CHAPITRE VIII
pour montrer qu'il avait dans les veines du sang espagnol.
Cependant les combats de taureaux, par les dangers qu'ils entraînaient avant d'être soumis à des règles qui mettent du côté de l'animal presque toutes les chances de mort, par les scènes beaucoup plus sanglantes qu'ils provoquaient alors, devaient être sévèrement repoussés au nom de la civilisation et de l'humanité. Les lois ecclésiastiques, les hommes de lettres, qui ont naturellement la mission d'adoucir les mœurs publiques, se prononcèrent contre ces spectacles. En 1493, Isabelle la Catholique écrivait à son confesseur, frère Hernando de Talavera : < J'ai été pénétrée de ce que vous me dites au sujet des courses de taureaux, et j'ai pris aussitôt la résolution de ne jamais en voir de ma vie. >
Mais déjà elles étaient l'objet d'une passion profonde et générale qu'on ne pouvait guère espérer d'anéantir. Le conquérant du Pérou Ferdinand Pizarre, don Diego Ramirez de Haro , à l'éclatant blason , le roi Sébastien de Portugal, les mettaient en honneur. Sous Philippe III et Philippe IV, elles étaient florissantes (1598- 1665); elles atteignirent sous Charles II (1665-1700) leur plus grande splendeur. Le code de la tauromachie à cheval commençait à se former, et la littérature, n'y voyant plus la même brutalité, faisait volte-face et glorifiait ces luttes héroïques.
A la mort de Charles II, le duc d'Anjou Philippe V, petit-fils de Louis XIV, monte sur le trône d'Espagne (1700); mais il n'y apporte pas les goûts espagnols, et manifeste pour les courses une invincible aversion. La noblesse les délaissa ; la foule y demeura fidèle , et de
cette époque date un remarquable progrès. Les toréadors combattirent à pied, tandis qu'auparavant ils ne luttaient qu'à cheval , sauf l'obligation de mettre pied à terre pour ramasser le chapeau, la lance qu'ils venaient à laisser tomber. Le gouvernement fut amené à construire des cirques permanents et d'un aspect monumental, au lieu des enceintes improvisées pour servir de lice, et en dehors desquelles se tenait la multitude. Les villes d'Espagne ont cela de commun avec les anciennes villes romaines, qu'un amphithéâtre en complète le plan général et en caractérise l'aspect.
Francisco Romero est le toréador qui contribua le plus à ce progrès artistique de la tauromachie. Outre les suertes ou manières d'attaquer l'animal, on lui doit celle qui consiste à tuer le taureau face à face. Charles III, fils de Philippe V, se prononça néanmoins, plus vivement encore que son père, contre un jeu devenu plus national que jamais (1759). Il le frappa de prohibition, sous prétexte que les courses éloignaient le peuple du travail ; mais l'opinion , plus forte que la la loi, opéra une réaction qui rendait nécessaire la tolérance du pouvoir; et la tradition triompha. Charles IV, poussé par Godoy, prince de la Paix (1788), renouvela et maintint plus énergiquement la défense portée par ses prédécesseurs. Mais Ferdinand VII, son fils, détruisit ces entraves, et ce fut peut-être une des causes qui lui concilièrent l'attachement inébranlable de la nation.
Passionné lui-même pour les courses, il créa, en 1830, par ordre royal, la Escuela de tauromaquia de Séville, dont la direction fut confiée au fameux Pedro