CHAPITRE II 4o
entourée de galeries soutenues par quatre cents colonnes de granit, et le Campo grande ^ où se déployait autrefois la pompe des tournois et des fêtes royales. Les villes du nord de l'Espagne, comme les vieilles villes du nord de Tltalie, présentent un certain nombre de places et de rues à galeries, dont le système a été inspiré par les exigences du climat. 11 est bon que l'on y puisse circuler sans s'exposer aux ardeurs du soleil. Dans les villes du midi de l'Espagne, les Maures ont recherché le même avantage par l'étroitesse des rues, qui ne sont plus que des ruelles, où le soleil ne pénètre guère, et dans lesquelles règne habituellement un peu de fraîcheur. Enfin , là où rien ne préserve de la chaleur torride, on cède à son influence par l'inaction et la sieste.
On comprend de même pourquoi l'Espagne a de si belles promenades, /?r^</(?^^ espolones^ alamedas ou allées plantées d'arbres ; c'est que nulle part on ne s'enivre plus agréablement de la fraîcheur du soir; elle est plus déHcieuse après les chaudes journées de cette latitude, surtout sur les plateaux nus de la Castille, où le vent sec et brûlant ne rencontre ni forêt ni feuillage.
A Valladolid, toute la population élégante se promenait au coucher du soleil. On se promène en rond comme dans les séminaires de France. Les dames ne donnent point le bras aux messieurs, et il en est de même dans l'intérieur des villes. C'est l'usage ; mais il en résulte au premier coup d'œil un aspect décontenancé, dont l'étranger ne remarque pas d'abord la cause et dont il ne peut se rendre compte qu'après un instant d'obser>'ation.
En rentrant du prado de la Magdalena, nous vîmes
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que si la population des quartiers moins aisés ne va pas à la promenade, elle est tout entière dans la rue et assise au seuil des habitations. L*on dansait au violon, au clair de la lune, et les castagnettes retentissaient dans les carrefours. Ailleurs le violon, la guitare, le pandero ou tambour de basque formaient avec les castagnettes un orchestre complet. Un chant simple, rêveur, toujours le même, dit d'une voie dolente et un peu nasillarde, comme il convient à un pays de moines, revenait par intervalles, et le fron-fron de la guitare y ajoutait un accompagnement monotone, aussi simple que le chant. William trouvait à cet air un charme indéfinissable, et je ne sais quoi de rêveur. II essaya vainement de le répéter et d'en saisir les modulations et le rythme. Je lui expliquai le mystère. La musique de ces chants populaires qu'on entend d'un bout à l'autre de l'Espagne est ancienne, et n'appartient pas à la gamme de la musique moderne. Elle rentre dans celle du plainchant, et la plupart de ces airs, très peu variés du reste, se rapporte aux troisième et quatrième modes grégoriens, qui ont pour finale la note mi. De là cette physionomie rêveuse et un peu triste, qui a quelque analogie avec le ton mineur de la musique moderne, mais qui garde néanmoins un cachet fort étrange. Le rythme est presque insaisissable, et il n'est pas étonnant que mon compagnon ait échoué en essayant de le reproduire. Les notes d'agrément y jouent un grand rôle, à peu près comme dans les chants arabes et dans le chant grégorien tel qu'il s'exécutait autrefois. Nul doute que plusieurs de ces mélodies ne soient un héritage des Mpures d'Espagne, qui les ont transportées sur les rives