‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 134 sur 174 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

titre illusoire de pasteurs certains apostats étrangers qui ne sont reconnu andables à aucun titre , et qui par leurs antécédents, leur ignorance et leurs déclamations n'inspirent à tous les catholiques, pour ne pas dire à tous les honnêtes gens, que le mépris et un profond dégoût.

William retrouvait à Gibraltar des parents et des amis, quelques-uns haut placés. Aussi nous fut-il aisé de visiter les fortifications en détail, sauf ce qu'on appelle les Lignes, sortes de tranchées creusées sur le flanc escarpé du rocher, en avant de la porte de terre, et qui défendent l'étroite chaussée par laquelle seule Gibraltar communique avec le continent. Ces lignes mystérieuses, disposées pour la fusillade et l'artillerie, pourvues de casemates et se reliant par des chemins invisibles , croisent leurs feux sur la chaussée avec ceux du vieux château des Maures et des terribles remparts, précédés de fossés et d'estacades, qui dominent ce passage entre la mer et une lagune artificielle. Deux cents canons peut-être arment ce côté de la place.

Au-dessus des Lignes et dans la face nord du roc, on nous fit voir les vastes galeries creusées dans la pierre vive , et où s'ouvrent sur la mer et sur l'isthme des embrasures par lesquelles de grosses pièces d'artillerie tendent leurs gueules de bronze. C'est là un ouvrage militaire unique dans le monde. Ce sont là les vrais travaux d'Hercule, comme le disait William, lorsque nous fûmes parvenus à l'immense salle Saint- Georges, pratiquée sur un plan circulaire dans un

saillant du rocher, et qui a des jours sur l'Espagne et sur les deux mers.

Durant notre séjour, nous allâmes à pied, à cheval et en voiture, nous promener jusqu'à l'arête supérieure de la montagne. Une bonne route mène à l'acho, où nous fîmes un déjeuner confortable, arrosé de porter à prix modéré. Nous vîmes au piton du nord, nommé Rock-Mortar, trois ou quatre batteries dont on ne soupçonnerait pas la présence à cette prodigieuse hauteur. Le sommet du sud porte les ruines de la tour dite d'O'Hara, parce que le gouverneur de ce nom la fit bâtir. Il avait pour but de découvrir la mer jusque dans les parages de Cadix. Mais le gouvernement anglais arrêta la construction.

Un escalier vertigineux nous permit de redescendre par le flanc oriental de la montagne, et là je signalai à mes compagnons un grand fait géologique en preuve du déluge : c'est un glacis rapide de sables jaunâtres, qui s'élève de deux cent soixante à trois cents mètres au-dessus du niveau de la mer, contre les flancs abrupts du rocher. Ces sables, n'étant pas de la nature de la pierre qui les porte, n'ont pu être déposés à cette hauteur que par le cataclysme diluvien. Ils sont justement placés selon la direction du grand courant du déluge, qui venait du nord-est, comme le prouve en Europe la ligne des blocs erratiques qu'il charriait dans sa marche. Pour corroborer ce sentiment, il faut ajouter qu'on a trouvé dans les cavernes naturelles et dans les crevasses de la mon tngue des ossements agglomérés d'animaux de

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