CHAPITRE IX
armées d*un seul crochet à rextrémité et décorées de banderoles. Il les a fixées toutes deux en même temps d'un seul coup ; cela s'appelle parear, et c'est une des difficultés de l'art. Il sourit au monstre qui tient fixé sur lui un regard flamboyant. Horreur ! ils s'élancent l'un sur l'autre. Mais, par un mystère que je ne puis expliquer, l'homme n'est pas atteint; en passant, ou plutôt dans son vol, il a fixé les dards aigus dans la peau de son adversaire, à l'endroit précis, marqué par les règles du jeu, c'est-à-dire de chaque côté de l'épine dorsale, vers l'encolure. Le taureau frissonne, bondit, pour se débarrasser des flèches qui lui battent les flancs; c'est en vain, il ne fait qu'augmenter la douleur; et bientôt un autre hardi banderillero lui plante de nouveaux dards non moins solides. Les applaudissements, les bravos de la foule, répondent à tous les traits de courage et d'adresse. On distingue par instants comme une basse dans ce concert, le beuglement caverneux du monstre exaspéré et qu'on dirait près de mourir de rage.
« C'est maintenant le tour du matador. A cet instant terrible, un coup de trompette annonce le rôle suprême de l'espada. El Tato s'avance, et salue le président ; il demande la permission d'attaquer le taureau, et jure de le tuer : « Brindo por Usia y por toda su compania y por la gente de esta tierra : Je salue Votre Grâce et sa compagnie, et toute la population de ce pays, etc. » Quelquefois le matador ajoute : t Que si no mate este toro^ que me quiten la vida : Si je ne tue ce taureau, que l'on m'ôte la vie. »
« Les deux ennemis sont en face; ils se mesurent; le
silence règne; la respiration des huit mille spectateurs est haletante ou suspendue; le taureau éprouve une convulsion sous le regard pourtant bien doux et bien tranquille de cet homme. Le matador s*eîface, présente la muleta ou l'étoffe écarlate sur le bras gauche, et de la droite il tient cachée la redoutable épée. Le taureau baisse la tête, et le souffle de ses naseaux soulève la poussière de l'arène. Il bondit comme un énorme ressort; mais l'écharpe a disparu, et il s'enferre lui-même jusqu'à la garde de l'épée, qui reste enfoncée dans son corps. La poignée en forme de croix apparaît au-dessus de sa tête , entre les flèches des banderilleros. La pointe a pénétré par la blessure que les picadors ont ouverte. Le taureau, arrêté soudain, tremble et chancelle; son œil blanchit, il pousse un dernier râle perdu dans les bravos, les applaudissements,. les cris effrénés de la multitude ; il tombe ; il est mort. L'espada le regarde d'un air toujours calme et plein d'indifférence ou de dédain.
f Mais qui peindra le délire du peuple? Les cigares, les fleurs pleuvent aux pieds du vainqueur. Les paysans, les gens du peuple, les filles et les femmes jettent dans l'arène des chapeaux, des foulards, des vestes même,, des éventails; tandis que la musique éclate en hymnes de triomphe, et que les mules caparaçonnées, aux grelots bruyants, entraînent au galop les cadavres des chevaux et du taureau, qui marquent leur passage sur le sable du cirque. La tempête s'apaise, tout rentre dans l'ordre. Le combat contre le deuxième taureau va commencer. »
William raconta les principaux incidents du reste de