‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 11 sur 159 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

dequins lacés; des manteaux de laine grossière, non des étoffes de brocart ;

« Des chemises d'étoupe, non de toile de Hollande ; qu'ils soient montés sur des ânes, non sur des mules et sur des coursiers;

« Qu'ils aient en main des liens de corde, non des brides de cuir doré; qu'ils t' égorgent dans un sillon, non dans une ville ou dans une bourgade ;

« Enfin qu'ils t'arrachent le coeur du côté gauche , si tu ne dis pas la vérité sur œ que nous te demandons : As- tu contribué ou consenti à la mort de ton frère? »

« poésie populaire, interrompis-je , comme tu révèles un peuple ! L'action du Cid, c'-est le sentiment de l'honneur espagnol ^ exalté; mais la formule du serment trahit bien aussi l'amour exagéré de la noblesse , du luxe et du faste, le mépris de l'agriculture, et cet orgueil piro\'incial qui porte le Castillan à jeter le dédain à l'homme de peine, au paysan et à l'ouvrier d'Asturie.

— Alphonse, continua William , dissimula le ressentiment qu'il gardait contre le Cid, et il dut à la vaillance de ce fier mais fidèle sujet de nouvelles conquêtes et la prise de Tolède. Croyant n'avoir plus besoin de ses services, il l'exila; mais le Cid, suivi de sa familk et de ses vassaux, continua de faire la guerre aux Maures , et il leur imposa le tribut au nom du roi de Castille, dont il n'eut pas même la pensée de se venger. Il accourut même auprès d'Alphonse , qui avait vu pâlir son étoile à la bataille de Zalaca; et le monarque, touché d'une pareille grandeur d'âme, lui donna à titre héréditaire tout le territoire qu'il pourrait ravir aux mu-

sulmans. A la tête de neuf mille vassaux et guerriers castillans, le Cid fait des prodiges; mais deux fois encore il est victime de l'ingratitude d'Alphonse, et deux fois sa fidélité inébranlable à son souverain ne répond à ces noirceurs que par un accroissement de bravoure et de dévouement. Il a conquis et possède enfin Valence, dont Alphonse lui fait présent.

« Vois là-bas, continue le Romancero ^ vois venir le Maure, courant sur la route, cavalier armé à la légère, monté sur une jument brune.

« Il a des bottines de maroquin , des éperons d'or aux talons, un bouclier échancré devant sa poitrine, une zagaie à la main.

« Il s'arrête à contempler Valence, Valence ceinte de hautes murailles : Valence , Valence ! puisse le feu de l'enfer te dévorer !

« N'étais-tu pas aux miens avant d'être vaincue par les chrétiens? Mais si ma latice ne me fait défaut, tu seras rendue aux Maures. »

Le Cid , épuisé par des travaux surhumains , doit bientôt mourir; il voit apparaître près de sa couche une lumière éblouissante. Il aperçoit près de lui un homme au front serein, aux noirs cheveux bouclés; il était assis, et avait le froïit ceint d'une auréole céleste.

« Dors- tu, ami Rodrigue? Allons, console-toi!

« — Qui es-tu, répond le capitaine, toi qui me parles ainsi dans mes veilles ?

« — Je suis l'apôtre Pierre, celui dont le temple t'est cher. Envoyé d'en haut pour calmer tes soucis, je viens t'annoncer que, sous trente jours. Dieu t'appellera dans l'autre monde : ce monde où t'attendent tous tes amis,

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