CHAPITRE XI
Dont le seul souvenir faisait trembler le Maure. Comme aux feux du matin l'ombre noire s'enfuit, Puisse-t-elle éclipser, étoile de l'aurore, Votre pâle croissant, symbole de la nuit I
Bientôt luira ce jour où la croix triomphante, En place du croissant, resplendira partout.
La vie et le progrès que la croix seule enfante Envahiront Stamboul, Maroc et Tombouctou.
Le Christ affranchira l'esclave qu'on assomme, Aux peuples rachetés il dictera sa loi, La Vierge ennoblira la femme... Honte à toi, Musulman I tu n'en fais qu'une bête de somme. Ah I ne redoute pas l'approche de ce jour :
En relevant la femme , il t'apprendra l'amour.
Sous un souffle inconnu , le Sahara secoue Son stérile sommeil qui dura six mille ans; Et le génie humain sous l'œil de Dieu se joue Dans les flots fécondés de ces sables brûlants. Les puits artésiens, dans les déserts numides , Font jaillir l'eau du roc. Les norias humides Arrosent les palmiers et font pousser le blé. Où l'on ne voyait rien qu'un sol jaune ensablé. L'industrie au désert, comme d'ardentes ruches, Élève des cités et des riches comptoirs; Et le railway franchit le pays des autruches, Portant la liberté jusqu'au fleuve des Noirs.
Ohl c'est plaisant à voir des ingénieurs nègres I Point de front, un museau qui s'allonge; on dirait Des singes habillés. Mais j'entends leurs voix aigres : « Tombouctou ! Tombouctou I vingt minutes d'arrêt! » La nuit est dissipée ; au jour qui lui succède Il faudra bien qu'enfin ton fanatisme cède ; Sachez-le donc, sultans, chefs de tribus, imans, Nous voulons le redire aux derniers musulmans, Plaise au ciel que ce soit sans leur couper la tête : « Dieu c'est Dieu; Mahomet n'est point son prophète. »
€ Je ne sais pas si on vous les pardonnera, me dit en souriant William.
— Ami, soyez indulgent; je vous ai prévenu : ce n'est qu'un rêve. >