‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 53 sur 159 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

une phalange non moins éclatante, qui compte les héroïques femmes Eulalie et Julia; c'est Cordoue, Corduba, noyée dans le sang de ses fils chrétiens , comme Cadix, Malaga {Malaca), Gironne {Gerunda), Barcelone {Barcino) et Lérida (Herda); c'est encore Séville, Hispalis ou Julia Romula, et les sœurs Juste et Rufine, les pieuses marchandes de gargoulettes en terre cuite; c'est enfin et surtout Cœsarea Augusta, dont le nom est devenu par corruption Saragosse, cette ville que le poète espagnol Prudence appelle la patrie des martyrs : patria sanctorum martyrum. Entre tous, le monde chrétien a distingué de bonne heure le diacre Vincent, cet apologiste de la foi auquel des tourments inouïs ne purent arracher une plainte; du temps de saint Augustin, toutes les Églises célébraient sa mémoire.

L'Église d'Espagne ne versait pas seulement le sang de ses veines, elle répandait à flots la lumière : le concile d'Elvireou d'Illyberis, près Grenade, réuni en 303, démentait l'inscription fameuse tracée sur un monument d'Espagne par les persécuteurs Dioclétien et Maximien :

INVICTI CAESARES... OB CHRISTIANAK

EORVM PIA CVRA S\TPRESSAM

EXTINCTAMQVE SVPERSTITIONEM

« Les invincibles Césars, en actions de grâces pour la suppression et l'anéantissement de la superstition chrétienne obtenues par leur pieuse sollicitude. >

Mais les vingt évêques, d'autres disent quarante, rassemblés à ce concile prouvèrent de plus, par les quatre-vingts canons de discipline dressés en cette cîp-

constance , que TÉglise d^Espagne travaillait avec énergie à détruire les superstitions et à maintenir les mœurs chrétiennes. L'un d'eux, Osius, évéque de Cordoue, aura la gloire de présider, au nom du pape, en 325, le concile de Nicée, le premier des conciles universels.

Dans le cours du même siècle, le poète Juvencus composait ses Histoires évangéliques; Prudence, son traité des Péchés et des Veî^tus et ses Hymnes, où l'Église a choisi des chants liturgiques.

Paul Orose de Tarragone écrivait l'histoire du monde sous l'inspiration de son maître saint Augustin ; et son parent Lucius Dexter, fils de saint Pacien de Barcelone, composait ses Chroniques; Idacius Clarus, évêque de Mérida, et un autre du même nom, évêque de Chaves ou Aqtiœ Flaviœ en Portugal, publiaient de savants traités pour la défense de la foi. Au v" siècle, Dracontius honorait le sacerdoce, et chantait sur la lyre chrétienne la création du monde; le moine Bacchiarius composait des opuscules où l'on entrevoit une érudition peu commune.

Gardez- vous de croire, chers amis, que le grand édifice de la civilisation élevé en Espagne par les Romains et par les pontifes chrétiens ait croulé de fond en comble sous les coups des barbares qui passèrent les Pyrénées au v** siècle , de telle sorte que les Maures auraient eu à le relever de ses ruines au vm% Il n'en fut point ainsi.

Les Wisigoths ou Goths de l'Ouest, venus des bords de la Vistule, fondent, de 410 à 450, un royaume qui s'étend entre la Loire etl'Èbre, avec Toulouse pour capitale; Clovis, vers 507, les refoule au pied des Pyré-

l'HI LIPPE II

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