CHAPITRE XII
grâce, comme ses explications, comme les enseignements de rÉglise et de TÉcriture par l'Église me semblèrent faciles et lumineux! Oui, oui, disaient ma raison et mon cœur, vibrant dans une entière harmonie avec les paroles de la foi. Et maintenant je m'agenouille heureuse, à côté des pauvres gens, dans l'église des plus humbles ptieblecillos d'Espagne, devant ces mauvaises peintures qui rappellent pourtant de si grandes et si consolantes vérités.
€ Je crains, William, de vous fatiguer à ces détails...
« — Non, mille fois non, protestai -je; dites, Clara; je vous écoute avidement. Vous me révélez des choses que j'ai senties autrefois, que j'ai senties en Espagne et ailleurs, sans m'en rendre compte.
€ — Peu après, nous étions à Séville pour la fête du Corpus Domini. Il paraît que nulle part dans le monde catholique, pas même à Rome, la fête du Saint-Sacrement ne revêt autant de pompe et de magnificence. Les étrangers payent fort cher une place aux fenêtres des rues où doit passer la procession, et, dans les contrats de louage des. maisons situées dans ces rues, le propriétaire stipule souvent qu'il retient le droit de louer ce jour-là les fenêtres , ou une partie des fenêtres de sa maison. Mes compagnons tournaient à l'avance en dérision et accusaient de paganisme ce qu'ils brûlaient de contempler. Les descriptions qu'on nous faisait des splendeurs du culte catholique en cette fête ne provoquaient parmi nous que la répétition du vieux thème protestant sur l'esprit et la lettre, sur l'intérieur et l'extérieur de la rehgion, sur l'adoration de Dieu
en esprit et en vérité, comme s'il y avait opposition entre la lettre et l'esprit, entre la puissance des manifestations extérieures et la sincérité des sentiments qu'elles traduisent. Je ne parlai point à l'unisson ; car je voyais bien que le peuple espagnol, par caractère, exprime vivement et même avec emphase tout ce qu'il ressent, et je ne concevais pas pourquoi il y aurait une exception quand il s'agit de sentiments religieux. Je le savais nerveux, impressionnable, passionné pour l'éclat de ses fêtes et de ses réjouissances nationales ; et les exigences protestantes, couvertes du prétexte de la simplicité, me semblaient exagérées, condamnant ce qui n'est pas mal, ce qui n'est que l'épanouissement spontané de la pensée d'un peuple qui croit et qui aime.
€ La procession parut et déploya le spectacle le plus imposant. Nul ne saurait calculer ce qu'elle nous montra d'or, d'argent, de pierreries, de croix et de bannières, de dentelles et de fleurs, d'étoffes précieuses de soie et d'or, de riches broderies et de draperies étincelantes , d'encensoirs et de cierges artistement peints, durant ce long défilé (}es écoles, des communautés, des chapitres de paroisses, des confréries d'artisans costumés à la façon des anciens chevahers, des chœurs de chantres, des membres de l'ayuntamiento avec l'étendard de la ville; des enfants aux robes flottantes, aux ailes d'ange, portant l'encens et les corbeilles fleuries ; puis venait le saint Sacrement, comme enveloppé de la lumière du Thabor. Il était escorté de soldats d'élite. Le cardinal, avec tous les insignes de sa dignité, le capitaine général et les