, de sorte que les mêmes personnages tiennent alternativement leurs armes de la main gauche et leurs rênes de la main droite : procédé des plus commodes et qui dut coûter au seulpteur peu d'efforts d'imagination. La construction de ce palais, commencée en 1526, fut continuée, après plusieurs interruptions, jusqu’en 1533, époque où elle fut abandonnée ; en sorte que l'édifice est resté sans toit, les fenêtres sans vitres, les portes sans clôture. Encombré de ronces et de débris, le palais de Charles-Quint n’est habité aujourd'hui que par les lézards et les OISeaux de nuit, et il semble qu'une sorte de fatalité ait voulu, pour punir son usurpation, qu'il restât à jamais inachevé.

Non loin du palais existaient jadis les Adarves, ligne de bastions moresques que Charles- Quint voulut également renverser, et sur l'emplacement desquels il fit élever des jardins et des fontaines dans le goût italien, aujourd'hui dans un triste état d'abandon ; on voit près de cet en-

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PORTE DE LA TORRE DE LAS INFANTAS (page 158)

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Grenade, et qu'ils furent retrouvés par le marquis de Mondéjar, gouverneur de l4 Ah: Charles-Quint ; il ordonna qu'ils fussent placés comme ornements dans les nouveaux édite” dont les dépenses furent payées avec le trésor qu’on venait de découvrir. Ces magnifiques vases étaient au nombre de trois, et il n'en reste plus aujourd'hui qu'un seul, qui suffit pour donner une idée de l’état avancé de l’art céramique dans le royaume de Grenade. |

Le vase de l'Alhambra, si remarquable par la richesse et par la variété des He dont toutes ses parties sont couvertes, est sans contredit le plus beau monument connu de faïence hispano-moresque. Sa forme, d’un ovale gracieux, va en s’allongeant et en se rétrécissant vers la base, de sorte que cette base se termine presque en pointe, et fait presque ressembler le vase à une toupie qui se tiendrait en équilibre; les anses sont formées de deux larges ailes qui.

partant de l'extrémité d’un col évasé, vont en s’élargissant se relier à la panse *. Ces anses sont

bordées de cenefas ou longues bandes d'inscriptions en caractères africains, au milieu desquelles se jouent les arabesques les plus capricieuses. Une bande d'inscriptions du même genre règne horizontalement autour de la panse, qu’elle sépare en deux : dans la partie supérieure, sont placées en face l’une de l’autre deux grandes antilopes. Dans la partie inférieure est inscrit un ovale couvert de grandes arabesques, très-franchement dessinées et du plus beau style. L'émail du fond est d’un blanc jaunâtre, sur lequel ressortent admirablement en bleu les lettres et les ornements rehaussés d’un reflet d’or pâle, trois couleurs qui forment l'ensemble le plus harmonieux. D’après un écrivain arabe du quatorzième siècle, Malaga était renommée pour la fabrication de ces belles faïences à reflets métalliques, et il est permis d'attribuer à cette ville ce magnifique vase.

Le premier auteur qui ait parlé des vases de l'Alhambra est, je crois, le P. Echeverria, dans ses Paseos por Granada, où Promenades dans Grenade, espèce de guide dans la forme naïve de dialogues par demandes et par réponses, entre un Grenadin et un étranger. Il nous apprend l'histoire des fameuses Jarras, comme il les appelle.

(L'ÉTRANGER. — Parlons de ces vases qui, me disiez-vous, contenaient un trésor : où se trou-

vent-ils maintenant ?

(LE GRENADIN. — Aux Adarves, dans un petit jardin délicieux qui fut mis en état et orné par le marquis de Mondéjar, avec l'or provenant de ce trésor. Peut-être eut-il l'intention de perpétuer le souvenir de cette découverte en placant dans le jardin ces vases, qui sont des pièces trèsremarquables ; rendons-nous à ce jardin et vous allez les voir.

(L'ÉTRANGER. — Quel merveilleux jardin ! quelle admirable vue ! mais voyons les vases. Quel malheur ! comme ils sont endommagés! Et ce qu’il y a de plus regrettable, c'est que, laissés à l'abandon, comme ils le sont, ils se dégraderont chaque jour davantage.

ULE GRENADIN. — Ils finiront même par être entièrement détruits: déjà il ne reste plus que les deux que vous voyez, et ces trois ou quatre morceaux du troisième. Chaque personne, en sortant d'ici, veut en emporter un souvenir, et c'est ainsi que les pauvres vases sont détruits petit à petit.

(L'ÉTRANGER. — Mais sur ces deux-ci, parmi les belles arabesques dont leur magnifique émail est orné, j'aperçois des inscriptions...

