‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 28 sur 159 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

secourir , et il ne s'est guère livré de grandes et décisives batailles contre les Maures sans que Tarmée catholique ait aperçu Tapôtre 'monté sur un cheval blanc et frappant les ennemis de terreur : de là le surnom de saint Jacques Matamoros, le tueur de Maures. Ce fut ainsi, en 1040, quand Ferdinand I", dit le Grand, s'empara de Goïmbre ; et en mémoire du miracle il institua Tordre militaire des chevaliers de Saint- Jacques -derÉpée, qui, avec ceux de Galatrava (1158) et d'Alcantara (1214), contribua puissamment à chasser les musulmans de la Péninsule et à les rejeter en Afrique. Les chevaliers de Saint-Jacques devaient être non seulement nobles de deux races, mais descendants des christianosviejoSy c'est-à-dire que leur sang ne devait* jamais avoir été mêlé avec celui des Maures ou des Juifs convertis. Sur leur écu le roi plaça Tépée de gueules en champ d'or, avec la devise :

Ruhet ensis sanguine Arabum,

Le sang des Arabes rougit celle épée.

Il leur avait aussi donné la mission spéciale d'assurer la sécurité des chemins qui conduisent les pèlerins à Santiago. La voie de France fut entretenue avec un soin particulier. Elle était fréquentée. Les Français avaient à la cathédrale de Gompostelle une chapelle entretenue par nos rois ; Louis le Jeune et des rois de Navarre et d'Aragon sont venus par piété s'y confondre avec les plus obscurs pèlerins.

La légende de saint Jacques n'empêche pas qu'on ne regarde aussi saint Paul comme un des apôtres de l'Es-

pagne ; car il a sans doute exécuté le voyage dont il parle dans son Épître aux Romains. Il dit : c Cum in Hispaniam proficisci cœpero : quand je serai en route pour l'Espagne ; per vos proficiscar in Hispaniam : je passerai par Rome en allant en Espagne. » Mais c'est à saint Jacques et à ses disciples, au nombre de neuf, que les Espagnols se regardent principalement comme redevables de l'Évangile : Pierre fut évêque d'Évora, en Portugal; Cecilius, d'Elvire, qui s'élevait non loin de Grenade; Euphrasius, d'Avila; Indalecius, d'Urci, aujourd'hui Verga, aux confins de la Navarre ; Torquatus, à Cadix; Hesichius, à Carthesa, non loin d'Astorga; Athanase et Théodore restèrent à la garde du tombeau de saint Jacques, et ils ont maintenant leur sépulture auprès de la sienne, dans la même crypte. Plusieurs donnent encore à l'apôtre pour disciple Thésiphon, évêque de Bergita , ([ui était voisine d'Almeria.

Toutes les traditions que je rapporte sont en Espagne l'objet d'un respect universel, même de la part des hommes les plus instruits. Car ce pays a eu le bonheur d'être préservé de l'école des critiques outrés, qui, dans la crainte de laisser subsister une légende, une tradition à peine douteuse, démolissent des monuments historiques et des croyances très vénérables. A mon sens, la critique large et tolérante en pareille matière est infiniment préférable à la critique exigeante qui, en France, nous a fait tant de mal. J'admirais et j'enviais cette facilité de croire dont les savants espagnols nous ont à différentes reprises donné des exemples. Chez ce peuple, le patriotisme s'exalte et se nourrit aux sources vives de la tradition, et jamais nous n'avons remarqué

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