‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 116 sur 174 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

dans une disgrâce qui doit être un poids éternel sur le cœur de l'Espagne. Mais Les manuscrits qu'il a laissés sont à la bibliothèque Colombine , fondée par son (ils Hernando; nous nous y rendîmes au sortir de la cathédrale.

Toutefois nous ne quittâmes pas cette église sans donner un coup d'œil à l'orgue gigantesque dont un buffet compte 5,300 tuyaux, les uns semblables à des coulevrines, les autres joliment parés de torsades et de rubans, comme des colonnettes de l'époque romane. La porte del Lagarto (du Crocodile) nous conduisit à l'ancienne cour mauresque, où jaillit encore la fontaine de la mosquée à laquelle le temple chrétien a succédé. Alphonse le Sage reçut du sultan d'Egypte l'énorme crocodile suspendu à cette porte , comme on en voit à la façade des principales maisons du Caire et de la vallée du Nil. De là, enfin , nous pénétrâmes dans la tour de brique de la Ginilila, élevée vers l'an 1000, par l'Arabe Heber, à la hauteur de cinquante mètres ; elle était alors surmontée d'un pilier de fer qui portait quatre grosses boules de fer doré. En 1568, elle fut exhaussée de trente-trois mètres, et terminéee par le beffroi et par la girouettestatue qui représente la Foi, le labarum à la main. Ce morceau de bronze, sculpté par Barthélémy Morel, pèse quatorze cents kilogrammes et pivote au moindre vent : de là le nom de Giralda (girar, tourner) donné à cette tour fameuse. Elle est sous le patronage des saintes de Séville, Justa et Rufîna, marchandes de poteries, martyrisées parce qu'elles refusèrent d'en

vendre pour le culte des idoles. On vit ces saintes , dans l'ouragan de 1504, soutenir la statue; et, en 1843, lors du bombardement par Espartero, elles détournèrent les projectiles de la tour. Aussi les représente-t-on d'ordinaire de chaque côté de la Giralda aussi bien qu'avec des alcarazas ou vases de terre pour attribut.

La Colombine est contiguë à la cathédrale. Je ne dissimulerai pas l'émotion qui nous saisit lorsque nous eûmes entre les mains les manuscrits de Christophe Colomb. A la lecture de cette lettre à Ferdinand et à Isabelle, où il leur dit que l'Ecriture lui révèle un monde inconnu , de ces passages de la Bible et des Pères, surtout de saint Augustin, qu'il a recueillis soigneusement, et où il entrevoit l'objet de ses rêves, pour ne pas dire de ses révélations, il nous semblait découvrir les angoisses, les espérances, les agitations de son âme, entendre les battements de son cœur. Il tressaille quand il voit sur les pages des saints livres ces mots mystérieux : « Reges Tharsis et insulœ munera offerent... Orbem terrarum et plenitudinem ejus tu fundasti... Laudate Dominum... innniversa terra. Les rois de Tharsis et les îles offriront des présents au Seigneur... Vous avez créé, Seigneur, le globe terrestre et tout ce qu'il renferme... Louez Dieu par toute la terre. » La vivacité , la clarté de ses pressentiments n'avaient d'égale que l'amertume des refus qu'il essuyait, quand il proposait aux puissances de leur donner un monde. Je surpris une larme à l'œil de mon ami William : il lisait une prière où Chris-

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