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CROQUIS FAIT DANS UN FAUBOURG DE GRENADE (page 195).
Le Généralife ; les cyprès de la Sultane.— La Silla del Moro. — La Fuente del Avelluno. Le Dagro. — Le Zacatin. — La cathédrale de Grenade. — La Capilla real; les tombeaux des Rois Catholiques. — La place de Bibrambla; encore les Abencerrages et les Zégris; un auto-da-fé de livres arabes. — L'arcade des Oreilles et la rue des Couteaux. — L'Alcaiceréu, — Le Musée. — La Cartuja. — L'église et la promenade de las Angustias. — La Plaza de Bailen; Maria Pineda. — Le Salon. — Le Genil ; Boabdil et les Rois Catholiques. — L'Albayzin. — Les bains moresques. — Le Sucro- Monte. — Les Gitanos de Grenade. — Un baile improvisé : la Pelra. — Excursion à la Sierra Nevada. — Les neveros. — Les barrancos et les ventisqueros. — Le Picacho de Velet«.
Le Générahfe n’est éloigné de l'Alhambra que de quelques centaines de pas ; nous passerons pour nous y rendre sous la Puerta Judiciariu, et nous suivrons une des allées ombreuses du Bosque de la Alhambra, qui descend en suivant l’ancienne enceinte de la citadelle moresque. Après avoir traversé un ravin sombre et encombré de broussailles, la Cuesta de los Molinos, qui sépare la colline de l'Alhambra du Cerro del Sol, nous gravirons de nouveau un chemin ombragé par une végétation plantureuse: lauriers-roses chargés de fleurs, figuiers aux feuilles larges, vignes séculaires, énormes grenadiers dont les f ruits, entr'ouverts par le soleil, laissent voir leurs grains
transparents comme des rubis.
On passe, en entrant dans le Généralife, sous des galeries à cintre surbaissé dont les orne-
breuses couches de badigeon. Le milieu du jardin est occupé par un long bassin plein d’une eau transparente, dans laquelle se reflètent des lauriers-roses et des ifs touffus qui se courbent en arcade. La vue s'étend sur l'Alhambra, et on domine de là toute l'enceinte fortifiée et le palais moresque. Le palais du Généralife, bien que d'une architecture et d’une décoration très-élégantes, n'offre rien qui puisse surprendre après qu'on a visité l'Alhambra. L'extérieur est de la plus grande: simplicité ; les salles, peu nombreuses, sont à peine meublées; dans l’une d'elles, nous vimes quelques portraits médiocres représentant, avec toutes sortes d’anächronismes dans les costumes, différents personnages, tels que Boabdil et Gonzalve de Cordoue. Un gros livre, ouvert sur une table, est destiné à recevoir les noms et les pensées des visiteurs; ce recueil polyglotte renferme bon nombre de sottises, comme la plupart de ceux du même genre.
On voyait autrefois au Généralife une magnifique épée moresque, ayant appartenu, suivant la tradition, au, dernier roi de Grenade, et qui se trouve maintenant dans un palais de la ville basse, connu sous le nom de Casa de los Tiros. La garde est formée de deux têtes d'éléphants, et est ornée de l’écusson des rois mores; la poignée et le pommeau sont couverts de diverses légendes en arabe; tout cela est du travail le plus merveilleux, en émail, ivoire et filigrane ; le fourreau, également d’une conservation parfaite, est en cuir brodé de fil d'argent, genre de travail pour lequel les Mores d'Espagne et ceux de Fez étaient autrefois très-renommés. Cette superbe épée est une pièce de la plus grande rareté, et pourrait faire à elle, seule la gloire d’une collection. ;
Le Généralife renfermait aussi des armures moresques rares et curieuses : « On voit deux ou trois casques placés à l’entrée, dit le P. Echeverria; il y a aussi des cottes de mailles, dont plu-
sieurs personnes ont pris des morceaux; et il n'y a guère d'enfants qui ne gardent comme des
reliques quelques fragments de cette armure défensive, qui passe pour neutraliser l'influence malfaisante du mauvais œrl. »
On fait voir aux étrangers, dans le jardin, les Cipreses de la Sullana, énormes cyprès qui étaient déjà vieux, suivant la tradition, lorsque la sultane Zoraya allait s'asseoir sous leur ombre; on nous montra celui sous lequel cette sultane était en conversation familière avec un seigneur Abencerrage, lorsqu'elle fut surprise par un membre de la tribu des Gomélès.
Un des grands charmes du Généralife, c'est l'abondance extraordinaire des eaux : €e ne sont que bassins, fontaines, jets d'eau et sources; on ne peut faire deux pas sans rencontrer un Canal ou une petite rigole formée de tuiles creuses, servant de conduit à l'eau qui se précipite en bouillonnant. Les Mores, pour obtenir un pareil luxe de Jeux hydrauliques, firent à deux lieues de là une large saignée au Darro, dont ils amenèrent au Généralife l'eau limpide, au moyen d'un canal ou acequia.
