‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 136 sur 174 · CHAPITRE XI. 27.i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. 27.i

Cette place, clef des possessions anglaises dans la Méditerranée, paraît en état de résister désormais à toute espèce d'attaque, sauf le blocus et la famine; mais le blocus suppose détruite la flotte anglaise, et c'est pourquoi Napoléon disait : « Les clefs de Gibraltar sont à Londres. » Il faudrait que l'Angleterre fût bien affaiblie pour sacrifier cette forteresse qui lui coûte plus d'un milliard, et sur laquelle elle veille d'un air jaloux et ombrageux. Pas un point qui ne soit sous le regard des sentinelles, pas une des mille pièces en batterie qui n'ait près d'elle ses projectiles en monceaux et sa poudrière bien pourvue, de manière qu'en une heure ces mille pièces toutes ensemble pourraient vomir la mort.

Le protestantisme, ici comme partout, a profané et détruit les églises, sans aucun respect pour l'art et les traditions, pas plus que pour la religion elle-même. Le barbare! il a ruiné, entre autres sanctuaires, Nuestra-Senora de Europa , qui s'élevait à la Pointed'Europe , et dont les lampes allumées devant l'image de Notre-Dame servaient de phare au marin , tout en élevant son âme aux pensées d'espérance et de foi. De l'autre côté du détroit, au pied du mont Abyla , et dès le temps de Justinien, on avait érigé une autre chapelle, que les Portugais rétablirent à la conquête de Ceuta, au xve siècle , et que les Espagnols entourent d'une vénération extraordinaire : c'est Nuestra-Senora de Africa , Notre-Dame d'Afrique. Quoi de plus touchant que ces deux sanctuaires! La Vierge, l'Etoile de la mer, couvrant de sa protection ces deux rivages,

bénissant les navigateurs dont les nombreux vaisseaux sillonnent perpétuellement ce passage fameux, saluée elle-même par les pavillons et les prières de tous les peuples chrétiens, et constituée reine des deux vastes continents !

William prévint l'expression de mes désirs, en me proposant de faire un pèlerinage à Notre-Dame d'Afrique, à la faveur du voyage quotidien des vapeurs qui vont d'Algésiras à Tétouan, depuis que les Espagnols occupent cette dernière ville. Nous franchîmes en quelques heures les vingt- quatre kilomètres qui séparent Gibraltar de Ceuta , et nous allâmes nous prosterner devant la sainte image, placée au-dessus du maître-autel de la riche église qui porte son nom. La Vierge est assise, somptueusement habillée, le front ceint de la couronne royale et du nimbe. Elle porte sur ses genoux le corps de son divin fils descendu de la croix, et tient suspendu à sa droite un bâton d'olivier.

Lorsque don Juan Ier de Portugal prit Ceuta, en 1415, sur les émirs Mérinides du Maroc, il proposa la garde et le gouvernement de la place à plusieurs officiers, qui hésitèrent à accepter. Il s'adressa alors au brave Pedro de Menesès , qui , ayant en ce moment un bâton d'olivier sauvage à la main, répondit : « Je me charge , avec ce bâton , de tenir en respect toute la canaille maure. » Cette branche d'olivier est celle que tient Notre-Dame d'Afrique. Devenue le signe du commandement pour les successeurs de Menesès, elle fut offerte à la Vierge, pendant la peste cruelle de 1744,

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