‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 96 sur 159 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

distraire le taureau, sont enroulées pour le moment autour de la taille des combattants.

« Le président salué, le défilé se retire de Tarène, à rexception des chulos, qui vont se placer contre la balustrade. Le président jette du haut de sa tribune la clef du toril, dont là porte va s'ouvrir et donner le signal du combat.

« Pour en suivre facilement les péripéties , il est bon de savoir que le combat se divise en trois actes : le premier, marqué par la lutte des picadors ; le second, par celle des banderilleros ; le troisième, par le coup de mort que donne Tespada ou matador. Il ne peut jamais y avoir qu'un taureau dans Tarène ; le toréador doit toujours le combattre seul à seul, en face et loyalement ; les autres jouteurs ne viennent en aide à leur compagnon que pour distraire l'animal, en cas de péril extrême; enfin, on ne peut frapper le taureau que derrière la tête, entre les deux épaules. Il ne faut donc pas s'imaginer qu'il s'agit d'une bataille livrée à tort et à travers. Tous les coups sont prévus et méthodiquement réglés comme dans l'escrime.

f Le premier acte, ai -je dit, est celui des picadors. La porte du toril s'ouvre. Un taureau s'élance en bondissant jusqu'au centre du cirque, où il s'arrête, répondant par des beuglements aux cris de la multitude, et cherchant d'un œil hagard sur qui se précipiter. Il aperçoit un des toréadors contre la balustrade, court à lui, baisse la tête, et va le percer de sa corne longue et pointue. Mais le jeune homme, avec une agihté surprenante et pleine de grâce, saute de l'autre côté de l'enceinte, à l'instant même ou la corne l'effleure. Une

petite saillie, ménagée dans la hauteur de la balustrade, lui permet d'y poser la pointe du pied pour effectuer ce saut. Ce jeu se renouvelle plusieurs fois; le taureau, toujours déçu, lassé de planter sa corne dans les planches, hésite au milieu de l'arène. Alors les chulos viennent à lui, l'agacent en lui passant leur écharpe sur les naseaux, et ils s'esquivent par un rapide mouvement quand le monstre bondit sur eux. Les picadors entrent à cheval. Laissé à lui-même, le taureau avise un de ces cavaliers, se précipite la tête basse, et au moment où il croit soulever de ses cornes le ventre du cheval, il sent le fer du picador qui pénètre dans la nuque et le maintient dans cette position impuissante. Sa fureur augmente ; il se jette sur un autre cheval ; le picador manque son coup ; la corne du taureau pénètre dans le ventre du noble animal, qui tombe avec le cavalier. Le péril est grand , mais les chulos accourent et attirent le taureau en agitant leurs écharpes, tandis qu'on relève le picador alourdi par sa doublure de plomb. Quelquefois il remonte en selle, sur le même cheval, qui combat encore les boyaux pendants, mais pour retomber de lui-même ou expirer bientôt à la suite d'une nouvelle blessure. — Un signal annonce que la scène des picadors est terminée; celle des banderilleros va la suivre. Le taureau écume et mugit. Le sang coule épais et lent de sa blessure ; il forme une plaque rouge le long de ses flancs. Plus leste que les plus agiles danseurs, souriant comme au début d'une contredanse, le banderillero s'avance à dix pas, tenant de chaque main et de la façon la plus gracieuse, à la hauteur du visage, des flèches de fer, longues de cinquante centimètres.

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