‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 86 sur 159 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

chevêque de Narbonne, accoururent sous Tétendard de Castille.

La solennelle rencontre de la croix et du croissant eut lieu dans les navas qui se déroulaient sous nos regards. Le 16 juillet, au point du jour, Tarmée chrétienne, tombant à genoux, reçut des évêques qui raccompagnaient l'absolution générale et Tindulgence plénière de la croisade ; elle se relevait invincible. L'Islam avait en ligne cinq cent mille hommes. Plus de cent mille mordirent la poussière ; aussi les historiens arabes nomment-ils cette journée Elaquah, la punition. Elle marque une ère nouvelle dans les fastes de l'Espagne, dans le destin des Almohades, dont elle commença l'irrémédiable déclin. Leur empire se démembra en Espagne par la révolte des gouverneurs ; et à la puissante unité du califat succéda la division du territoire entre des émirs, que les princes chrétiens pouvaient réduire plus facilement. L'Espagne était sauvée.

Vous avez vu dans les armoiries de Navarre les chaînes qui se dessinent sur l'écusson et se réunissent au centre sur une émeraude. Elles ont été ajoutées au champ de gueules du vieil écu de ses ancêtres par le brave don Sanche, qui rompit le premier la chaîne tendue devant la tente du calife et décida la victoire.

Errant au milieu des oliviers et des cactus, qui commencent à paraître sur le versant de la Sierra et qui rappellent si bien les pays arabes, nous rêvions, mon ami et moi, comme absorbés par ces grands souvenirs. Nous ne cherchions pas la trace du sang : l'archevêque Rodrigue, historien et acteur du terrible drame, raconte

que la terre but ce sang avec une telle avidité, qu'elle n'en demeura pas teinte : Con quedar muerta tan grande muchedvmbre de Meros^ dit d'après lui Mariana, en todo el campo no se via rastro de sangre. Assis au pied d'un olivier, symbole de la paix, dans le silence de la solitude à peine troublée par la brise qui fait frissonner les genêts d'or, je crois entendre le soupir des armées qui dorment sous ce manteau de verdure, je sens la présence du Dieu qui fît dire ici même au calife En- Nacer : t Dieu seul est vrai ; le diable est perfide. »

Il était bien tard quand nous entrâmes, le cœur serré, à Bailen.

Bailen ! C'est là qu'en 1808 le général Dupont capitula entre les mains de Castanos. A la tête de trois divisions exténuées de fatigue et de faim, coupées en deux par l'armée espagnole et décimées par toutes les misères qui peuvent accabler une armée, Dupont recula devant la menace d'un massacre suspendue par le général sur la tête d'une division entière, et il signa cette capitulation, qui fut le premier de nos désastres dans cette malheureuse entreprise. Ah ! s'il eût pu prévoir que les Espagnols détruiraient, par la captivité la plus inhumaine, un si grand nombre de ceux auxquels il voulait du moins sauver la vie, nul doute qu'il n'eût préféré succomber .dans une lutte désespérée. Peutêtre eût-elle ouvert le chemin de Madrid, alors occupé par les Français, à quelques débris héroïques de sa glorieuse armée.

Les Espagnols, reconnaissons-le, sont braves et très dévoués à leur patrie; mais, secrètement jaloux peutêtre des lauriers de la France, ils semblent se plaire

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