«LE GRENADIN. — C'est vrai; mais vous voyez que, dans l’état de dégradation où sont ces vases, il n’est plus guère possible de les lire, leur émail étant usé ou enlevé. Sur ce premier vase, on ne

i Une des anses du vase de l'Alhambra a été cassée et a disparu depuis longtemps; Doré l'a restituée dans son dessin, pour donner au vase son aspect primitif.

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peut guère distinguer que le nom de Dieu, deux fois pre aucun des pos. ne porte une autre inscription entièrement lisible... » L

Le P. Echeverria a exagéré quelque peu l’état de dégradation du vase qui reste; mais sa prédiction ne s’est malheureusement que trop justifiée. Quant à l'autre, autant qu'on peut en juger par les reproductions qui ont été faites il ya plus de cinquante ans, il était de même forme et de même dimension que celui qui subsiste ; seulement, au lieu des deux antilopes affrontées, on voyait sur la panse trois cercles contenant chacun un écusson avec la devise si connue des rois de Grenade : « Iln'y a pas d'autre vainqueur que Dieu. »

On ne sait ce qu'est devenu le second vase de l'Alhambra. Un voyageur anglais nous apprend que, vers 1820, le gouverneur Montilla s’en servait pour mettre ses fleurs, et il ajoute qu'il l'offrit un jour à une dame française, qui l'emporta. D'après une autre version, il aurait été emporté par une dame anglaise. Ce qui est malheureusement certain, c'est qu'il n'en reste plus qu'un seul, qui a été conservé par miracle; car il y a peu de temps encore on en faisait peu de cas. C'est ce que nous apprend Théophile Gautier, qui décrit «la pièce où, parmi des débris de toute sorte, est relégué, il faut le dire à la honte des Grenadins, le magnifique vase de lAlhambra, haut de près de quatre pieds, tout couvert d'ornements et d'inscriptions, monument d'une rareté imestimable, qui ferait à lui seul la gloire d’un musée, et que l’incurie espagnole laisse se dégrader dans un recoin ignoble. »

Le chef-d'œuvre de Ia céramique hispano-moresque est aujourd'hui placé dans un lieu plus digne de son mérite.

Avant de commencer notre promenade autour de la Plaza de los Algibes et de visiter la zorre de las Infantas et les vieilles tours arabes qui défendaient l'enceinte de l'Alhambra, nous dirons quelques mots de l'histoire du palais-forteresse des anciens rois de Grenade. Sa fondation est due, suivant toute vraisemblance, à Ibn-al-hamar (l’homme rouge), qui construisit beaucoup d’autres monuments. L'historien arabe Ibn-al-Khattib dit que, peu de temps après qu'il eut chassé les Almoravides, le sultan Ibn-al- hamar fit bâtie un palais dans la citadelle ou forteresse de cette ville, et qu'il y fixa sa résidence dès qu'une partie de l'édifice fut terminée.

Dès le neuvième siècle, il y avait sur la colline qui s'élève à gauche du Darro, une forteresse appelée Kalat-al-hamra, —le château rouge, — et dont les ruines s'appellent encore aujourd'hui les Tours rouges, — Torres Bermejas. Lorsque Badis Ibn Habous quitta Elvira pour fixer sa résidence à Grenade, il fit construire des murs autour de la colline et élever une citadelle à laquelle on donna le nom de Kassabah-al-hamra, citadelle rouge. C’est dans cette Kassabah que Ibn-al-hamar At construire le palais qui reçut le nom de Xars-l-hamra, c'est-à-dire le palais de Alhambra.

Mohammed If, successeur d'Ibn-al-hamar, répara les Torres Bermejas, et continua l’Alhambra ; il l'agrandit considérablement. et prodigua ses trésors aux nombreux artisans qu'il fit travailler au palais. Ses successeurs contribuèrent encore à embellir leur résidence, et il faut surtout signaler parmi eux Abou-I-hadjad}, qui construisit Félégante Puerta del Vino, ainsi que la Puerta de Justicia; il fit construire plusieurs salles nouvelles, notamment celle des Ambassadeurs. Les dépenses étaient si considérables, qu'on était persuadé que ses revenus ne lui suffisaient pas et qu'il cherchait la source de ses richesses dans le secret de la transmutation des métaux. Al- Khattib assure qu'il fit repeindre et redorer tous les appartements du palais, ce qui dut coûter des sommes incalculables. Les successeurs de ce sultan ajoutèrent également de nouvelles construclions à l'Alhambra, mais le règne d’Abou-l-hadjad}, vers le milieu du quatorzième siècle, peut ôtre considéré comme la plus belle époque de l'Alcazar moresque.

Disons aussi quelques mots de l'histoire des dévastations qu'eut à subir le célèbre palais-forteresse des rois de Grenade : lamentable histoire, car il semble que, dès la conquête, les vainqueurs se soient plu à détruire en quelques années les chefs-d'œuvre accumulés pendant près de trois siè-

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