Au-dessus des jardins s'élève un belvédère d’où la vue est étendue et magnifique : en tournant le dos à l'Alhambra, on aperçoit au sommet du Cerro del Sol une ruine moresque qui se détache sur cette colline brûlée par le soleil : c’est la Si//a del Moro, la Chaise du More. On prétend que c'était autrefois une mosquée, et que ce nom vient de ce que Boabdil s'y réfugia lors des émeutes qui eurent lieu à Grenade à la suite du massacre des Abencerrages. La vue est des plus étendues : on domine le cours du Darro, le Généralife et l'Alhambra, l'Albayzin, le Sacro- Monte, et un grand nombre de villages qu’on aperçoit comme des points blancs épars dans la Vega.
in redescendant les pentes escarpées du Cerre del Sol, on arrive par un chemin très-pittoresque au milieu de charmants jardins, qui abritent sous leur feuillage épais de petites maisons de campagne aux murs blanchis à la chaux : ce sont les Cérmenes del Darro, petites villas dont le nom vient de l'arabe karm, qui signifie une vigne. C’est une des plus belles promenades de Grenade
ments en stuc, semblables à ceux de l'Alhambra, sont malheureusement cachés sous TV |
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LE GÉNÉRALIFE (page 191).
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aient boire que de l'eau de la Fuente de Alfacar * À Grenade | 4520, ces parages n 'étaient déjà plus ce qu'ils étaient avant la conquête : alors les Mo es. les plus riches y avaient leurs maisons de plaisance. « La plupart sont petites, dit-il, mais toutes ont leurs eaux, et sont entourées de rosiers et de myrtes, et gracieusement ornées ; ce qui fait voir que, du temps que le pays était aux mains des Mores, il était beaucoup plus beau qu ‘aujourd’ hui. Il y à beaucoup de maisons qui tombent en ruines — et de jardins abandonnés, car le nombre des Mores va plutôt en diminuant qu'en augmentant, et ce sont eux qui ont si bien cultivé et planté ce pays. Les Espagnols, non-seulement dans cette ville de Grenade, mais dans tout le reste du royaume également, ne sont guère industrieux, ne plantent pas, et ne travaillent pas volontiers la terre ; ils préfèrent s'adonner à la guerre, ou aller chercher fortune aux Indes. Bien que Grenade ne soif pas aussi peuplée que sous les Mores, il n’y a peut-être aucune partie de l'Espagne qui
soit si habitée. »
C'estainsi que le voyageur vénitien nous dépeint la rapide décadence de Grenade : que diraitil s’il pouvait voir aujourd'hui l’ancienne capitale des rois mores ? Elle ne vit plus guère que des souvenirs du passé, et sa population, qui comptait autrefois près de cinq cent mille habitants, est au plus aujourd hui de soixante-dix mille. Les faubourgs de la ville ne sont plus ce qu'ils étaient jadis : quelques familles misérables y vivent au milieu de pourceaux qu'elles enoraissent au moyen des fruits du cactus, Ligos chumbos. Une fois nous fûmes témoins d'une scène moitié dramatique, moitié grotesque : une mère défendait ses enfants contre une truie à laquelle ceux-ci voulaient enlever sa progéniture ; scène dont Doré ne manqua pas de faire
son profit.
Nous rentrerons dans Grenade en suivant les bords du Darro; son sable contient des parcelles d'or, et on a expliqué l’origine de son nom par les mots : quia dat aurum ; mais c'est tout sim— plement l'ancien Hédaroh, chanté par les poëtes, et dont le nom arabe signifie courant rapide, car il roule ses eaux comme un torrent. Le Darro prend sa source dans la Sierra Nevada, et arrose, avant d'entrer à Grenade, la fertile vallée que les Mores appelaient Axarix, et à laquelle les Espagnols ont donné le nom de Val Paraiso — la Vallée du Paradis. On prétend que ses eaux ont la vertu, beaucoup moins poétique, de guérir les maladies des bestiaux. Au sujet de l'or du Darro, Bermudez de Pedraza raconte que, lors de la visite de Charles-Quint à Grenade, en 1526, la municipalité en fit faire une couronne, qui fut offerte à l'impératrice Isabelle. Le même auteur parle des vases qu'on fabriquait de son temps avec la terre du Darro, « et dans lesquels, dit-il, on voit briller beaucoup de paillettes d’or; chaque vase, qui se vend deux maravédis, contient cependant plus d'un cuartillo d'or, mais le travail pour l’extraire passe le profit qu'on en pourrait tirer. » Après avoir arrosé une ravissante promenade, la Carrera del Darro, que domine la colline de l'Alhambra, la célèbre rivière traverse la Plaza Nueva sous une large voûte, que le P. Echeverria appelle avec emphase le plus beau pont de l'Europe et du monde entier. Le Darro déborde de temps en temps, et plus d’une fois il a été sur le point de détruire la Plaza Nueva avec È Zacatin, qui lui fait ue, et d'aller se joindre au Genil ; de là cette coplilla si connue :
Darro tiene prometido
El casarse con Genil,
Y le ha de Ilevar en dote Plaza Nueva y Zacatin.
