UNE COURSE DE TAUREAUX — CONTROVBRBE LE CARACTÈRE ESPAGNOL
L'immense affiche qui annonce les courses de taureaux est d'ordinaire illustrée par des gravures sur bois d'une assez grossière exécution, et qui représentent quelque scène du combat. On y donne à grand renfort d'épithètes le programme détaillé de la fête ou funcion, terme qui s'applique à toute espèce de cérémonie publique, religieuse ou autre. On y indique le nom des jouteurs, famososy muy acreditados, fameux, célèbres, très renommés, ^ui entreront dans l'arène ; et l'on ajoute à leur nom celui de leur pays natal. Ce dernier usage est un trait du caractère espagnol. En Espagne, on tient plus qu'ailleurs en Europe à mentionner le nom de la ville ou du village auquel on appartient par la naissance ou par la résidence. Les anciens auteurs espagnols le faisaient communément au titre de leur livre. C'est un signe de ce patriotisme qui s'attache non seulement à la patrie commune, mais à la province et au berceau ; c'est un trait qui rappelle les anciens
fractionnements de la Péninsule en royaumes, les différences profondes et les rivalités de gloire entre les provinces et les villes, moins absorbées qu'en France dans le simple sentiment de Tuiiité nationale par l'excès de centralisation.
Sur Taffiche du spectacle, nous lisons encore le nom des ganaderias ou fermes d'où sont venus les taureaux, et le nom des éleveurs qui les ont vendus. A la course, le nom de ces fermes est marqué sur un écriteau orné de rubans fixé sur le garrot de l'animal.
Je l'avoue, il suffit de ce programme pour que l'étranger ressente déjà une certaine émotion. Le froid ne passe-t-il pas dans vos veines à la lecture de ces deux lignes seulement : < Espadas : el muy afamado Antonio Sanchez, el Tato, de Sevilla, que matara los cuatro primos toros, y Mariano Anton, de Madrid, que matara los dos ultimos : Épées : le très fameux Antonio Sanchez, el Tato, de Séville , qui tuera les quatre premiers taureaux, et Mariano Anton, de Madrid, qui taera les deux derniers. > Cela ne cause-t-il pas le frisson? Comment les tueront-ils? se demande l'étranger. Est-ce donc si simple? estrce donc si sûr? Êtes-vous bien certain qu'el Tato et Mariano Anton ne seront pas tués eux-mêmes ?
William Rose revient du cirque, le visage plus enflammé qu'il ne convient à un Anglais ; il paraît que la lutte a été vive; laissons-le nous dire ce qu'il a vu, et traduire ses impressions : c Ah! s'écria-t-il, j'ai vu pour la seconde fois le peuple espagnol ! La première fois, c'était à la procession de Notre-Dame d'Atocha; aujourd'hui, c'est à la corrida de toros; je crois en vérité que