‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 117 sur 174 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

tophe Colomb, repoussé des hommes, exprimait à Dieu sa confiance, et cherchait en lui secours et consolation.

Colomb n'était pas seulement un homme de génie, c'était un saint. Ses manuscrits nous montrent que le but suprême de ses désirs était , quelque étrange que cela paraisse, la découverte d'une route vers l'ouest, pour atteindre en revenant Jérusalem et le tombeau du Christ. La Providence , qui n'est étrangère à aucun fait de l'histoire, et qui préside d'une manière plus sensible aux grands événements, lui soufflait de partout l'inspiration dont il semble divinement obsédé. Toutes ses lectures, toutes ses relations convergent à la même idée fixe. U Imago mundi, l'Image du monde, de Pierre d'Ailly, l'Histoire universelle, Hisforia rerum ubique gestarum d'yEneas Sylvius que j'ai vues annotées de sa main, l'astronomie, toutes les sciences concourent, comme les auteurs païens eux-mêmes, à fortifier ses espérances, à aiguiser sa soif d'un voyage au delà des horizons inconnus, où le soleil disparaissait. A côté de quelques pages d'écriture tremblée , et qu'on dirait tracée en mer, on trouve ce passage étrange du poëte espagnol Sénèque, dans sa tragédie de Médée, écrit tout entier de la main de Colomb :

Venient annis saecula seris, Quibus Oceanus vincula rerum Laxet, et ingens pateat tellus, Tethysque novos detegat orbes, Nec sit terris ultima Thule.

Un temps viendra, dans le cours des siècles, où l'Océan élargira la ceinture du globe , pour découvrir à l'homme une terre immense et inconnue; la mer nous révélera de nouveaux mondes , et Thulé ne sera plus la borne de l'univers.

Nous aurions voulu copier quelques-unes des paroles de Colomb ; mais le chapitre des chanoines de Séville, par une mesure jalouse et qui n'est plus de notre temps, permet seulement de regarder et de lire; il n'a jamais permis de copier une page.

Les manuscrits de la Golombine nous avaient impressionnés de telle sorte , que nous apportâmes un esprit distrait à la Casa Lonja, où l'architecte Herrera nous parut le rival des maîtres de la renaissance italienne, et à la Casa de Pila ta, palais du duc de Medina-Gœli, non moins remarquable, mais qui doit son nom bizarre à l'idée qu'aurait eue le marquis de Tarifa, en le faisant construire, de reproduire dans les dimensions celles de la maison de Pilate à Jérusalem , où il avait été en pèlerinage.

Au nouveau musée de Séville, une grande salle est remplie des seules toiles de Murillo; nous y passâmes plusieurs heures dans les douces et pures jouissances que procure la contemplation des chefs-d'œuvre de la peinture. Nous ne pouvions nous éloigner surtout de Saint Thomas de Villeneuve donnant l'aumône aux pauvres, et du Christ se détachant de la croix pour donner à saint François un mystique baiser. Murillo s'y est surpassé lui-même.

Quant à l'Alcazar, il défie toute description. Les arabesques , les feuillages , les ciselures , les fines

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