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Le Darro a promis Le pat De se marier avec Page 14 | ve Et de lui apporter en dot gts # La Place-Neuve et le Zacatin. :. | à
Entrons dans le Zacatin, el nous serons au cœurde la vieille ville moresque : c'était autrefois,
sous le même nom, la rue commerçante par excellence; et encore aujourd’hui des centaines de
marchands y vivent dans des boutiques étroites, qui n’ont guère dû changer depuis le temps de Boabdil.
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En sortant du Zacatin, on arrive à la place de Bibrambla, et bientôt on.se trouve en face de la cathédrale. La façade date de la seconde moitié du seizième siècle, et, quoique d'un style bâtard, ne manque pas d’une certaine grandeur; l’intérieur est grandiose : d'énormes piliers supportent une voûte majestueuse d’un très-bel effet. Nous remarquâmes une inscription assez singulière, répétée sur plusieurs de ces piliers, et commençant par ces mots : Nadie pasee con mugeres…. c'est-à-dire : « Que personne ne se promène avec des femmes... » Le reste de l'inscription menace en outre d’excommunication et d'une amende de quarante réaux (plus de dix francs) ceux qui formeront des groupes, et causeront pendant le service. C’est sans doute au dix-septième sièele que le chapitre métropolitain fulmina cet arrêt, si nous en croyons ce passage de M"° d’Aulnoy : « Lorsque la messe étoit finie, les galans alloient se ranger autour du bénitier ; toutes les dames
s’y rendoient, et ils leur présentoient de l’eau bénite ; ils leur disoient en même temps des dou=
ceurs….. Mais M. le nonce a défendu aux hommes, sous peine d’excommunication, de présenter de l’eau bénite aux femmes.»
Quelques chapelles très-riches, de beaux vitraux et des orgues d’une grandeur remarquable, voilà tout ce qui mérite d'être cité dans la cathédrale ; nous noterons cependant quelques ouvrages d'Alonzo Cano, peintre et sculpteur, qui était un enfant de Grenade; ses tableaux sont peu nombreux, et ne valent pas ceux du musée de Madrid; parmi les sculptures, il faut citer deux belles Vierges et quelques bustes en bois, malheureusement couverts de peinture, comme la plupart des statues qu'on voit dans les églises d'Espagne. Alonzo Cano eut une vie quelque peu agitée, ce qui ne l'empêcha pas de devenir racionero, où chanoine résidant, malgré l'opposition du chapitre de Grenade, et d'occuper ce poste pendant seize ans.
L'intérêt principal de la cathédrale est dans la Capilla real, construite sous le règne de Ferdinand et d'Isabelle, et qui communique avec l’église, bien qu’elle ait son clergé à part. La Chapelle royale est une vraie merveille, décorée avec autant de goût que de richesse, dans le style gothique de la fin du quinzième siècle; on y trouve partout le souvenir des Rois Catholiques, qui sont représentés pieusement agenouillés à droite et à gauche du grand autel. Nous remarquames au-dessus de cet autel quatre bas-reliefs de bois sculpté et peint extrèmement intéressants, con— temporains de la reddition de Grenade, et qu'on attribue à un sculpteur bourguignon nommé Vigarny : d'un côté on voit Ferdinand et Isabelle à cheval, accompagnés de leur suite et d'hommes d'armes à pied armés de fauchards et de vouges. L'autre bas-relief représente Boabdil à pied, faisant sa soumission ; il est coiffé du turban surmonté d’une couronne, et vêtu de l’albornoz ; son cheval est tenu par deux Mores, dont l'un porte l'adarga où bouclier moresque aux armes de Grenade. On voit au fond l'Alhambra et ses tours crénelées ; sous la porte d'entrée défilent deux par deux des prisonniers mores, les mains liées sur la poitrine.
