‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 119 sur 159 · LES ANDALOUS — LE DETROIT DE GIBRALTAR — GIBRALTAR ET CBUTA · texte numérisé non relu

LES ANDALOUS — LE DETROIT DE GIBRALTAR — GIBRALTAR ET CBUTA

Nous levâmes l'ancre par un temps superbe, et en peu d'heures la vapeur nous eut engagés dans le détroit de Gibraltar. Un gros navire à voiles, négligeant les courants latéraux du canal qui portent vers l'Océan, essayait vainement d'avancer contre le courant du milieu, qui va de l'Océan à la Méditerranée. Par ce temps de calme, les voiles déployées, mais flasques, retombaient sur elles-mêmes, et demandaient inutilement à tous les rumbs une brise secourable : aucun des trente -deux vents qui répondent aux divisions de la boussole ne ridait seulement la face de l'eau. Les barques de pêcheurs semées autour de nous semblaient elles-mêmes immobiles; mais notre vapeur passait fièrement, frappant des palettes de sa roue triomphante la surface de la mer.

Ce n'était pourtant qu'un de ces petits bateaux pourvus d'un simple salon sans cabines, et qui vont de Séville à Malaga. Ils descendent le Guadalquivir, aux rives plates et aux eaux terreuses, qui prend des

airs de Nil à la marée haute, vers son embouchure. Bien que les journaux de Cadix les annoncent sous les titres pompeux de hermoso, magnifico, Hjero, muy acreditadoy beau, magnifique, rapide, très estimé, ces bateaux, frêles coquilles, n'offrent pas en mer une grande sécurité par les mauvais temps, et ils laissent toujours à désirer pour le confort. Mais les épithètes ronflantes ne doivent jamais surprendre en Andalousie : c'est le pays de Thyperbole ; on la tient pour la Gascogne de TEspagne.

Ne faut-il point attribuer simplement à Tinfluence des Orientaux cette tendance à Temphase et à l'exagération? L'Andalousie est la province où les Arabes, les Maures, sont restés le plus longtemps, et leur sang se reconnaît encore dans la population d'aujourd'hui. Or l'hyperbole est naturelle aux races orientales.

Si les Andalous sont restés quelque peu Arabes sous ce rapport, ils ne le sont nullement par la gravité mélancolique du caractère et la répugnance à nouer des relations sociales. C'est le peuple le plus gai qu'on puisse voir; il aime les fêtes, les ferias qui ne finissent pas , ou qui ne finissent dans une ville que pour recommencer dans la ville voisine. 11 est de bon ton en France de se tenir sur la réserve à l'égard des compagnons de route que donne le hasard. Dans les trains express surtout, on ne rompt pas volontiers le silence : nous avons peut-être emprunté ce genre -là à des Anglais moroses et souvent orgueilleux. Mais en Espagne, en Andalousie surtout, on serait mal venu à s'isoler ainsi; on semblerait joo^er. Les Espagnols, qui prennent trop facilement, en Angleterre ou en

Page 1