‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 39 sur 159 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

grario^ qui fut construite sur remplacement même oii, lors de la conquête de Tolède par les Sarrasins, on avait enfoui la sainte image de la Vierge. Cette chapelle est divisée en plusieurs parties, dont la plus intéressante est Vochavo, ainsi nommée en raison de sa forme octogone. L'ochavo est une espèce de monument digne d'être cité parmi les plus remarquables monuments chrétiens. Les bronzes et les marbres s'y disputent la place. Des arcs, pratiqués entre les croisées et partagés en plusieurs compartiments , recèlent un nombre infini de saintes reliques et les corps de sainte Léocadie et de saint Eugène, dans des cercueils d'argent, couverts de ciselures et de reliefs; puis, de tous côtés, des bustes, des statues de pierre, d'argent et d'ivoire, des croix, des reliquaires d'un grand prix, et enfin une petite statue de l'enfant Jésus en or et fort vénérée. » J'ai voulu, par cette citation, donner du moins une faible idée des richesses qui figureraient dans un inventaire complet. Les custodes qui reçoivent l'ostensoir pour la procession du Corpus Chisti ont fréquemment, en Espagne, de grandes proportions comme la custode de Tolède. Ce sont des édifices en miniature. Et il faut se rappeler que les rois de Castille ont autrefois possédé le Mexique et le Pérou, les sources les plus abondantes des richesses du globe en métaux précieux, pour comprendre la profusion de l'or, de l'argent et des pierreries consacrées à la gloire de la sainte Eucharistie et à l'ornement des images des saints. La Vierge de Tolède, miraculeusement préservée depuis la conquête des Maures, est noire, comme les plus vénérées qui soient en Europe. L'Écriture dit de la Vierçe, selon

rinterprétation de l'Église : t Nigra sum, ^ed foi^iosa, je suis noire, mais je suis belle; nolite considerare quod fusca sim, quia decoloravit me sol; ne considérez point que je suis devenue noire, c'est le soleil qui m'a ôté ma couleur. » Ces paroles, au sens mystique, s'entendent des souffrances de la sainte Vierge, qui l'environnent de deuil et de tristesse, mais qui rendent la sainteté de son âme plus éclatante aux yeux du Seigneur. De là, sans doute, le teint noir des madones les plus anciennes et les plus miraculeuses.

Comme la basilique du Vatican a son atelier de mosaïque, celle de Tolède conserve sa fabrique de guamasilèSy tapis et tentures de cuir imprimé et doré, vieille et célèbre industrie qui n'est plus maintenant, croyonsnous, qu'au service de l'église de Tolède. On voit de ses produits sur les tables et les crédences de la sacristie.

A l'intérieur du même édifice nous remarquâmes, au déambulatoire , un arc angrelado ou de ondas, c'est-àdire formé de lobes multiples, qui caractérise l'architecture mauresque; mais ici, sauf ce détail, l'art est chrétien, tout à fait indépendant, et les monuments arabes d'Espagne sont bien petits et bien mesquins auprès de celui-là : n'en déplaise aux arabomanes.

Près du bénitier, à l'entrée du nord, contre un pilier de la première nef, il y a un lit en cuir pour les enfants exposés; une inscription recommande de mettre avec eux un billet, afin qu'on sache s'ils ont reçu le baptême.

A un autre pilier de la nef principale est figurée l'apparition de la Vierge à saint Ildefonse ; nous touchâmes du doigt, pour le baiser ensuite, comme le faisaient au même instant d'autres pèlerins, la pierre blanche en-

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