‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 91 sur 159 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

VOS compatriotes s'électrisent à la pensée d'un combat de coqs; ils se délectent au spectacle de boxeurs qui se brisent les mâchoires à coups de poing. La course des taureaux doit leur plaire ; mais elle répugne à bien des Français. J'en connais que la curiosité y a conduits une première fois; ils déclaraient au. sortir de Tamphithéâtre que ce serait la dernière.

— Mais, en France, n'avez-vous pas des jeux tout aussi sanglants? N'a-t-on pas établi, à je ne sais quelle barrière de Paris, une enceinte où Ton déchaîne des bouledogues contre des ours et d'autres bêtes féroces?

— Quelque chose de semblable fut tenté, vers 1830, à la barrière du Combat ; mais le dégoût du public fit promptement justice de ces jeux hideux. Le même sentiment a fait échouer en France les essais de courses de taureaux.

— J'irai, reprit-il, voir celle de Cordoue. Quelles seront mes impressions, je l'ignore- Je ne puis rien présumer d'après les scènes de boxe ou de combats de coqs ; je ne partage pas l'engouement de mes compatriotes pour ces amusements. Mais je tiens à fixer mon opinion sur un spectacle fameux, et qui, dit-on, caractérise au plus haut point le peuple espagnol. >

Jusqu'au jour impatiemment attendu, mon compagnon chercha des renseignements sur les combats de taureaux; il interrogeait les aficionados , les dilettanti de cet art terrible, qui a ses règles, ses secrets, ses raffinements portés à un degré que l'étranger ne soupçonne pas ; il lisait des traités spéciaux composés en grand nombre sur cette matière : la Tauromaquia, de José Delgado ; la Filosophia de los toros, par Abenamar,

pseudonyme de Sanchez del Arco, mort à Tétouan pendant la récente campagne des Espagnols au Maroc; Los Taras espaoles y Tauromaquia compléta, de don Juan Corralès Mateo.

L'origine des combats de taureaux en Espagne n'est pas facile à fixer. Jusqu'au règne d'Alphonse VI, il n'en est pas question comme divertissement de la noblesse, et l'on convient que le Cid est le premier chevalier qui ait combattu le taureau à cheval et à coups de lance. Cet exemple de courage porta les nobles à l'imiter. Mais ce n'est que par le progrès lent des études et de l'expérience que la tauromachie est parvenue à l'état de perfection où nous la voyons aujourd'hui.

Il paraît que les Maures d'Espagne se livraient à cet exercice héroïque, et l'on cite Malek, Mousa et Gasul entre les plus célèbres toréadors. C'est par esprit d'émulation que les chevaliers chrétiens descendirent dans la lice, en relevant ces jeux, comme les tournois, par la galanterie telle qu'on la comprenait au moyen âge. Il ne faut donc pas s'étonner d'y voir les premiers de Castille aux noces d'Alphonse VII et de dona Berenguela, fille du comte de Barcelone, en 1124; à celles de dona Urraca et du roi don Garcia de Navarre, comme dans les fêtes célébrées à l'accasion d'événements qui sont un sujet d'allégresse nationale. La lance du torréador est alors aux mains d'un Manrique de Lara, d'un marquis de Mondejar, d'un comte de Tendilla, d'un Médina -Sidonia; et Charles -Quint, né à Gand, mais de Jeanne, héritière de Castille, abattit un taureau d'un coup de lance, aux fêtes du baptême de son fils Philippe II, sur la grande place de Valladolid,

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