CHAPITRE VII
chemin de traverse qui se dirige vers le village de Santa-Elena, à une caverne immense où des bandes de brigands se réfugiaient dans Tancien temps. Nous y pénétrâmes presque en rampant, et en écartant les bruyères et les arbousiers qui en dissimulent Tentrée. C'est bien une de ces cavernes de voleurs comme les ouvrages de fantaisie les décrivent ; mais la flamme des branches de bois sec allumées par Tarriero ne fit pas briller à nos yeux les armes ni les trésors ; elle éveilla seulement les chauves -souris endormies aux parois et qui tourbillonnèrent en nous effleurant de leurs ailes immondes.
La structure géologique de la Sierra-Morena explique la présence d'un grand nombre de cavernes semblables dans son sein. A l'époque des luttes entre la croix et le croissant, elles ont plus d'une fois servi de refuge aux populations chrétiennes.
Tout danger a disparu. Ouverte en 1779 sous Charles III , et sous la direction de l'ingénieur français Charles le Maure , la belle route que nous parcourions a présenté quelque sécurité du jour où, par ordre du monarque, des colonies, nuevas poblaciones, composées d'étrangers, peuplèrent les solitudes de la venta de Cardena, de Santa-Elena, de Los Carboneros, de . Los Rios et de Garroman. Les colons venaient en aide aux soldats et aux alguazils pour la poursuite et l'arrestation des brigands. Aujourd'hui, sur toutes les grandes routes d'Espagne, sont échelonnés les postes de la garde civile; et le gendarme, debout au bord du chemin, lorsque passe la diligence, montre aux voyageurs que la force pubhque veille
sans relâche pour empêcher le retour d'un péril évanoui.
Aux Navas de Tolosa, une longue halte nous laissa le temps de voir ces plaines célèbres où se livra, au mois de juillet 1212, de l'hégire 609, la plus formidable et la plus importante peut-être des batailles qui aient jamais ensanglanté le sol de la Péninsule. En espagnol, on désigne sous le nom de navas les terrains qui offrent une plaine rase , et qui par conséquent sont favorables aux manœuvres des armées.
Or, au commencement du xni* siècle, on ne savait point encore si TEspagne serait définitivement chrétienne ou musulmane. A la vérité, les chrétiens, refoulés au vm* siècle au nord du Douéro, avaient reconquis pied à pied une partie du territoire envahi par les farouches sectaires de Mahomet, et ils possédaient la moitié de la Péninsule ; mais la dynastie des Almohades, fondée par Abd-el-Moumen au Maroc, dominait le midi de TEspagne, et sa puissance menaçait de la reprendre tout entière.
Le calife Mohammed- en -Nacer, petit-fils d' Abd-el- Moumen, fit prêcher le djehad ou guerre sainte dans tout son empire. De son côté le pape Innocent III, fidèle aux traditions des pontifes, pères et protecteurs de la chrétienté, pacifiait les princes cathohques; il faisait annoncer à TEurope une croisade en faveur du roi de Castille Alphonse VIII, ou plutôt du christianisme appelé à un duel suprême. Le roi de Navarre, les ordres religieux de Calatrava, de Saint -Jacquesde-rÉpée, du Temple et de Saint-Jean-de-Jérusalem, les chevaliers français, commandés par Far-