CHAPITRE XL
venu à s'isoler ainsi; on semblerait poser. Les Espagnols qui prennent trop facilement, en Angleterre ou en France, nos manières et nos modes, affectent parfois des allures dédaigneuses et empesées. Nous avons entendu leurs compatriotes railler finement ces malades atteints d'eœtranjerùme.
Nous dirions encore, à en juger du moins par la classe élevée de la société, que les Andalous ont un caractère hospitalier, formé sans doute sous l'influence des idées chrétiennes , mais qui rappelle aussi les traditions d'hospitalité si remarquables chez les Arabes. Cependant nous ne voudrions pas insister sur ce rapprochement; il s'agit d'un trait de mœurs général en Espagne. Les auberges de tous les degrés étaient rares et mauvaises, pour peu qu'on se reporte en arrière; on conçoit cette facilité à offrir au voyageur ami une hospitalité complète. Gela va si loin, maintenant encore, que nous autres étrangers devons toujours craindre d'abuser.
Laissons de côté la phrase banale qui accompagne toutes les visites d'arrivée ou d'adieu : « Usted es en su casa (vous êtes chez vous); toda mi casa a la disposition de Vd (toute ma maison est à votre disposition). » Je parle de cet usage commun de payer à tout propos les dépenses du voyageur ami ou recommandé, à l'hôtel, en voiture, etc., et aussi de l'habitude de lui offrir, de lui donner, de lui imposer les objets dont il a fait d'un mot l'éloge, ou qui ont paru lui plaire.
Nous prêtant à cette facilité du caractère andalou
2fii L'ESPAGNE.
que je signalais tout à l'heure, nous étions en conversation déjà très-animée avec plusieurs des passagers qui encombraient le pont. Le pont d'un bateau , c'est un microcosme, un abrégé de la société, qui semble y avoir député quelque représentant des diverses classes dont elle se compose. Un officier chargé de décorations et de médailles , qui transformaient sa poitrine en un casier de numismate, coudoyait un bourgeois costumé en majo ; les senoras et les senoritas jouaient de l'éventail avec cette vivacité et cette grâce que l'habitude donne à toutes les femmes espagnoles, marquises ou paysannes; et un jeune fashionable, dont les vêtements décelaient une coupe parisienne, parfumé, pommadé, les cheveux séparés depuis le front jusqu'à l'occiput, nous donnait le type de cette jeune aristocratie efféminée qui s'étiole à Madrid, et que l'on n'a point vue à sa place , à Gastelfidardo.
Une prononciation défectueuse du castillan trahissait l'origine andalouse de la plupart de nos interlocuteurs. Le Castillan prononce toutes les syllabes distinctement, ore rotundo; l'Andalou glisse sur les mots, au point qu'il est souvent difficile de l'entendre; le z et le c , devant plusieurs voyelles, doivent se prononcer à peu près comme le th anglais, en mettant le bout de la langue entre les deux rangées de dents ; mais en Andalousie, on les prononce comme Ys sifflante, et, ce qui est plus désagréable pour nous, on supprime le d à la fin des mots qui finissent en do ou en da : No ha ganao na, pour no lia ganado nada; il n'a rien gagné; tô los dias, pour todos los dias; tous