‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 22 sur 159 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

<i Moi aussi , disais-je à William , je n*ai vu longtemps ces chevelures si près de Tautel qu'avec un sentiment d'improbation. Cependant, quand je pense à l'étendue du sacrifice qu'elles supposent , je me sens porté à la tolérance.

— Il est vrai, me 'répondit-il enfin, il faut rapprocher l'objet matériel de l'acte moral qui en explique la présence. Cet acte est peut-être héroïque ; peut-être est- il dicté par la piété filiale, par une sainte affection comme par une foi sans bornes. Et puis les femmes, les jeunes filles espagnoles doivent, plus que nulles autres , tenir à leur chevelure : elle est si noire et si belle ! et d'ailleurs, sous ce climat brûlant, ne compose-t-elle pas leur seule coiffure? Combien il faut craindre les jugements trop sévères et précipités sur les mœurs étrangères ! On s'expose à méconnaître et à condamner le bien, pour sauver des convenances qui reposent uniquement sur des appréciations arbitraires. »

Le réalisme espagnol n'est point arrivé à sa plus haute expression en donnant des perruques aux images. Il supprime le corps de la statue , dont il ne conserve que la tête et les extrémités , et il met à la place un mannequin habillé. En Espagne les statues de ce genre sont les plus nombreuses. Il ne s'agit pas ordinairement de ces vêtements d'étoffes précieuses, orientales, rehaussées d'or et de broderies, comme il s'en conserve encore partout; de ces anciennes madones, les plus vénérées qui soient en Europe, dont les robes tissues d'or et d'argent forment un cône solide et d'une richesse éblouissante, surmonté d'une tête plus ou moins artistement sculptée : non ; la plupart des statues espagnoles ha-

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billées portent les vêtements vulgaires que le saint ou la sainte ont portée, et qui sont encore usités dans la classe de la société ou dans la congrégation religieuse à laquelle ils ont appartenu. Le saint, s'il était simple prêtre, apj)araît dans la niche ou au retable au-dessus de l'autel, habillé de la soutane et du surplis ; la barrette à quatre pointes aiguës est dans ses mains ou sur sa tête garnie de filasse ou d'une chevelure postiche. S'agit-il d'une sainte, de Notre-Dame elle-même, elle se conformera quelquefois aux modes actuelles; elle aura les cheveux frisés, les robes renflées et à la main le mouchoir brodé. Notons encore les gracieuses images du Nino Jésus ^ de l'enfant Jésus, de Jésus perdido^ ou Jésus perdu par ses parents sans doute, un sujet qui nous a semblé de prédilection pour les Espagnols comme le Gesù Bambino pour les Italiens. Il nous a paru assez fréquemment exécuté en cire et avec la taille d'un enfant de huit ans. Il n'est pas nécessaire de chercher ces exemples au fond des provinces et des vallées inconnues , dans les églises obscures ; ils se présentent dans les temples des villes, au miheu d'une architecture somptueuse. On j>ourra même remarquer que les statues où le réalisme est poussé plus loin sont précisément celles que la dévotion populaire entoure avec le plus d'empressement et qui reçoivent le plus d'ex-voto. On comprend maintenant que les Espagnols, dans leurs fêtes religieuses, aient conservé quelque chose des représentations dramatiques du moyen âge , et que les poses vivantes fassent partie du programme des grandes solennités liturgiques. Car les statues ont beau simuler la vie , elles ne valent pas sous ce rapport les acteurs en

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