Les deux autres bas-reliefs représentent la conversion des vaineus ; dans l'un d'eux on en voil plusieurs s'approcher de la vasque élégante d'un bénitier, et des moines qui les baptisent. Le second
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LES BORDS DU DARRO (page 195).
res sd a dust, A ea t , apprend ce qu'étaient ces enVérsioHe + « Les Mores, dit-il, parl Us sont chrétiens moitié par force, et les prêtres se soucient peu de Jes. instruire d oses € notre foi, trouvant leur avantage à les laisser ainsi ; mais, en secret, ils sont Mores comme avant, » ‘he
Autour des murs de la Capilla real règne une longue inscription en beaux caractères gothiques, à la louange des rois catholiques don Fernando et doña Ysabel « qui conquirent ce royaume de Grenade, le réduisirent à notre foi... détruisirent l'hérésie, chassèrent les Mores el nd lire de leurs royaumes, et réformèrent la religion. »
La reja, immense grille de fer ciselé, avec des parties dorées, est une des plus balles d'Espagne ; outre que le travail en est très-précieux, le style en est excellent ; elle porte la signature du Masstre Bartolomé, et la date de 2: C'est dans cette chapelle qu'on voit les tombeaux de Philippe le Beau et de Jeanne la Folle, à côté de celui où reposent Ferdinand et Isabelle. Ils égalent pour la beauté du travail les plus beaux monuments de ce genre qui existent à Dijon, à Bruges et à Burgos ; les ornements, des plus riches et du meilleur goût de la Renaissance, sont finement ciselés dans le marbre, auquel le temps a enlevé ce que sa blancheur avait de trop cru. Aux quatre angles du tombeau sont assis des docteurs de l’Église, et sur les côtés on voit les douze apôtres ; au sommet du monument sont couchées côte à côte, dans une attitude pleine de calme et de noblesse, les statues des deux époux qui reposent, tenant le sceptre et l'épée, unis comme ils le furent pendant leur glorieux règne; la tête de la reine est d’une grande majesté. «L'an 1506, dit un écrivain français contemporain, une des plus triomphantes et glorieuses dames ‘qui depuis mille ans aient esté sur la terre alla de vie à trespas : ce fust la royne Ysabel de Castille qui ayda, le bras armé, à conquester le royaume de Grenade sur les Mores. Je veux bien asseurer aux lecteurs de ceste présente hystoire que sa vie a esté telle, qu’elle a bien mérité couronne de laurier après sa mort. »
En sortant de.la cathédrale, nous traversâmes la place de las Pasiegas, où se trouve le Palacio del Arzobispo, édifice de fort mauvais goût. Il était trois heures, et nous entendîmes trois coups très-sonores : c'était la plus grosse cloche de la cathédrale, la P/egaria, qui sonnait trois heures. C’est à trois heures, le 2 janvier 1492, que les Mores livrèrent Grenade aux Espagnols, et que les Rois Catholiques, qui attendaient ce signal sur les bords du Genil, virent leur étendard flotter au sommet de la Torre de la Vela, et se prosternèrent à genoux avec toute leur armée, en remerciant Dieu de la victoire. Depuis ce temps, c’est la Plegaria qui sonne cette heure mémorable; et lorsqu'on récite à ce moment trois Pater et trois Ave, on gagne une indulgence plénière; cette faveur fut octroyée par le pape Innocent VIII, sur la demande d'Isabelle la Catholique.
La place de las Pasiegas communique avec celle de Bibrambla, qui forme un vaste parallélosramme entouré de maisons peintes de toutes sortes de couleurs, desquelles se détachent des balcons d’un aspect très-délabré et tout à fait pittoresque ; ces maisons ont remplacé des palais moresques dont il ne reste plus de traces; c'était, au temps de la splendeur de Grenade, le théâtre des joutes, des tournois et des fêtes les plus brillantes ; aux miradores délicatement sculptés étaient suspendus des tapis de velours et de drap d'or, au lieu des lambeaux de linge qui
aujourd’hui sèchent prosaïquement sur les balcons.
200 CHAPITRE NEUVIE ÔME. je
Les romances moresques sont remplis de récits de ces brillantes escaramuzas, où les | Légris luttaient, sous les yeux des sultanes, de courage et d'adresse avec les. L… ARDYE : CA Ja tête d'une troupe de trente nobles cavaliers, arrive un soir sur la place de Vivarrambla le valeureux Muça; il va rompre des lances pour obéir aux ordres de son roi, et porte un vêtement bleu, blanc et jaune, avec des plumes rouges, couleurs accoutumées des Abencerrages. » Les Zégris avaient des costumes vert et or, semés de croissants d'argent ; toute la ville avait été convoquée au combat de taureaux, au jeu de bagues et de lances. A la place d'honneur on voyait la reine, vêtue de brocart semé de pierreries, et les cheveux ornés d'une rose rouge d'un merveilleux travail, au milieu de laquelle brillait une escarboucle qui seule valait une cité; à ses côtés étaient assises la brune Galiana, la belle Fatima, la divine Zayda ; mais on remarquait surtout la ermosa Lindaraja, vêtue de toile d'argent et de damas couleur d'azur, et qui surpassait toutes les autres dames en beauté. Ç
Les Zégris venaient ensuite, montés sur de superbes chevaux bais; puis suivaient, marchant quatre de front, les Gomélès, les Maças, les Gazules, les Alabezes et autres familles nobles de Grenade. La fête commença par la course de taureaux ; les Abencerrages et les Zégris, jaloux de se surpasser, combattaient avec un courage téméraire : l’alcaide Alabez attira un taureau devant le balcon où se tenait la belle Cohayda, et le prenant par les cornes, le força à baisser la tête devant elle. Le valeureux Albayaldos, en passant devant le mirador où une autre dame était assise, fit mettre son cheval à genoux; c'était à qui se ferait le plus remarquer par son courage et par son adresse.
