‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 133 sur 159 · CHAPITRE XIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIÏ

magistrats chargés de rendre justice marchaient derrière ; puis un corps de cavalerie ; puis la foule. Et ce long défilé passait entre les lignes brillantes de Tarmée, entre les maisons décorées de tapisseries rares et des plus belles étoffes ; le soleil par moments faisait ruisseler tous ces trésors, et semblait un regard de Dieu sur l'hostie consacrée et sur le peuple fidèle. Les chants liturgiques, les salves de Tartillerie, la musique militaire, montaient au ciel avec la fumée de Tencens.

€ Les critiques se taisaient autour de moi ; ils avaient assez à faire de se défendre -des impressions sous l'empire desquelles cette foule, à un moment donné, se prosternait sur le sol, et semblait bien, je vous l'assure, adorer en esprit et en vérité. Et moi, j'écoutais la voix intérieure ; elle me disait : N'est- il pas naturel que l'homme offre à Dieu l'hommage de ses propres dons ; qu'il l'honore en lui consacrant les œuvres du génie, tout ce qu'il possède de plus beau, de meilleur, de plus parfait? On t'a dit que Dieu n'a que faire de ces offrandes de l'homme. C'est une mauvaise parole. Dieu ne dédaigne pas l'homme; il l'aime, et il aime par conséquent tous les tributs d'amour qu'il reçoit de nous. Ils ne connaissent et n'aiment pas vraiment Dieu, ceux qui ne comprennent pas cela.

€ Le soir, à l'alameda, une de mes amies, plus discrète, me l'avouait ingénument : ses préjugés contre la convenance et l'utilité d'un culte pompeux, comme celui que l'Espagne rend à Dieu, s'étaient bien affaiblis; et, de ses bras tendus vers le ciel, me montrant les splendeurs de la nature et des nuits andalouses, elle me dit avec une sorte de transport : t Voilà aussi

un temple que Dieu s'est bâti à lui-même, et dont rhomrae est constitué le prêtre ; le Créateur y a-t-il épargné les richesses et la beauté? S'il est permis à l'homme d'élever aussi des temples, pourquoi serait-il mesquin et avare lorsqu'il a les mains pleines des dons de Dieu ? >

€ — C'est bien vrai, dis-je, et le protestantisme, ici comme en bien d'autres cas, arrête sans raison l'élan naturel de l'homme. L'Église sait que le Dieu né dans une étable n'exige pas la richesse pour son culte là où elle n'est pas possible ; l'Église ne condamne ni la simplicité ni même la pauvreté des autels; mais elle approuve que nos trésors servent à orner la maison de Dieu, et il sied mal à ceux qui vivent dans l'opulence, et peut-être dans un luxe scandaleux, de se plaindre ensuite de la magnificence du culte divin. Permettez -moi, Clara, de vous le faire obser\er, à la procession de Séville, la nature protestait en vous contre les préjugés de ceux qui, à l'origine de la réforme, ayant dépouillé et volé les églises, renouvelé avec les vases d'or des temples catholiques le festin de Balthazar, déclarèrent que le temple devait être nu et glacé. Mais vous ne m'avez pas encore parlé de la foi en la sainte eucharistie.

€ — Alors, William, j'avais à peine une vague notion de ce mystère sublime, le chef-d'œuvre de l'amour de Jésus. Mais, à mesure que j'entrais dans l'esprit du christianisme, à mesure que je comprenais mieux les anéantissements et la mort du Sauveur, et de quel désir ardent il brûle de s'unir à nous comme il est uni à son Père, je sentais l'insuffisance du sym-

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