‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 4 sur 159 · CHAPITRE I ib · texte numérisé non relu

CHAPITRE I ib

les domestiques et autres gens de service ont quelque chose de la retenue et de la dignité espagnoles, là du moins où le contact par trop fréquent des étrangers ï>e leur a pas encore nui. Leurs manières et leur langage n'ont rien de servile; ils ne traitent pas, comme les valets italiens, le premier venu d'eccellenza, et on leur reprocherait plutôt le peu d'empressement qu'une basse souplesse à de\îner et à exécuter les ordres qu'on leur donne.

— Dans tous les grands ports de l'Europe, il y a une lie composée d'individus que leur aspect dénonce, et qui guettent et assaillent le voyageur comme une proie. Si l'on ne peut se passer de ces gens, il faut toujours régler d'avance avec eux le prix de leurs services et 4;enir ferme ensuite , sans dire une parole , sans entrer jamais dans une discussion. Les Anglais sont fidèles à ce principe.

— Une source d'ennuis et d'erreurs de toute espèce pour le voyageur, c'est l'ignorance complète de la langue des peuples qu'il visite. On ne trouve pas des interprèrtes partout; l'économie d'ailleurs oblige souvent à s'en priver. Le voyage est alors semé des plus fâdheux incidents. On se trompe , et l'on est trompé ; on croît l'être quand on ne l'est pas; on se regarde comme victime d'un fripon , quand on n'est déçu que par une erreur de bonne foi; on ne s'entend pas; on bat, comme nous disons, dans deux granges ; on est pressé^ et l'on ne peut conclure ; on s'imagine que les gens auxquels on a affaire ourdissent des trames, s'ils parlent bas ; se mettent- ils à rire, on croit qu'ils se moquent. Ces regrettables méprises se produisent assez fré-

quemment en Espagne , où Ton ne parle pas beaucoup les langues étrangères. Cependant le français commence à se répandre par suite des travaux de chemins de fer, qui ont attiré de tous côtés mes compatriotes ; je ne dis rien de Barcelone, qui est une ville demifrançaise. L'anglais se parle dans les hôtels des villes du littoral, et vous êtes assez bien pourvus d'interprètes. Gibraltar, place hispano-anglaise, en est une pépinière.

— Depuis longtemps je me suis promis de ne jamais, visiter un pays sans en avoir quelque peu étudié la langue. '

— Avec cent cinquante à deux cents mots, aidé au besoin de la pantomime naturelle, on peut se tirer d'embarras et faire face à peu près à toutes les difficultés. En France, l'étude des langues vivantes est excessivement négligée, et très souvent les voyageurs français n'ont pas même ce léger bagage philologique dont la nécessité pourtant se fait vivement sentir.

— Oh ! vous confessez là , interrompit William , une faute qui vient peut-être plus de l'orgueil que de la paresse. Les Français savent que nous autres étrangers nous étudions leur langue , et ils ne se donnent pas la peine d'apprendre les nôtres ; ils s'étonnent lorsqu'on ignore la leur et qu'on ne les comprend pas. Dans une grande partie de l'Europe, ils peuvent se fier sans doute à la diffusion extrême de la connaissance du français, qui est un complément de l'éducation parfaite ; mais ils poussent cette confiance trop loin, et ils devraient savoir qu'en dehors d'un certain rayon elle serait mal placée. Ce n'est pas avec le français, mais avec l'anglais et

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