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esclaves chrétiens délivrés, et attachées à Téglise qui devait perpétuer la mémoire des victoires de Ferdinand et d'Isabelle.
Avant d'arriver sur le Tage au pont de San-Martin, nous rencontrâmes un convoi funèbre. Le prêtre ne l'accompagnait pas jusqu'au cimetière. C'était fort triste. Les passants saluaient la croix qui marchait en tète du cortège; mais ils ne se découvraient pas devant la bière que des hommes portaient sur leurs épaules. A quelque distance s'avançait un autre groupe bien différent, musique en tête, musique de cuivre qui jouait les airs du monde les plus gais. C'était pourtant aussi un enterrement, mais un enterrement d'enfant; et la catholique Espagne, si profondément pénétrée dans ses mœurs de l'esprit de l'ÉgHse, écarte avec scrupule les signes d'un deuil moins chrétien et leur substitue les manifestations de joie qui répondent à l'allégresse des anges recevant dans le ciel un des leurs. La nature veut gémir et pleurer; mais la foi la console, et lui fait entendre dans les alléluias de l'Église, et même dans les bruyantes fanfares choisies sans trop de convenance, un écho des célestes concerts. Le petit cercueil où dormait l'enfant était orné de fleurs et tout brillant de passementeries et de clous dorés.
Du reste , il est assez curieux de voir dans les grandes villes d'Espagne, parmi les magasins de luxe, ceux des marchands de cercueils. Il y en a pour toutes les tailles, pour toutes les bourses , pour tous les goûts. Ils sont exposés en montre, empilés au fond du magasin, suspendus sur le trottoir au jambage de la porte. Ils sont plus ou moins ornés, mais généralement revêtus d'é-
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toffe d'une couleur foncée. Un tel commerce n*est pas gai, même pour les passants. A côté, c*est Tétalage d'un fabricant de guitares, d'un bijoutier, d'un éditeur de musique ou d'une marchande de modes. Contraste ironique et amer! C'est ainsi que la mort se présente à l'improviste , à travers les choses de la vie, sans prendre souci des cruelles contradictions qu'elle sème dans les familles et dans les cœurs.
Je ne pense pas qu'il y ait en Europe un peuple aussi familiarisé avec elle, et avec tout ce qui en provoque l'image et le souvenir, que le peuple espagnol. Gardezvous de croire que ce soit , comme chez les nations barbares, absence d'intelligence et de sentiment, indifférence pour l'avenir. Non ; car il n'est pas de pays où l'on prenne autant de soin de la préparation à la bonne mort. On ne se contente pas de la simple réception des sacrements, ni même de quelques visites du prêtre au malade en danger. Le ministre du Seigneur reste souvent jour et nuit, plusieurs jours même et plusieurs nuits, au chevet du chrétien dont la fin approche. Il continue ses pieuses et fortifiantes exhortations jusqu'à ce qu'il ait reçu le dernier soupir du malade. Des confréries qui renferment des personnes de tous les rangs assurent au pauvre des funérailles honorables et des prières pour son âme; d'autres assistent le criminel condamné à la garrotte, prient pour lui, ainsi que tout le peuple, tandis que le bourreau étrangle la victime, dont la langue, aux premiers tours de l'instrument, récite encore les paroles du Credo. Les confrères s'emparent du cadavre, l'enveloppent dans un suaire, le déposent dans un cercueil et le portent à l'église, où il