CHAPITRE IV
nées , et ils s'étendent en Espagne , où ils choisissent Tolède pour capitale. Ils n'étaient point aussi barbares que les autres tribus germaniques encore idolâtres : car ils avaient embrassé Tarianisme dès le rv' siècle et reçu le baptême ; leur évêque Ulphilas avait traduit la Bible en gothique, idiome dont TEspagne ne conserve, du reste, aucun monument. Or telle est la loi providentielle et la force morale de TÉvangile, qu'un lambeau de christianisme suffit pour élever un peuple, sous le rapport moral , bien au-dessus du niveau de la barbarie païenne. Aussi les Goths eurent-ils les premiers d'entre les barbares des lois écrites au lieu de simples coutumes; et leurs premiers rois encore ariens, Euric, Alaric II, adoptèrent les lois romaines, comme le montre le code ou Bréviaire d Alaric , emprunté presque tout entier au Code théodosien. Quand le roi Chindasuind, vers 652, abrogea la loi romaine pour y substituer son code, appelé Fuero Juzgo (Forum Judicum), que son fils Recessuind compléta, il y laissa prédominer les édits impériaux et des principes chrétiens qu'on ne retrouve pas en général dans les codes barbares du moyen âge. D'ailleurs la monarchie wisigothe était devenue catholique depuis Récarède I", converti vers 589 par saint Léandre de Séville, et sous cette influence la législation ne pouvait se dégrader. Quoique Léovigilde (569- 586) eût, peu auparavant, mis à mort son propre fils saint Herménégilde pour s'être fait catholique, l'Eglise n'avait pas été \îctime des conquérants ariens ; elle s'était maintenue partout, et, une fois unie à la monarchie par la conversion des princes, elle les fit marcher rapidement dans la voie de tous les progrès.
Il n'est plus étonnant qu'au texte même de la loi le Fvero Juzgo ajoute des exhortations morales, des dispositions sur le droit, sur la société; ce ne sont plus les coutumes barbares, où un crime est plus ou moins grave selon la race à laquelle appartient le coupable, ou selon la race de la victime; la loi wisigothe s'applique au territoire, et elle est égale pour tous les peuples qui l'habitent, conquérants ou conquis; la preuve devant les tribunaux est donnée par témoins, au lieu que les barbares s'en référaient au duel entre les parties opposées: on pouvait en appeler à l'évêque de la sentence du juge, et ils revisaient ensemble le procès, ou bien l'évêque le revoyait seul, au refus du juge; la défense des pauvres et des esclaves en justice était assurée contre les puissants; et, bien loin d'avoir droit de vie et de mort sur son esclave, comme dans la loi de Rome païenne, le maître était puni de peines très sévères s'il lui ôtait la vie sans qu'un jugement public eût constaté un crime et porté la sentence capitale. La vie et l'honneur de l'esclave sont protégés au point que l'esclavage se transforme en simple servage. Les barbares considéraient moins, dans le crime, le mal moral que le dommage qu'il avait causé; voilà pourquoi on rachetait l'homicide et d'autres crimes pour une somme d'argent; mais la loi wisigothe considère plutôt le mal moral en lui-même, et n'admet point ces rachats. Les personnes emprisonnées et reconnues ensuite innocentes étaient indemnisées pour la peine préventive qu'elles avaient soufferte. Les lois sur l'indissolubilité et la sainteté du mariage, sur l'héritage partagé entre les enfants, filles et garçons; sur l'autorité maternelle