‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 45 sur 159 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Santa-Cruz, où Tarchitecte Henri de Egas a fait preuve d'un goût exquis en unissant à Tart gothique les premières et originales inspirations de la renaissance. Quelle élégance et quelle richesse dans ce portail décoré de dais et de statuettes moyen âge , de colonnes en balustres et d'ornements en bas-relief qui ont presque la pureté de dessin de la i)elle renaissance italienne ! Mais aussi comme le soleil d'Espagne a doré ces sculptures ! Où la pierre revêt-^lle une teinte plus heureuse? La chapelle et le grand escalier du cloître répondent à cette noble façade, et Tensemble du monument est bien digne de son fondateur, le cardinal Mendoza, humblement agenouillé sur le tympan du portail.

L'Alcazar, en arabe el casr, le château, élevait audessus de nous sa masse imposante. Nous gravîmes, pour y arriver, une rue des plus raides. Mais nous oubliâmes toute fatigue sur cette esplanade embaumée par les arbustes et les fleurs , d'où nous découvrions des horizons splendides par delà la Vega et les monts de Tolède. C'était d'un côté la nature qui attirait et fixait nos regards dans une contemplation prolongée; de l'autre, c'était l'art, dans un des édifices les plus beaux de ce xvi" siècle, qui n'a pas de rival que le xra'. Malgré son nom arabe, l'Alcazar actuel a été construit par Charles -Quint, sur l'emplacement d'un château plus ancien, et son achèvement date de 1551. Les architectes Alphonse Covarrubias et Juan Herrera s'y sont immortalisés. Leur ouvrage n'est aujourd'hui qu'une ruine; mais quelle ruine! Le pinceau hardi et romanesque des décorateurs d'opéra n'oserait rien

(i*aussi émouvant que ces quatre hautes tours des angles du palais, que ces trente-deux arcades en galerie, d'une courbe si noble, au fond de Tédifice sans toiture, dévasté, posé sur la plus élevée des sept collines de Tantique capitale des Castilles. Il faudrait des millions de réaux pour le réparer. Mais, oserai -je le dire? il est aussi beau, plus beau peut-être en ruine que restauré. Une inscription excessivement patriotique, tracée à rintérieur du monument, rappelle qu'il a été incendié en 1809 par la barbarie des Français. Mais elle ne dit pas que si les Français ont eu le tort impardonnable de le livrer aux flammes, les Espagnols les ont malheureusement aidés, et qu'ils se sont montrés d'une activité rare au pillage des débris. C'est ce que nous avouait humblement notre docte et loyal cicérone.

Le globe d'or du soleil descendait à l'horizon, vers la sierra de Guadalupe, lorsque nous quittâmes l'Alcazar, et le disque argenté de la lune se révélait au levant, sur le fond du ^iel moins enflammé. Au milieu des canons et des fleurs de l'esplanade, la population commençait à venir goûter la fraîcheur du soir. Nous descendîmes à la casa de campo, à la villa de notre hôte, en passant devant l'église San-Juan-de-los-Reyes, dont nous avons loué ailleurs les remarquables sculptures. Nous jetâmes seulement un coup d'œil sur la singulière décoration de ces murs extérieurs, qui consiste en un grand nombre de chaînes déroulées horizontalement ou suspendues dans le sens vertical des lignes d'architecture. Ces chaînes sont un trophée. Quand les derniers Maures eurent été chassés d'Espagne, à la fin du xv" siècle, elles furent enlevées aux

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