‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 95 sur 159 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

la dévotion à la Vierge et la passion pour les courses de taureaux sont, dans des ordres bien différents, éminemment caractéristiques de la nation. Aux abords de l'amphithéâtre, la foule se pressait et bourdonnait comme une ruche à l'heure où l'essaim va s'envoler. Nous pénétrons dans ce colisée de bois, mais proprement peint et de proportions imposantes. Des milliers de spectateurs couvrent les gradins ; les éventails s'agitent comme les feuilles de la forêt au souffle de la brise; les costumes et les types nationaux appellent de tous côtés les regards; la musique militaire annonce l'arrivée du gohemador de la province, qui paraît dans sa tribune aux tentures écarlates, afin de présider les jeux. J'ai pris une place à l'ombre, hillete de sombra, pour la modeste somme de huit réaux (deux francs). J'admire le luxe des familles qui m'entourent; quelle belle race! Elle est vigoureuse ; elle est nerveuse surtout quelques gradins plus bas, là où les paysans, les ouvriers, leurs femmes et leurs filles, ont trouvé des bancs en plein soleil pour quelques cuartos.

€ Le cirque est parfaitement rond, uni, semé d'un sable fin, qu'on arrose avec soin; car des nuages de poussière auraient, surtout pour les combattants, des inconvénients graves. Une balustrade pleine et haute de six pieds sépare les gradins de l'arène et ménage entre elle et les spectateurs une espèce de couloir. A ma gauche est la porte du toril, où sont renfermés les taureaux pour le>îombat, et à droite une autre porte qui donne aux jouteurs ou toréadors l'accès dans la lice.

€ Cette porte s'ouvre, comme si elle cédait aux cris.

aux sifflets, aux trépignements de la multitude, impatiente d'un retard de quelques minutes ; les toreros ou jouteurs à pied défilent deux à deux dans Tarène, et vont saluer le président. C'est ici un prélude. En tête de la troupe, cuadrilla, marchent les deux espadas^ nommés aussi matadors, des mots espada, épée, et matar, tuer ; car le rôle est de tuer le taureau d'un seul coup d'épée. Ils paraissent; un tonnerre d'applaudissements ébranle l'amphithéâtre. Derrière eux viennent les agiles banderilleros, qui sont chargés de planter les dards de fer, ornés de banderoles de papier, dans le dos de l'animal furieux; puis les chulos, jeunes gens qui fournissent les javelots aux banderilleros, et qui agitent le voile rouge devant les yeux du taureau, pour l'attirer où ils veulent. Ensuite s'avancent à cheval les picadores, qui doivent combattre l'animal avec une longue pique terminée par un fer très court. Les mules empanachées, conduites à la main derrière eux, traîneront hors de l'arène les cadavres des taureaux et des chevaux qui succomberont dans le combat. Les picadors sont coiflFés d'un large sombrero blanc, vêtus d'une veste ronde richement galonnée, et leur pantalon de peau jaune est doublé d'une garniture de métal. Les banderilleros, à la taille bien prise, revêtent, comme les espadas, un brillant costume qui dessine toutes les formes du corps et qui ne gêne en rien les mouvements : c'est le costume du majo ou de l'Andalou élégant. La soie et le velours, les broderies d'or et d'argent, les boutons étincelants, une coupe gracieuse, font de ce costume un des plus heureux qu'on puisse imaginer. Les capes de soie de diverses couleurs, destinées à

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