‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 23 sur 159 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

chair et en os, appelés à figurer, surtout les jours de Noël et (le Pâques, les personnages de l'ancien et du nouveau Testament.

Malgré la multitude des statues habillées qui peuplent les églises d'Espagne, notre statuaire commune, alliée ou non à la peinture, tient encore une large place. Je suis porté à croire que celle-ci a été influencée par les statues habillées, qui ont dû porter le sculpteur à fouiller profondément ses ouvrages et à rechercher le mouvement et l'ampleur des draperies.

Il y a heu de s'étonner de la fécondité prodigieuse dont ce-pays a fait preuve durant un siècle et demi que l'art y a été florissant. Aucun peuple n'a surpassé ni peut-être égalé les Espagnols quant à l'habileté à sculpter le bois et à tailler le bronze pour l'ornementation. C'est dans les sacristies, si pauvres en France, mais surtout aux immenses retables du sanctuaire , aux stalles et aux clôtures du chœur, qui prennent un développement inconnu ailleurs , qu'il faut vérifier notre assertion ; c'est aux grilles qui ferment le sanctuaire , le chœur, les chapelles, qu'il faut voir le fer et le bronze se tordre avec la mollesse de la cire et la précision des ouvrages d'orfèvrerie pour reproduire les plus nobles et les plus harmonieux dessins : telle est celle de Cristoval de Andino, surmontée de l'image de saint Jacques, à la chapelle del Condestable de la cathédrale de Burgos. On compterait par centaines les petites villes d'Espagne, dont les richesses en ouvrages de ce genre rendraient jalouses nos cathédrales les mieux dotées !

Aux xiv*' et xv' siècles , la sculpture espagnole naissait

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sous la seule influence du génie national. Les sculpteurs ne possédaient pas de modèles antiques ; le temps et les révolutions de la Péninsule n'avaient point épargné les ouvrages du ciseau romain; les Arabes iconoclastes, et auxquels le Coran interdit la représentation de la figure humaine, n'avaient pas légué à leurs vainqueurs de types à copier , qui eussent d'ailleurs été dédaignés, comme le fut leur architecture.

En 1376, Jayme Gastayls de Barcelone sculptait les apôtres et les prophètes du portail gothique de la cathédrale de Tarragone, où Pedro Juan et Guillen de la Mota élevèrent, au siècle suivant, le magnifique retable d'albâtre ou de marbre de Catalogne qui représente des mystères de la vie de Notre -Seigneur et le martyre de sainte Thècle, patronne de la ville. A la fin du xiv* siècle, Anrique travaillait au tombeau de Henri II , qu'on voit dans la chapelle de los Reyes NuevoSy fondé par ce monarque à la cathédrale de Tolède, et Fernand Gonzalez à celui de don Pedro Tenorio, dans le même édifice. Cette basilique, d'une richesse inouïe, fut le théâtre où s'exercèrent, dans la première moitié du xv' siècle , les sculpteurs Miguel Ruiz, Alvar Martinez et Alvar Gomez; vers 1477, l'architecte Jean Guas, à la tête de douze cent vingt-six maîtres tailleurs de pierres et imagiers, improvisait, pour ainsi dire, à Tolède encore, la célèbre église de San -Juan de los Reyes, dont le chevet et le transept sont couverts d'une décoration aussi originale que merveilleusement sculptée, de statuettes, de guirlandes, d'écussons, de têtes d'anges et d'arabesques.

A Dieu ne plaise que nous méconnaissions, par un engouement déraisonnable du gothique et du moyen

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