CHAPITRE X
effet tient, selon moi, aussi bien qu'à Milan et en d'autres églises d'Espagne, à la hauteur des nefs latérales, qui s'élèvent presque aussi haut que celle du centre, au lieu d'être basses et resserrées comme dans la plupart de nos cathédrales gothiques. Pourtant ces dernières l'emportent par l'harmonie des proportions
et l'effet qui résulte de l'importance des vides, de la grandeur des fenêtres et des roses ; cette grandeur est rationnelle dans les régions tempérées et à ciel gris ou brumeux; elle eût donné en Andalousie trop de lumière et de chaleur. Ici donc les voûtes ne sont pas assez profondes, et les lignes trop courtes des arceaux ne composent pas pour l'œil cette musique visible, que d'ailleurs le xv" siècle , époque où s'éleva la cathédrale de Séville, ne comprenait plus, même en France, la vraie patrie de l'architecture ogivale.
Il faut voir cette cathédrale à diverses heures du jour, ^ comme une reine en divers costumes; le matin, par
exemple, le retable gothique du maître-autel, finement sculpté en bois de mélèze et le plus grand que Ton connaisse, ne présente qu'un ensemble sombre et confus. Mais qui dira toutes les beautés, tous les trésors contenus dans ce colossal édifice ? t Le tenter, dit un voyageur artiste, ce serait une insigne folie; on est écrasé de magnificence, rebuté et soûl de chefsd'œuvre ; le désir et l'impossibilité de tout voir causent des espèces de vertiges fébriles. » Laissons donc ces chapelles, ce coro, ces sacristies et leurs milliers d'ouvrages en style plateresque, c'est-à-dire ciselé comme l'orfèvrerie, comme des objets d'argent {jplata en espagnol). Laissons ces cent vingtrsept stalles, ce lutrin dû au ciseau de Bartolomé Morel, l'énorme chandelier de bronze qui porte un cierge pascal du poids de mille kilogrammes, la custodia ou tabernacle pour l'ostensoir, œuvre de Juan d'Arfé, haute de quatre mètres, et que vingt -quatre hommes portent aux processions ; ces ravissantes peintures de l'école andalouse, entre lesquelles on distingue le saint Antoine de Padoue recevant dans ses bras l'enfant Jésus, toile dont la magie défie les peintres de toutes les écoles, et qui est le dernier terme atteint par Murillo.
Après le tombeau d'Alphonse le Sage et la châsse de bronze, d'argent, d'or et de cristal, où l'on vénère le corps de saint Ferdinand, qui enleva Séville aux musulmans l'an 1248, nous ne vîmes pas sans intérêt, au milieu des grandes dalles de marbre blanc et noir dont la nef est pavée, la pierre tombale du pieux et savant .Hernando Colomb, fils de Christophe Colomb, qui découvrit le nouveau monde. On y ht gravée en creux.