Après la chute de Grenade, la place de Bibrambla ne vit plus de ces brillantes fêtes : elle fut choisie pour l'emplacement du fameux auto-da-fé de livres arabes ordonné par le cardinal Ximénès. Ce zélé défenseur de la foi ne se contenta pas de persécuter les Mores à cause de leur relision, malgré la clause formelle de la capitulation qui leur garantissait le libre exercice de leur culte : il fit rassembler tous les manuserits arabes qu'on put trouver dans la ville; on les porta sur la place de Bibrambla, et un More converti au christianisme eut le triste honneur d'y mettre le feu. On porte à un million le nombre des livres ainsi détruits ; ce chiffre a sans doute été exagéré par les panégyristes mêmes du cardinal, qui croyaient exalter sa gloire en augmentant l'importance de l’auto-da-f6. Trois cents volumes seulement furent sauvés du feu : on les envoya à la bibliothèque d'Alcalà de Henarès : on assure que parmi les ouvrages qui furent détruits, un grand nombre étaient des merveilles de peinture et de calligraphie ; d’autres étaient précieux par leurs reliures ornées de nacre, de perles fines, de broderies, ou de ce cuir que les Mores savaient travailler si habilement.
A un des angles de la place est la Pescaderia, où Marché au poisson ; du côté opposé se trouve l'Arco de las Orejas, — l'arcade des Oreilles, — ancienne porte qui donne sur la place, el qui communique avec la calle de los Cuchillos — la rue des Couteaux. — La tradition rapporte un événement qui eut lieu près de cette arcade, le 25 juillet 1621, jour où l’on célébrait une pro clamation de Philippe V : une maison voisine, surchargée de curieux, s'écroula subitement, entrainant sous ses décombres plus de deux cents personnes. Or il y avait parmi les victimes un grand nombre de femmes ornées de riches bijoux; les voleurs profitèrent du désordre pour sell emparer, et comme ils perdaient du temps à enlever les pendants, ils trouvèrent plus expéditil de couper les oreilles des femmes. Depuis ce temps cette porte a pris le nom d'Arco ou Puerlt de las Orejas. L'autre rue s'appelle calle de los Cuchillos, parce qu'autrefois les al/guaciles y réunirent les poignards enlevés à des assassins. Pour terminer cette nomenclature de noms bizarres, il faut encore citer une rue voisine qui peut faire pendant avec la précédente, la calle de las
Cucharas — la rue des Cuillers; — et enfin une petite place, la p/aceta de los Lobos, — la place des Loups : — c'est là qu'on apportait autrefois les têtes des loups tués dans les environs de Grenade, et qui étaient payées aux chasseurs à raison de quatre ducals chaque.
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mitif en nb sur des ui écppt au feu, des rte en de Me re le le # ceux de l'Alhambra. | D 2 Grenade possède un Museo de pinturas; mais, à part quelques peintures cn l’école espagnole primitive, c'est une des plus tristes collections qui se puisse voir. En revanche, nous signalerons : six émaux de Limoges, qui autrefois appartenaient au couvent de San Geronimo, où fut enterré le célèbre Gonzalve de Cordoue : on assure même, d’après une ancienne tradition, qu'il en fit don
au couvent. Ces beaux émaux, qu'on peut attribuer à Jehan Pénicault, furent volés il x ya une dizaine d'années, et ont heureusement repris leur place au Musée.
Parmi les anciens couvents de Grenade, il en est peu qui méritent d’être cités. La chapelle de l'Ave Maria, où reposént les restes du célèbre Hernan Perez del Pulgar, £1 delas Hazañas, « celui des exploits », rappelle un de ses hauts faits : se trouvant à Alhama à l’époque du siége de Grenade, il fit vœu à la sainte Vierge d'entrer dans cette ville, et de fixer un flambeau et un Ave Maria sur les murs de la grande mosquée, ce qu'il exécuta ponctuellement. Son tombeau se trouve entre la cathédrale et la chapelle royale, où sont enterrés les Rois Catholiques, ce qui a donné lieu à ce proverbe connu : Como Pulgar, ni dentro ni fuera — Comme Pulgar, ni dedans ni dehors.
La Chartreuse, ou Cartuia, est située à peu de distance de Grenade, dans une position des plus pittoresques, d’où on domine toute la Vega ; l'intérieur est orné avec le plus grand luxe : il y a là des portes garnies d’ébène, d'écaille et de nacre, et des ornements en marbre d’une richesse
“extraordinaire. On nous fit voir quelques ruines moresques dans le jardin ; il est probable qu'il y avait encore là un riche palais qui fut détruit, comme tant d'autres, pour faire place au couvent.
L'église de Sun Juan de Dios n’est remarquable que par le luxe d’ornements du plus mauvais voût, si général en Espagne à la fin du dix-septième siècle, et qu'on a appelé Churriqueresco, du nom de l'architecte Churriguera ; c’est la caricature très-exagérée de ce que nous appelons le style rocaille ou rococo. Celle de las Angustias, dédiée à Notre-Dame des Douleurs, pour laquelle
* les Grenadins ont une vénération particulière, est également dans le style churrigueresque. Cette église a donné son nom à une des promenades les plus fréquentées de la ville, la Carrera de las Angustias ; c'est là que, dans les belles soirées, la société élégante se donne rendez-vous ; la plupart des femmes portent la mantille, que le chapeau parisien, fort heureusement, nest pas encore parvenu à détrôner; cette élégante mantille, accompagnée d'une fleur rouge simplement placée dans les cheveux, forme une coiffure naturelle qui peut défier les inventions les plus ingénieuses des modistes de l’autre côté des Pyrénées. Les femmes de Grenade sont d’une beauté plus sévère que celles des autres parties de l'Andalousie, comme les Gaditanes et les Sévillanes, par exemple, qui ont moins de noblesse, mais plus de coquetterie et plus de 6ri0. |
A côté de la promenade, sur la place du Campillo, se trouvent les principaux cafés de la 1e et le théâtre, monument fort simple où l'on donne des drames, des comédies, des zazuelas où opéras comiques, sans préjudice du bale nacional. Sur la Plaza de Bailen, contiguë au Campillo, s'élève
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d'un côté une colonne commémorative érigée à l'acteur espagnol Maiquez, de l'autre le monument expiatoire élevé par J'ayuntamiento de Grenade à la mémoire de l'infortunée Mariana Pinedu. Cette dame, d'une naissance élevée et d'une beauté remarquable, fut condamnée à mort en mai 1831, ét monta sur l échafaud noi y subir le supplice du garrote. Son crime était d'avoir possédé un drapeau constitutionnel, qu'on trouva dans sa maison. On assure qu'elle était innocente, et que son dénonciateur, un prétendant rebuté, avait traîtreusement caché chez elle le drapeau qui devait la perdre.
Rien n'est plus merveilleux que le spectacle dont on jouit de la Carrera de las Angustias : par-dessus la haute barrière de verdure formée par les arbres du Salon, on voit s'élever, comme une immense toile de fond, les cimes neigeuses de la Sierra Nevada ; vers le soir, les sommets de l'immense montagne se revêtent des couleurs les plus riches et les plus transparentes : le manteau de neige qui la couvre, éclairé par les rayons du soleil couchant, prend des tons de nacre et d’opale, tandis que les anfractuosités restées dans l'ombre se colorent d’un bleu aussi pur, mais plus doux que le saphir, Nous aimions à observer chaque soir les changements incessants que le soleil, en s’abaissant vers l'horizon, apportait à ce sublime spectacle, jusqu'à ce que, le jour finissant, les lumières et les ombres disparussent dans les demi-teintes du crépuscule ; alors la Sierra Nevada prenait l'aspect d'une grande masse d'un blanc uniforme, dont les déchirures se découpaient nettement sur un ciel rougeâtre, parsemé de longs nuages violacés.
Le Salon, qui fait suite à la Carrera, est la plus vaste et la plus belle promenade de la ville ; et il n’en est guère en Espagne qui puisse lui être comparée. Gest une large allée de quatre cents pas de long, ornée à chaque extrémité d’une grande fontaine. L’allée principale, formée d'arbres gigantesques dont les branches entrelacées se rejoignent pour former une voûte élevée, comparable à la voûte d’une cathédrale, est flanquée de deux petites allées latérales, qui formeraient les bas-côtés ; le parfum des jasmins et des myrtes, le murmure des fontaines, l'ombre et la Dicnnr font du un séjour délicieux pendant les chaleurs de l'été.
Le Genil, qui borde l'allée de droite, roule ses eaux transparentes sur un lit de cailloux; plus modeste que le Darro, il se contente, dit-on, de rouler des parcelles d'argent. Le Genil prend naissance dans les flancs de la Sierra Nevada, et, après avoir reçu les eaux du rapide Darro, il court. erossi de nombreux affluents, à travers la Vega qu'il fertilise ; aussi les poëtes arabes ont-ils comparé la rivière de Grenade au Nil.
C'est sur le pont du Genil que le malheureux Boabdil, peu de temps après avoir quitté le palais qu'il ne devait plus revoir, et accompagné pour toute escorte de cinquante cavaliers fidèles, rencontra Ferdinand et Isabelle, qui se dirigeaient vers l'Alhambra; d'après Le récit de Mendoza el de Pierre Martyr, aussitôt que l'ancien roi de Grenade aperçut le roi d'Espagne, il voulut descendre de cheval pour baiser la main du vainqueur, en signe d'hommage ; mais Ferdinand s'empressa de le prévenir, et lembrassa avec toutes les marques de la sympathie et du respect. Boabdil remit alors au vainqueur les clefs de l'Alhambra, en lui disant : « Elles f’appartiennent. à Roi puissant et exalté, puisqu'Allah lordonne ainsi : use de ta victoire avec clémence et mOdération ! »
Il existe une très-grande contradiction entre ce récit et celui des auteurs arabes : dent que Boabdil fut obligé de descendre de cheval, et de baiser la main du roi d'Espagne, qui
lui adressa la parole en termes très-durs. On a peine à croire à un pareil manque de géné srosité avet
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modération. Toutes les clauses de la capitulation furent violées une à une; plusieurs même
11s préten-
envers un vaineu ; mais il est avéré que Ferdinand n'usa de sa victoire ni avec clémence, ni
furent, dit un historien, avant que l'encre fût encore sèche. Après avoir visité l Alhambra et la partie la plus élégante de Grenade, 11 nous restait à pareou— rir les faubourgs et les quartiers habités par le peuple, qui ne sont pas la partie la moins curieuse
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© par les habitants fugitifs de la ville d'Antequera. L°
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mr te a js mieux Ron son ancien aspeël, ant à cause de sa popul tion ques vieilles maisons moresques échappées à la pan presque générale de la vie anciel une des plus remarquables est la Casa del Chapiz, sur la cuesta ou côte du même nom. On e dans cette maison par un patio, ou petite cour entourée de galeries formant b a au pré élage ; nous y remarquâmes une fenêtre assez bien conservée, séparée en deux par une élégan mince colonne de marbre, et d’où on jouit de la plus belle vue sur la colline de l Alhambra. On Fe RES - voit encore dans la Casa del Chapiz des ‘restes remarquables de décoration en stuc, avec d'élé- | gantes colonnes en marbre blanc de Macael, et de curieuses sculptures MOrESQUES en bois résineux. Une autre villa moresque non moins remar quable, c’est le Cuarto real, © 'est-à-dire l'appartement royal, situé dans l’intérieur de Grenade; nous y vimes de très-beaux ornements en stuc contemporains de ceux de l'Alhambra, et des azulejos ou carreaux émaillés et ornés de reflets métalliques, spécimens très-rares et très-anciens, qu'il faut signaler particuiAnres aux amateurs d'anciennes faïences, si nombreux aujourd'hui. , Retournant à l'Albayzin, nous. visiterons encore les anciens bains moresques, dont on a fait | , un lavoir, le Lavadero de Santa Inés. Ces bains, qui étaient publics, sont d’une construction tout à fait différente de ceux de l'Alhambra, destinés à peu de personnes seulement ; Éd que les ornements aient presque tous disparu, ils sont encore assez bien conservés pour donner une idée parfaite de ce qu'ils étaient au temps de la domination musulmane : nous admirâmes surtout des colonnes avec de curieux chapiteaux ornés de caractères coufiques très-anciens, qui peuvent remonter au dixième ou au onzième siècle. Au milieu de la salle principale est la piscine où l’on se baignait, et où les ménagères de l’Albayzin viennent aujourd’hui laver leur linge. Dans d’autres pièces contiguës, on voit le long des murs des estrades en maçonnerie, destinées à recevoir les lits de repos ; ces pièces, où l'on se rendait après le bain, étaient chauffées, probablement au moyen de tuyaux placés dans l'épaisseur du mur; à l'extrémité se trouve un patio ou petit jardin dans lequel les baigneurs allaient respirer le frais. La disposition de ces bains a beaucoup d’analogie avec celle des thermes romains ; on retrouve l’apodyterium dans la première salle, et dans la suivante le lepidarium ou étuve.
Un édit de Philippe Il ayant défendu aux Morisques l'usage des bains, ils chargèrent un vieux seigneur more de porter leurs plaintes au président de la Audiencia de Grenade. Ce curieux plaidoyer a été conservé : « Peut-on dire que les bains soient une cérémonie religieuse? Non certes : ceux qui tiennent les maisons de bains sont chrétiens pour la plupart. Ces maisons sont des lieux de société et des réceptacles d’immondices : elles ne peuvent done servir aux rites musulmans, qui exigent la solitude et la propreté. Dira-t-on que les hommes et les femmes s'y réunissent? Il est notoire que les hommes n'entrent pas dans les bains des femmes. Les bains ont été imaginés pour la propreté du corps : il y en a toujours eu dans tous les pays du monde, et s'ils furent défendus en Castille, c'est parce qu ils affaiblissaient la force et le courage des hommes de guerre. Mais les habitants de Grenade ne sont pas destinés à faire la guerre, et nos femmes n'ont pas besoin d’être fortes, mais propres. » Malgré ces bonnes raisons, l'édit fut maintenu, et les Morisques durent renoncer à leurs bains. L'Albayzin, qui a aujourd'hui un aspect si délabré et si misérable, était du temps des Mores un quartier riche et industrieux : c’est là que se tissaient ces belles étoffes tant vantées par les voyageurs. Après la reddition de Grenade, c’est dans ce quartier qu'éclata la première insurrec— tion des Moriscos, ou petits Mores, comme les appelaient dédaigneusement les Espagnols.
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Le Sacro-Monte, voisin de Se est encore plus curieux à visiter : son nom vient de ce qu'on y trouva des ossements qu'on crut avoir. appartenu à des martyrs. Le Sacro-Monte est aujourd’hui le quartier général des gètanos de Grenade; c'est à proprement parler une ville à part. avec une ÉOENOu qui a sesemœurs el son langage particuliers. Bien que le Sacro-Monte soit très-peuplé, il n’y existe que peu de maisons : les flancs de la colline sont percés d'une infinité de trous où de grottes qu'habitent les gitanos. Ces tanières sont quelquefois précédées d'une petite cour mal close ou même sans clôture, car il n’y a guère à voler dans ces misérables demeures. On
pénètre ensuite dans la grotte, composée d’une seule pièce; et fermée par quelques planches mal . jointes : c’est dans cette pièce, dont les parois sont blanchies à la chaux, que vit pêle-mêle toute
la famille, souvent composée de plus de dix personnes: un trou pratiqué dans la voûte livre passage à la fumée ; car la pièce sert aussi de cuisine. Le mobilier se compose de quelques mauvais escabeaux, d'une table de bois blanc et parfois d’un grabat; les gitanos couchent pour la plupart sur le sol. Des enfants entièrement nus, aussi noirs que de petits Africains, grouillent çà et là au milieu des volailles faméliques et des animaux domestiques les plus immondes.
Quelques gitanos sont maréchaux ferrants, forgerons ou serruriers, et ont leurs forges établies dans les flancs mêmes de la montagne ; aussi, quand on les voit le soir travailler à demi nus, leurs corps bronzés éclairés par le feu rouge de leurs fourneaux, on pense malgré soi au célèbre tableau de Velasquez, les Forges de Vulcain. M existait autrefois une loi qui défendait sévèrement aux oilanos de travailler le fer; cette loi doit être tombée en désuétude, car cette industrie est depuis plusieurs générations exercée par un certain nombre de ceux de Grenade. Le travail du fer paraissait à cette époque très-dangereux entre leurs mains; ils passaient pour commettre les crimes les plus abominables ; ce n'était rien quand on leur reprochait de voler les enfants pour aller les vendre aux Mores de Barbarie, de se réunir en bandes pour attaquer les villages et même les villes, où de dévaliser les voyageurs : on allait jusqu'à les accuser d'être anthropophages. Juan de Quiñones raconte, dans son Discurso contra los gitanos, imprimé à Madrid en 1631, qu'un certain juge de Zaraicejo, nommé Martin Fajardo, fit arrêter, en 1629, quatre gitanos suspects, auxquels il fit donner la torture; ils confessèrent qu'ils avaient tué une femme dans la forêt de las Gamas, et qu'ensuite ils l'avaient mangée. Avant reçu la question une seconde fois, ils reconnurent avoir assassiné et mangé un DES qu'ils avaient rencontré dans la même forêt; enfin, au troisième tour, ils reconnurent en avoir fait autant d'un moine franciscain.
L'industrie du fer n'est pas la seule qu'exercent les gitanos de Grenade : une de leurs s principales ressources est encore la chalaneria : ee mot comprend tout ce qui a rapport au commerce, à l'échange, au maquignonnage des chevaux; il n’est pas au monde de maquignons aussi habiles : ils ont toutes sortes de préparations secrètes pour donner aux chevaux une vivacité extraordinaire, ou les faire tomber dans un état de langueur. Ainsi, l’on cite ce qu'ils appellent le drao, drogue qu ils jettent en cachette dans la mangeoire des chevaux, et au moyen de laquelle ils les rendent malades, du moins en apparence, afin de se faire payer pour les guérir ensuite. On leur attribue, en outre, le pouvoir de charmer les animaux au moyen de paroles magiques.
M. Georges Borrow, qui a véeu longtemps au milieu des gitanos, raconte une aventure étrange dont il fut témoin, et à laquelle, dit-il, il serait difficile d'assigner une explication raisonnable. C'était sur un champ de foire dans lequel plus de trois cents chevaux se trouvaient ré unis ; des gitanos parurent, et aussitôt une panique extraordinaire s'empara de tous ces animaux, qui se
mirent à hennir, à geindre et à lancer des ruades, en essayant de s'échapper dans toutes les direc-
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